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Aimé Jacquet : ce que ses champions du monde n'avaient pas encore osé lui dire

Ils le disent avec des mots, leurs mots. Les champions du monde 1998 ont été marqués à jamais par Aimé Jacquet. Pour l'anniversaire (74 ans) de l'ancien sélectionneur de l'équipe de France, Djorkaeff, Petit, Boghossian, Diomède et Pires ont tenu à lui témoigner leur reconnaissance, leur gratitude, et même leur amour.

Aimé Jacquet «savait m'écouter, me parler, me comprendre», confie Youri Djorkaeff. (L'Equipe)
Aimé Jacquet «savait m'écouter, me parler, me comprendre», confie Youri Djorkaeff. (L'Equipe)

Youri Djorkaeff : «Aimé, je t'aime»

«J'ai vraiment énormément de respect, d'estime et d'affection pour Aimé Jacquet. Il a compté pour moi, j'ai compté pour lui. C'est l'entraîneur qui m'a compris le mieux. Il savait me parler, m'écouter et me comprendre. Il me connaissait par cœur. Et, plus généralement, il savait cerner ses hommes, ses joueurs et le jeu. C'est un homme de principes, de courage, qui a fait des choix forts, il ne faut pas l'oublier. Parce que, la conclusion de son aventure à la tête des Bleus, c'est la victoire en 98, mais il ne faut pas oublier qu'avant ça, il avait remis l'équipe de France dans la bonne direction, il lui avait redonné de l'élan.

«C'est un homme vrai, voilà, un vrai homme vrai»

Aimé Jacquet, c'est avant tout un homme de convictions et c'est pour ça que notre groupe était prêt à tout pour lui. On aurait pu le suivre n'importe où. En 1997, c'est à sa demande que nous avions passé Noël tous ensemble, à Tignes, avec nos familles, femme et enfants. Il disait (il imite la voix d'Aimé Jacquet) : «On prépare, on prépare». Pour lui, gagner la Coupe du monde passait par là. Si j'avais quelque chose à lui dire, là, tout de suite ? Ce serait : "Aimé, je t'aime". Il le sait. C'est une grande chance pour moi de l'avoir rencontré. Il nous appris l'exigence du très haut niveau, mais aussi l'efficacité dans la simplicité. C'est ce qu'il y a de plus difficile à avoir. C'est un homme vrai, voilà, un vrai homme vrai.»
En tant que joueur mais aussi, et surtout, en tant qu'homme, Emmanuel Petit a été particulièrement marqué par la personnalité d'Aimé Jacquet. (L'Equipe)
En tant que joueur mais aussi, et surtout, en tant qu'homme, Emmanuel Petit a été particulièrement marqué par la personnalité d'Aimé Jacquet. (L'Equipe)

Emmanuel Petit : «Coach, je ne vous oublierai jamais»

«Aimé Jacquet est né le même jour que mon père, qui a 70 ans ce vendredi (27 novembre). Et il représente pour moi une sorte de figure paternelle dans le football. Quand il était sélectionneur, il a toujours eu une relation intimiste avec ses joueurs, basée sur le respect, l'écoute, l'échange, la compréhension tout en restant le leader, le chef de file, et en ayant à l'esprit l'agenda et le cahier des charges que l'on devait respecter. Tout en les accompagnant, il mettait ses joueurs devant leurs responsabilités. Et puis il était toujours là pour nous soutenir. Il était le premier pare-feu en permanence.
Il savait trouver les mots pour chacun d'entre nous. Il adoptait l'attitude qui allait avec les caractères et les personnalités qui se présentaient devant lui. C'est une de ses plus grandes richesses.
L'homme faisait l'unanimité, le sélectionneur également. Dans son approche du métier d'entraîneur, son analyse, sa vision, on retrouvait en permanence la précision, celle qu'il avait développée lors de sa formation de fraiseur, plus jeune. On avait un groupe talentueux mais il a su fédérer tout le monde autour de sa personnalité. Il savait trouver les mots pour chacun d'entre nous. Il adoptait l'attitude qui allait avec les caractères et les personnalités qui se présentaient devant lui. C'est une de ses plus grandes richesses.

«Il a su cerner le rôle essentiel du relationnel et de la densité humaine dans un groupe»

C'est un homme de principes, de valeurs et de convictions. Aimé fait partie des rares personnes qui m'ont vraiment marqué dans le rôle d'entraîneur, d'éducateur, mais aussi en tant que personne humaine. Il dégage de la douceur, une joie de vivre. Il est ultra-sensible. Et c'est ce que j'aime par-dessus tout. Toujours un sourire, toujours positif, toujours un mot réconfortant, toujours une épaule sur laquelle on pouvait s'appuyer. On pouvait parler de tout avec lui. Et avant de m'adresser au sélectionneur, je parlais toujours à Aimé. Aimé, au même titre que Roger (Lemerre) et Arsène (Wenger), est quelqu'un qui m'a profondément marqué par son humanisme et sa vision du football. Ils font partie de cette rare lignée de grands entraîneurs qui ont su cerner très rapidement le rôle essentiel du relationnel et de la densité humaine dans un groupe. Dans un groupe, la priorité doit être l'humain car c'est en traitant l'individu que vous pourrez tirer la quintessence du joueur. Et ça, lui l'avait compris très tôt.

«Il n'y avait pas de barrières autour de lui mais on sentait qu'il était notre patron»

Il était extrêmement accessible. Il n'y avait pas de barrières autour de lui mais on sentait qu'il était notre patron. Il avait une autorité naturelle et elle était acceptée et comprise par tout le monde. Quand il se retrouvait au château à Clairefontaine, dans la salle principale, entouré de ses adjoints, il jouait aux cartes ou alors il lisait le journal mais il était toujours avec nous, parmi nous. Je trouvais ça fascinant. Il pouvait aussi bien s'exclure et s'enfermer dans une pièce avec son staff pour préparer les matches, parler tactique, positionnement, choisir les joueurs, que venir se mélanger avec les joueurs quand on jouait au billard, aux cartes, ou quand on prenait un café. J'adorais ce partage en permanence. Il nous lançait des blagues, il parlait de tout et de rien.

«Merci d'être la personne que vous êtes et merci d'avoir été l'entraîneur que vous avez été»

Aimé Jacquet, je ne peux pas le tutoyer ni l'appeler Aimé. Encore aujourd'hui, je l'appelle coach parce qu'il l'est et le sera jusqu'à la fin de mes jours. Pour moi, c'est la plus belle marque de respect qu'un joueur peut montrer à son entraîneur, même 20 ans après. Il m'a inspiré, il m'a tiré vers le haut et m'a transmis des choses dont je me sers toujours dans ma vie d'homme. Dans la société actuelle, c'est rassurant et même réconfortant. Si j'avais quelques mots à lui dire, là, maintenant ? "Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous, pour moi également. Merci d'être la personne que vous êtes. Et merci d'avoir été l'entraîneur que vous avez été. Vous m'avez beaucoup appris. J'espère que votre santé vous laisse tranquille à l'heure actuelle. Coach, je ne vous oublierai jamais."»
Alain Boghossian estime qu'il doit beaucoup à Aimé Jacquet. (L'Equipe)
Alain Boghossian estime qu'il doit beaucoup à Aimé Jacquet. (L'Equipe)

Alain Boghossian : «Un seul mot suffit : Merci !»

«Aimé Jacquet est un homme particulier. Il a énormément compté dans ma carrière. C'est lui qui m'a sélectionné la première fois. Et c'est surtout lui qui a fait gagner à la France sa seule Coupe du monde. C'est aussi quelqu'un de particulièrement attachant parce qu'il est entier, parce qu'il dit ce qu'il pense. J'adore le personnage. Il ne mâche pas ses mots, il ne passe pas par quatre chemins quand il a quelque chose à vous dire et j'apprécie cette franchise.

«Alain, mets-toi bien dans la tête que tu peux être sélectionné»

La première anecdote qui me revient quand je pense à Aimé remonte à septembre 1997. Il était venu à Gênes, accompagné d'Henri Émile, pour parler aux Français qui jouaient à la Sampdoria, donc à l'époque Christian Karembeu, Pierre Laigle et moi-même. J'étais convié à ce repas et je ne comprenais pas vraiment pourquoi puisque je ne faisais pas partie de l'équipe de France. Et je lui ai dit. Il m'a alors répondu : "Alain, mets-toi bien dans la tête que tu es un joueur qui peut être sélectionné. Je t'observe donc fais le nécessaire pour y être". Un mois après, il me sélectionnait. Cette première rencontre avec lui m'a marqué.

«C'est mon premier fan»

De l'extérieur, l'image que les gens ont de lui est celle du documentaire "Les yeux dans les Bleus" (à retrouver en intégralité à la fin de l'article). Et c'est vraiment la sienne. Comme on le voit à l'image, c'est lui dans la réalité. Il n'a pas forcé son caractère, ni ses mots. Avec ou sans la caméra, il est comme ça, naturel, franc. Et c'était un entraîneur tellement impliqué, structuré, extrêmement professionnel. Tout était enregistré dans sa tête, planifié, il mettait tous les atouts de son côté pour réussir. Aujourd'hui, dans la voie que j'ai empruntée, celle d'entraîner, il me soutient. Pour lui, je suis fait pour ça. Entre guillemets, c'est mon premier fan. Quand on sait qu'il ne dit pas ça pour faire plaisir, c'est touchant. Si j'avais quelques mots à lui dire ? Parfois, un seul suffit alors : "Merci".»
En 1998, Aimé Jacquet laisse exploser sa joie devant ses joueurs et un certain Bernard Diomède, «marqué» à vie par son sélectionneur. (L'Equipe)
En 1998, Aimé Jacquet laisse exploser sa joie devant ses joueurs et un certain Bernard Diomède, «marqué» à vie par son sélectionneur. (L'Equipe)

Bernard Diomède : «Aimé, profite des tiens, de ta famille et soigne-toi bien»

«Déjà, humainement, c'est quelqu'un de vraiment simple, de généreux dans ses rapports avec les autres. Et l'entraîneur reste et restera celui qui a emmené l'équipe de France au titre mondial. Je pense qu'une fois qu'on a dit ça... C'est quelqu'un qui est arrivé à quelque chose de grand tout en gardant ses valeurs et ça c'est fort. C'est un homme de convictions, de certitudes.
Avec le recul, je pense sincèrement que chaque joueur qui a participé à cette Coupe du monde s'est inspiré ou s'inspire de lui, qu'il ait choisi de devenir entraîneur ou pas. Il a marqué les esprits, il a laissé une trace chez chacun d'entre nous.
Et, malgré les difficultés qu'il a connues, notamment avec les médias, il a su résister, garder la tête haute et rester digne. Et ça aussi ce n'est pas évident. Il a su rester simple, mesuré, équilibré dans ses propos. Je n'ai pas beaucoup d'admiration mais beaucoup de respect pour ça. J'ai une grande reconnaissance pour lui, c'est quelqu'un de bien, de bon. Avec le recul, je pense sincèrement que chaque joueur qui a participé à cette Coupe du monde s'est inspiré ou s'inspire de lui, qu'il ait choisi de devenir entraîneur ou pas. Il a marqué les esprits, il a laissé une trace chez chacun d'entre nous. Il avait beaucoup de respect pour moi en tant qu'homme et en tant que joueur. Il me l'a dit. Et c'était important pour moi de le savoir. Au départ, c'était difficile d'expliquer cette relation que je pouvais avoir avec lui. Mais il m'a toujours fait passer beaucoup de messages positifs, avant de me prendre puis lorsqu'il m'a sélectionné. Je ne peux pas oublier ce qu'il a fait pour moi, ce qu'il m'a permis de vivre. Ce n'est pas rien quand même.

«T'es pas Djorkaeff, t'es pas Zidane mais Zidane non plus c'est pas Diomède»

Juste avant la Coupe du monde, il avait convoqué les plus jeunes dont je faisais partie pour nous dire, en gros, que nous n'étions pas là en vacances mais pour participer et apporter notre pierre à l'édifice. Et dans l'entretien individuel que j'avais eu avec lui, il m'avait dit : "T'as des qualités, dans ton registre je n'ai pas de joueur comme toi, t'as ta patte gauche. T'as rien à envier à Youri, t'as rien à envier à Zizou, si tu es là c'est que tu le mérites donc montre le sur le terrain. T'es pas Djorkaeff, t'es pas Zidane mais Zidane non plus c'est pas Diomède. Toi, t'es Diomède donc vas-y ". On peut rapprocher ce moment de la scène que l'on voit dans "Les yeux dans les Bleus" (documentaire à retrouver en intégralité à la fin de l'article) quand il dit : "Petit bonhomme, c'est pas Zizou", en parlant de moi. C'est la suite et c'est ça qu'il voulait dire.

«La connaissance des joueurs, de l'homme, du jeu et de soi»

Il avait la connaissance des joueurs, la connaissance de l'homme, la connaissance du jeu et la connaissance de soi. Au moment de ma formation d'entraîneur, avec Zizou, on parlait souvent d'Aimé et de ces caractéristiques-là, que l'on retrouve chez tous les entraîneurs qui nous ont marqués durant notre formation, comme Guardiola ou Ancelotti, qui ont mis en avant ce côté humain. Pour moi qui, aujourd'hui, suis ce chemin (il est sélectionneur de l'équipe de France U17, Ndlr), Aimé a été une des premières personnes à qui j'ai parlé, à qui je me suis confié, à qui j'ai posé des questions et demandé des conseils. Si j'ai quelques mots à lui dire ? "Aimé, merci. Profite des tiens, de ta famille et soigne-toi bien."»
«Sa phrase
«Sa phrase "Muscle ton jeu, Robert", dix-sept ans après on m'en parle toujours.» (L'Equipe)

Robert Pires : «Merci pour tout Aimé»

«Aimé Jacquet est quelqu'un sur qui on peut compter, s'appuyer. Avant tout, c'est un passionné qui aime le football et son pays. Il était notre bouclier devant la presse. Il a accepté d'en prendre plein la gueule pour nous et ça veut dire qu'il est fort et costaud. En tant que technicien, il avait fait ses preuves avant de prendre l'équipe de France. Et puis voilà, il est devenu le premier sélectionneur à être champion du monde avec les Bleus. Avant de former un groupe de joueurs, il a composé un groupe d'hommes sur lesquels il savait qu'il pouvait compter. Avec nous, il avait la proximité et parfois même l'intimité tout en ayant le respect. Et je pense que c'est ce qui a fait sa force et notre force. J'ai été très heureux de le voir soulever la Coupe du monde. Il faut savoir qu'il nous a donné toute sa confiance. Pour lui, c'était la plus belle des récompenses.

«Alors Robert, est-ce que tu as musclé ton jeu »

Sa phrase "Muscle ton jeu, Robert", dix-sept ans après on m'en parle toujours. La preuve, encore ce mercredi à Paris, on m'a posé la question : "Alors Robert, est-ce que tu as musclé ton jeu ?" Je ne sais pas si c'est culte mais les gens ont retenu ces mots-là. Ça m'a toujours fait rire et ça continue aujourd'hui. Apparemment, c'est l'étiquette qui me reste et ça ne me dérange pas. Au contraire, ça me fait même plaisir. À l'époque, quand il me lance ça, j'écoute, j'accepte et je me dis qu'il a raison. Sur le coup, est-ce que je vais changer mon jeu pour Aimé ? Je ne pense pas mais j'ai saisi l'avertissement qu'il me lançait.

«Il avait raison. Je devais bouger mes fesses pour réussir»

Quand on s'est revu, on a partagé notre nostalgie par rapport au passé et à ce qu'on a réalisé mais on n'a jamais reparlé de cette phrase. C'était naturel et instinctif de sa part. Quand on revoit les images, le ton est un peu fort mais il avait raison. Je devais bouger mes fesses pour réussir. Et ensuite c'était à moi de relever son challenge. Quelques mots à lui dire ? Un simple merci mais qui veut dire beaucoup. "Merci pour tout Aimé". Et puis j'aurais pu faire partie des six qui ont été éliminés. Ensuite, qui peut savoir ce qui se serait passé pour moi ? "Alors merci de m'avoir sélectionné et d'avoir cru en moi".»

Thomas Simon
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b.mathieu3333 27 nov. à 16:19

Ils vont me faire pleurer,quel entraineur et j'en sais quelque chose étant supporters des girondins,bravo a lui et tout sont effectif merci pour tout ces émotion.

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