rami (adil) (A.Reau/L'Equipe)
Ligue Europa - OM

Adil Rami raconté par Pascal Plancque, son premier entraîneur à Lille : «Personne n'aurait pu prédire une telle trajectoire»

Entraîneur de la réserve du LOSC, puis adjoint de Claude Puel à la tête de l'équipe première, Pascal Plancque a accompagné les débuts d'Adil Rami dans le monde professionnel. Douze ans plus tard, alors que le défenseur de l'OM s'apprête à disputer une deuxième finale de Coupe d'Europe et (peut-être) une première Coupe du monde, son ancien mentor raconte "son" Adil Rami.

Son arrivée à Lille

«On a tout de suite vu qu'il était différent, qu'il voulait réussir à tout prix»
«Même s'il n'avait pas percé, je me souviendrais encore de lui aujourd'hui. On avait l'habitude de recevoir chaque joueur à l'essai dans notre bureau pour qu'il se présente, et en général ils sont un peu timides, presque sur la défensive. Lui nous a marqué d'emblée, nous a fait rire, nous a raconté des histoires drôles... On a tout de suite vu qu'il était différent, qu'il voulait réussir à tout prix. On voyait qu'il avait un jeu basé sur le physique, il dégageait beaucoup de puissance et de vitesse. Il mettait beaucoup d'énergie dans tout ce qu'il faisait, il était mort de faim. Le gros point d'interrogation portait sur l'aspect tactique. Là, il y avait beaucoup, beaucoup de travail à faire. Il avait également du mal à rester concentré, il était un peu fou-fou.»

Son apprentissage

«La première année, il était très irrégulier. En février-mars, on se posait la question : fallait-il le conserver ou pas ? J'étais partisan de le garder, car je trouvais qu'il apportait énormément à l'équipe réserve par son énergie, sa volonté. Claude Puel n'était pas convaincu au départ, et puis il y a eu pas mal de blessés et il l'a fait monter chez les pros. Il a fait son premier match à Auxerre (1-2, le 19 mai 2007, ndlr), un match fantastique, et il n'est plus jamais sorti de l'équipe. Le train était lancé... S'il n'y avait pas eu toutes ces blessures ? On ne saura jamais ce qu'il se serait passé, mais à l'époque, peu de gens étaient convaincus qu'il aurait une telle trajectoire. Il y avait beaucoup de scepticisme, y compris dans le staff des pros.»
À l'été 2007, Adil Rami pose fièrement au milieu de l'effectif du LOSC. Son mentor Pascal Plancque n'est pas loin (à l'extrême droite, rang du milieu) (LABLATINIERE/L'Equipe)
À l'été 2007, Adil Rami pose fièrement au milieu de l'effectif du LOSC. Son mentor Pascal Plancque n'est pas loin (à l'extrême droite, rang du milieu) (LABLATINIERE/L'Equipe)

Sa personnalité

«Il avait envie de bouffer tout le monde sur le terrain : ça, c'est sa marque de fabrique !»
«Il n'a pas connu de centre de formation, donc forcément il était tout neuf, pas blasé, plein d'énergie, d'enthousiasme. C'est ce qui lui a permis de bouffer tout le monde quand il est arrivé chez les pros. Il a tellement faim, il est tellement investi... Il n'a peur de rien, il est convaincu qu'il peut aller très haut, très loin, et il arrive à transmettre ça à ses coéquipiers. Il fait partie de ces leaders qui montrent la voie. Mais attention, il est aussi intelligent, ce n'est pas juste l'amuseur. Dans le vestiaire des pros à Lille, par exemple, il est arrivé avec beaucoup d'humilité. Ce n'est pas un mec qui faisait le fanfaron. Ça n'empêche pas qu'il avait envie de bouffer tout le monde sur le terrain : ça, c'est sa marque de fabrique !»

Sa vie personnelle

«Il se confiait un petit peu, mais bon, Adil, il part vite sur le mode "rigolo". Dès que ça rentre un peu dans l'intime, il se protège beaucoup en racontant des histoires, des conneries. C'est sa carapace à lui.»
Adil Rami, «pas seulement un amuseur». (MOUNIC/L'Equipe)
Adil Rami, «pas seulement un amuseur». (MOUNIC/L'Equipe)

Son parcours

«Avec moi, en CFA, il faisait au moins une grosse cagade par mi-temps»
«Ce n'est plus du tout le même joueur aujourd'hui. Quand il est arrivé à Lille, la question était déjà de savoir s'il pourrait jouer un jour avec les pros... Depuis, il est devenu international, a joué dans de grands clubs étrangers, gagné une Ligue Europa... Ce qui lui arrive, c'est exceptionnel, et personne à Lille n'aurait pu le prédire. Il a toujours eu cette grinta, cette volonté de mettre la tête où les autres ne mettraient pas le pied. Par contre, dans la lecture du jeu, il est beaucoup plus intelligent. Il a progressé techniquement aussi, c'est indéniable. Tout en gardant son enthousiasme, il a aussi réussi à rester sobre, calme, ce qui l'aide à être régulier dans la performance. Avec moi, en CFA, il faisait au moins une grosse cagade par mi-temps. Maintenant, il est vachement régulier, concentré. Et puis il est aussi devenu un vrai leader, avec une vraie légitimité.»

Son éthique de travail

«Sous ses airs de déconneur, c'est un monstre de travail, et il est récompensé de tous ses efforts aujourd'hui. Dès le premier entraînement, il a fait ce qu'il fallait. Impact physique, investissement dans les séances... On s'est vite dit qu'il avait quelque chose en plus. C'était clair. C'est un compétiteur hors-pair : le moindre petit jeu à l'entraînement, il fait tout pour le gagner.»
Au bout d'une saison accomplie à Marseille, Adil Rami rêve d'être retenu pour jouer la Coupe du monde. (A.Mounic/L'Equipe)
Au bout d'une saison accomplie à Marseille, Adil Rami rêve d'être retenu pour jouer la Coupe du monde. (A.Mounic/L'Equipe)

Sa saison à l'OM

«Franchement, il fait une super saison ! Je suis épaté par tout ce qu'il accomplit, et je lui ai dit récemment. Il est régulier, tonique, apporte beaucoup d'enthousiasme. En plus, il a quasiment joué tous les matches. On voit que c'est devenu un vrai leader, il transmet sa rage de gagner. Je suis admiratif. Il réalise une des meilleures saisons de sa carrière. C'est une force de la nature ! À Marseille, le contexte n'est jamais évident, surtout pour ceux qui viennent de la région. Aujourd'hui, Adil est devenu le patron !»

Son rêve Bleu

«Il a une bonne étoile au-dessus de sa tête, mais il fait aussi tout pour l'avoir, cette bonne étoile»
«Je me souviens avoir été le voir pour la finale de la Coupe du Roi en 2016, contre le Barça. Il était déçu de ne pas avoir été sélectionné pour l'Euro... Et puis le lendemain il m'a appelé en me disant qu'il était finalement pris après la blessure de Raphaël Varane. Il était sur son nuage. Il avait bien commencé la compétition avant de perdre sa place, mais il a trouvé les ressources pour faire une nouvelle bonne saison à Séville, puis repartir sur un nouveau challenge à Marseille qui n'était pas gagné d'avance, loin de là. Grâce à un nouveau concours de circonstances, avec la blessure de Laurent Koscielny, il va peut-être réussir à disputer la Coupe du monde et franchement vu la saison qu'il fait, ce serait largement mérité. Il a une bonne étoile au-dessus de sa tête, mais il fait aussi tout pour l'avoir, cette bonne étoile. Il n'y a pas de hasard.»
Cédric Chapuis

À lire aussi

Réagissez à cet article
500 caractères max