ait fana (karim) (L'Equipe)

Aït-Fana : «Je suis toujours le même joueur, mais plus le même homme»

Karim Aït-Fana l'assure, les blessures l'ont changé, fortifié. L'attaquant de Montpellier, qui a repris l'entraînement début mai, revient sur ses moments passés loin des terrains. Et affiche son plaisir au moment d'entamer «une deuxième carrière».

«Karim, avec toutes ces blessures ces dernières années, avez-vous songé à dire stop, à tout abandonner ?
Non, jamais. Ça m’a bien effleuré l’esprit mais pas plus de quelques secondes. Je me parlais à moi-même en fait, je me disais : "Karim, si ça continue comme ça, il faudra arrêter." Puis ça passait très vite, je me reprenais et me disais : "Ne déconne pas, il faut continuer à te battre". C’est certain, il y a eu des moments où j’ai eu de gros coups de moins bien, où c’était dur. Je me posais beaucoup de questions, j’essayais de trouver des solutions. C’est difficile, très difficile d’être privé de faire son métier. Le temps est long. Mais il faut s’y faire et tenir bon, même si des fois, certains jours, c’est vraiment compliqué.

Sur qui avez-vous pu compter dans ces moments-là ?
La famille, en priorité. Ma foi, aussi, m’a particulièrement aidé. Sans elle, je ne pense pas que j’aurais continué… Ou peut-être que si, mais pas de la même manière. Elle m’a permis de continuer à faire les efforts mais elle m’a surtout permis de beaucoup relativiser. C’est du foot. Même si j’ai été beaucoup blessé et que j’étais dégoûté quand ça arrivait, je suis un privilégié. Il y a des gens qui meurent tous les jours, je ne vais quand même pas me plaindre. Ces blessures, quand je prends du recul et que je réfléchis bien, je me dis que ce n’est pas bien grave. Si c’est arrivé, c’est que ça devait se passer comme ça.

Même si j'ai été beaucoup blessé et que j'étais dégoûté quand ça arrivait, je suis un privilégié. Il y a des gens qui meurent tous les jours, je ne vais quand même pas me plaindre.

En 2012, face à Lille lors de la 37e journée de L1, Aït-Fana délivrait Montpellier, sacré champion de France une semaine plus tard. (L'Equipe)

«Une deuxième carrière qui commence»

C’est une saison blanche pour vous, après plusieurs exercices tronqués par de sérieuses blessures.
Juste après mon opération des croisés (NDLR : en octobre 2012), j’ai pas mal galéré pendant un an et demi avec plusieurs déchirures, notamment aux ischios. Sur les conseils du coach (NDLR : Rolland Courbis), qui m’a toujours soutenu, j’étais allé au centre de rééducation de Saint-Raphaël. Je bossais aussi avec les kinés du club, avec qui ça se passait bien. Mais je sentais que le protocole mis en place ne m’allait pas. Alors, il y a un peu plus de six mois, je suis allé à Munich consulter le docteur Müller-Wohlfahrt (NDLR : l’ancien docteur du Bayern Munich). J’en ai parlé avec le club, j’ai reçu son autorisation et je suis resté un mois là-bas. Je n’avais plus aucune douleur quand je suis revenu. J’ai aussi travaillé avec l’ostéo Thierry Cambon, que Laurent Blanc avait fait venir en équipe de France quand il était sélectionneur. L’hiver dernier, je me sentais vraiment bien physiquement, j’allais reprendre avec les pros quand je suis allé disputer un match de CFA à Rodez (NDLR : le 10 janvier). Et là, sur un mauvais terrain, le mec d’en face a taclé et voilà. Cette fracture, c’est un coup du sort. J’ai entendu craquer au niveau de ma cheville (NDLR : la malléole) et, tout de suite, j’ai senti que c’était cassé, que c’était grave. Mais aujourd’hui c’est du passé. J’ai repris l’entraînement (NDLR : le 6 mai) et je me sens bien. J’espère que tout ça restera loin derrière moi. Je vais repartir sur une nouvelle saison en effectuant une bonne préparation. Pour moi, c’est une deuxième carrière qui commence.

Ce sera avec Montpellier ?
Je ne sais pas. Je suis en fin de contrat. Il y a des discussions entre le club et mon agent, qui est également en contact avec d’autres équipes intéressées. J’ai été formé ici, j’ai tout connu avec ce club et s’il veut me proposer quelque chose, je suis forcément à l’écoute. Les dirigeants m’apprécient, le coach aussi, donc on verra bien. Maintenant, il faut que je joue au football.

Avec toutes ces blessures, êtes-vous toujours le même joueur ?
Oui, et cela m’a surpris. À chaque fois que je reprends, je retrouve toutes mes sensations et mon niveau d’avant. J’accélère, je dribble, je marque. Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu mes qualités. C’est rassurant. Si ce n’était que mon avis, je n’y prêterais pas forcément attention mais c’est un avis partagé. Les gens autour de moi l’ont aussi constaté. Ça me donne confiance pour la suite.

Si vous êtes toujours le même joueur, êtes-vous toujours le même homme ?
Non, j’ai forcément changé. Je ne suis plus pareil. Je relativise plus, je me prends beaucoup moins la tête qu’avant. D’un petit pépin, je n’en fais pas des caisses. Je suis toujours le même joueur mais que je ne suis plus le même homme. Oui c’est ça, je suis un nouvel homme, plus confiant et plus serein.»

Thomas Simon

«On fait un métier extraordinaire, le plus beau au monde»

Que se passe-t-il dans votre tête quand vous retouchez le ballon ?
Déjà, pendant des mois, tu n’as pas l’occasion de faire ce que tu as le plus envie de faire, et c’est terriblement frustrant. Alors quand tu retrouves le terrain, le ballon, les coéquipiers, franchement, c’est indescriptible. J’étais super heureux. C’est là qu’on se rend vraiment compte que l’on fait un métier extraordinaire. Quand tu te lèves le matin pour aller t’entraîner, tu as le sourire, il n’y a pas une seconde où tu fais la gueule car tu sais que tu vas te régaler. Quand tu es en forme et que tu joues au foot, c’est là que tu te rends compte qu’il n’y a pas de plus beau métier au monde.

Je ne suis plus pareil... Je suis un nouvel homme, plus confiant et plus serein.