djiku (alexander) (E.Garnier/L'Equipe)
Coronavirus

Alexander Djiku (Strasbourg) et le confinement : «Passer du temps avec son fils, il n'y a rien de mieux»

Bientôt un mois que la Ligue 1 a dû s'arrêter face à l'épidémie de coronavirus. Alexander Djiku, le défenseur de Strasbourg, raconte comment il vit cette pause, tout en faisant un bilan de sa saison.

«Le temps ne commence-t-il pas à être un peu long ?
Franchement, oui, c'est assez long. Mais, pour ma part, je m'occupe assez bien la journée. J'essaie de la construire du mieux possible. Quand on est footballeur, on a envie de faire ce qu'on aime, on a envie de faire son métier. On accepte.

Est-il compliqué de respecter le confinement ?
Si on veut que ça s'arrête rapidement, il faut respecter ce que le président a dit. Les seules fois où on sort, c'est pour le ravitaillement de nourriture, ou deux-trois trucs à la pharmacie, quand on a des petits rendez-vous chez le médecin. Avec l'attestation manuscrite. Pour l'instant, j'en ai fait trois. C'est pour vous dire que je ne suis pas beaucoup sorti.
C'est quoi une journée type ?
Je me réveille à peu près à 9 heures du matin. Je joue avec mon fils de treize mois pendant une heure. Ensuite, je fais mon sport, pendant une heure et demi. Je mange avec mon frère, ma femme et mon petit. Je fais toujours ma petite sieste quotidienne indispensable (Il sourit) vers 14 heures. Pendant une heure. Je regarde un peu la télé. Je refais une séance, surtout musculaire, vers 18 heures. Et le soir, on se regarde un petit film ou on joue. Je lis aussi. Je viens de finir un livre : c'était Game of Thrones. J'ai trouvé ça assez sympa.

«On essaie d'avoir le moins de manques possibles»

L'un des avantages de ce confinement n'est-il pas de pouvoir passer plus de temps avec votre fils ?
Exactement. Que ce soit pour moi ou pour lui... Je pense qu'il est content. Il a sa maman et son papa pour lui. C'est une des choses positives que l'on peut retenir de ce confinement. Passer du temps avec son fils, il n'y a rien de mieux.

Sportivement, est-ce que vous vous inquiétez de votre condition physique ?
Oui, on s'inquiète. On sait que tout ce qu'on fait au quotidien à la maison ne remplacera jamais le terrain. On essaie d'avoir le moins de manques possibles pour pouvoir revenir en forme.

Imaginons, on vous dit que le confinement est levé dans les prochaines heures et que vous avez un match dans dix jours : vous serez prêt ?
Oui, on sera prêt. Ça fait deux semaines qu'on a arrêté (NDLR : L'interview a été réalisée jeudi 26 mars), ce n'est pas non plus énorme. Et comme on a un programme du préparateur physique, qui nous a donné quelques séances assez costaudes, tout le monde sera prêt.

«La reprise ? Il n'y a pas de bonne solution»

Qu'est-ce qui vous manque le plus ?
Le plaisir du foot. Les challenges. Les matches et tout ce qui va avec. Quand on est compétiteur, on aime bien se challenger. On aime bien aussi tout ce qui va avec les supporters. L'adrénaline. Le stress qui va bien. Là, on se sent un peu plus esseulé. Il n'y a que la famille autour. C'est différent.

On imagine que vous avez un groupe WhatsApp avec les autres joueurs. Qu'est-ce qu'il s'y dit ?
C'est surtout pour avoir les infos essentielles. De temps en temps, ça se taquine. Il y a quelques petites blagues avec quelques photos qui font marrer.

Si le Championnat ne peut reprendre avant l'été, quel est votre avis sur la suite à donner ?
Par rapport à Strasbourg, je trouve qu'on fait une saison assez positive. Par rapport aux objectifs, le maintien est quasiment acquis, donc c'est une bonne chose. Nous, on aimerait être dans les dix premiers, là on est malheureusement onzièmes. Au final, il n'y a pas de bonne solution...
«Beaucoup de personnes sont moins bien placées que nous. On s'y fait, on ne se plaint pas. On a chacun fait des dons pour aider, surtout, les hôpitaux de Strasbourg. On était contents de le faire.»
Comme de nombreux clubs, le Racing va également adopter le chômage partiel..
On a eu deux semaines de congés payés. On va passer au chômage partiel (NDLR : C'est le cas depuis lundi). Inquiétant ? Surtout pour le club car c'est le plus impacté. C'est une situation inédite pour tout le monde. On est tous compréhensifs. En terme de finances, il ne faut pas être égoïstes. Beaucoup de personnes sont moins bien placées que nous. On s'y fait, on ne se plaint pas. Je n'aime pas trop exposer ça, mais une association du club nous a donné des informations. On a chacun fait des dons pour aider, surtout, les hôpitaux de Strasbourg. On était contents de le faire. Surtout que, ici, la région est très touchée. Mon côté humain, je ne l'ai jamais perdu. On se sent comme tout le monde. On vit au jour le jour.

«Ma saison ? 7/10»

Au-delà du contexte actuel, plus globalement, si on revient sur votre saison personnelle, sur 10, combien auriez-vous envie de vous mettre ?
On va dire 7. C'est une bonne petite saison. Je suis dans le perfectionnisme, donc je me dis toujours que je peux mieux faire. Ce sont mes ambitions personnelles. Pour moi, le parfait n'existe pas.

Où auriez-vous pu faire mieux ?
En terme de régularité, ça va. Mais il y a bien deux-trois matches que j'ai loupés, où j'aurais pu faire mieux. C'est individuellement et collectivement. Il y a des matches qu'on a raté comme Dijon (0-1) au match aller ou, récemment, face à Montpellier (0-3).

Comment avez-vous accueilli la prolongation de votre entraîneur, Thierry Laurey, jusqu'en 2021 ?
C'est bien. C'est quelqu'un qui fait grandement partie du club. Il a aidé à le faire grandir. Ça fait un bon moment qu'il est là. C'est un très bon tacticien, il est capable de changer de système à tout moment pour s'adapter à l'adversaire. Humainement, c'est un bon meneur d'hommes. C'est bien pour lui, bien pour le club et bien pour nous.
«J'ai fait des bons choix de clubs.»
Personnellement, à quel point le fait d'avoir vécu la saison compliquée et la descente avec Caen en 2018-19 a pu vous faire grandir ?
Même si c'est une descente, on prend en expérience. Si demain je suis avec un club en difficulté, je pourrai apporter mon savoir-faire, mon expérience. Mais, après, on ne peut pas en tirer du positif. Si on regarde le scénario, ça s'est vraiment joué à la dernière journée. Il nous manquait un point pour faire les barrages. Ce n'était pas comme si on était derniers toute la saison. C'est une saison à oublier.
Vous avez 25 ans : où vous situez-vous dans votre carrière ?
Franchement, je trouve que j'ai une bonne progression. Je vais étape par étape. J'essaie de grimper les échelons les uns après les autres. J'essaie de construire ma carrière. J'ai fait des bons choix de clubs. J'espère que ça va continuer.

Quels seraient les paliers que vous auriez envie de passer dans le futur ?
Découvrir un autre pays, je m'en fiche un peu. Cette année, on a vécu quelque chose d'exceptionnel : la Coupe d'Europe (NDLR : Les qualifications de Ligue Europa avec Strasbourg). Quand on y goutte, on a envie d'y retourner.»

Timothé Crépin
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