Schlussjubel Amandine Henry (Frankreich)Paris, 07.06.2019, FIFA Fussball Frauen-WM 2019 in Frankreich, Eroeffnungsspiel, Frankreich - Suedkorea *** Local Caption *** (Valeria Witters/WITTERS/PRESSE/PRESSE SPORTS)
CM 2019 - Bleues

Amandine Henry racontée par ceux qui l'ont entraînée

Brassard autour du bras, elle incarne cette équipe de France comme personne. Amandine Henry éclabousse ce Mondial français de sa classe et de son talent. Pour ses précédents entraîneurs, c'est tout sauf une surprise.

Sa personnalité : «une leader», «une gagnante»

Olivier Echouafni (sélectionneur de l'équipe de France entre 2016 et 2017) : «Quand je l'ai eue, c'était déjà une leader. Mais je pense que maintenant elle en a encore plus conscience. C'est une joueuse qui arrive à maturité. Elle a adopté son rôle de capitaine, mais c'était déjà une capitaine même sans le brassard, parce qu'elle a toujours montré l'exemple.»
 
Mark Parsons (entraîneur des Portland Thorns depuis 2015) : «En plus d'être une joueuse de classe mondiale, c'est une personne de classe mondiale. C'est une compétitrice hors pair, et elle a amené ça avec elle à Portland. Elle est animée par la volonté de s'améliorer, d'être toujours la meilleure possible. Les fans l'adoraient et la respectaient pour ça, pour ce côté gagnante. Elle sera toujours dans nos cœurs. Il ne se passe pas une semaine sans qu'on ne se répète à quel point on aimerait l'avoir à nouveau avec nous. C'est l'un des êtres humains les plus gentils que je connais, et c'était un bonheur d'être à ses côtés.»

Son jeu : l'alliance de la puissance et de la technique

Gérard Prêcheur (directeur du pôle France Féminin de la FFF entre 2000 et 2004 puis entraîneur de l'OL entre 2014 et 2017) : «Ce qui caractérise le mieux sa carrière, c'est la corrélation entre sa technique et sa puissance. C'est rare d'avoir des joueuses qui combinent les deux, qui ont cette puissance-là avec ce niveau technique. Elle a une force de démarrage, cette capacité de prendre les espaces et de projeter rapidement l'équipe vers l'avant. C'est un atout considérable sur le plan offensif, mais aussi sur le plan défensif à la récupération. Quand je l'ai récupérée à l'OL, on a beaucoup travaillé son positionnement sur le terrain, son démarquage, pour qu'elle puisse plus apporter dans l'orientation du jeu. Son expérience lui permet d'avoir une maturité bien plus importante que d'autres joueuses aujourd'hui.»

Farid Benstiti (entraîneur de l'Olympique Lyonnais entre 2001 et 2010) : «Ce qui m'avait énormément plu chez elle, c'est sa maturité pour une jeune joueuse, surtout dans le jeu, sa capacité à ne jamais perdre le ballon, à être très calme dès son plus jeune âge, et puis aussi sa force physique. Accouplé à sa technique, c'était déjà une joueuse en devenir incroyable, déjà à cet âge
Mark Parsons : «Elle est à la fois très similaire et très différente de la joueuse américaine moyenne, mais pas seulement parce qu'elle est française. Je vois d'autres joueuses françaises ou d'autres nationalités qui n'ont pas les qualités qu'Amandine a. Évidemment, ça lui donne un profil un peu différent, mais elle a des qualités qui lui sont uniques. Elle incarne, selon moi, ce à quoi doit ressembler la joueuse française du futur. Elle a toutes les qualités tactiques, toutes les qualités techniques, physiques et mentales. Parfois, on peut s'interroger sur la force mentale de l'équipe de France, mais Amandine n'a aucune faiblesse à ce niveau-là. Si je travaillais dans le football français, je mettrais tout en œuvre pour former des championnes et des gagnantes comme Amandine.»
 
Olivier Echouafni : «C'est une joueuse complète. Elle a tout. Sur le plan athlétique, elle est exceptionnelle, elle dégage une puissance hors norme. Son but contre la Corée où elle prend le ballon sur le côté, c'est Amandine tout craché. Elle est douée techniquement, elle a un très bon jeu de tête, elle se déplace de mieux en mieux, elle accompagne les actions de plus en plus alors qu'elle avait plus tendance à être dans l'observation avant. À 29 ans, elle arrive à maturité. Elle a eu une période difficile avec des accumulations de blessures, mais depuis deux ans elle est beaucoup plus régulière et ça lui donne de la confiance. Elle est à l'apogée de sa carrière
Olivier Echouafni et Amandine Henry lors de l'Euro 2017. (F.Mons/L'Equipe)
Olivier Echouafni et Amandine Henry lors de l'Euro 2017. (F.Mons/L'Equipe)

Son professionnalisme : «elle a toujours placé le club au-dessus de tout»

Mark Parsons : «Elle a vraiment marqué ma jeune carrière d'entraîneur, c'est une immense professionnelle. Elle a toujours placé le club au-dessus de tout, et a toujours tout donné pour l'équipe. En 2016, quelques jours avant la fin de la saison, elle devait partir se préparer aux Jeux Olympiques avec l'équipe de France et on devait jouer un match important. Elle avait un petit souci aux adducteurs. Toute la semaine, on a essayé de la ménager, de ne pas forcer pour ne pas qu'elle aggrave sa blessure et toute la semaine, elle me disait “ça va aller, je peux jouer”. Le staff médical m'a dit qu'elle pouvait jouer, mais qu'il y avait un risque. Donc je lui ai dit que je la ferais jouer 45 minutes. Au final, elle a joué tout le match. Elle était strappée du genou à la hanche, mais elle ne s'est pas arrêtée de courir une seconde, et elle a été l'une des meilleures joueuses sur le terrain. Tout ça alors que le lendemain, elle s'envolait pour les Jeux Olympiques
 
Farid Benstiti : «Quand je la recrute, on prépare la Coupe d'Europe en Macédoine. Mais malheureusement, Amandine a commencé à ressentir une douleur au genou qu'elle traînait depuis sa formation. Cela ne l'inquiétait pas trop, mais sur le tournoi, elle était déjà titulaire et la douleur ressentie était trop vive. Le médecin, Jean-Marcel Ferret, s'en est inquiété tout de suite. Elle a arrêté la compétition, nous sommes allés voir un grand chirurgien. Suite aux radios et aux scanners, il nous a dit que le football, c'était sûrement fini pour Amandine. Alors, il nous a proposé quelque chose pour elle, de faire une greffe de cartilage, ce qui se faisait très rarement à l'époque. Le temps que la greffe prenne, ça allait prendre plus d'un an, elle avait un trou dans le cartilage au niveau de la rotule ! Si l'opération ne réussissait pas, c'était la fin de sa carrière. Mais même après tout ça, j'ai demandé au président Aulas de garder Amandine Henry et à la surprise générale, elle a prolongé de deux années son contrat

Sa capacité d'adaptation : «elle peut jouer à tous les postes»

Mark Parsons : «Pour beaucoup de joueuses, venir jouer aux États-Unis peut être très dur. Surtout quand on vient d'un club comme Lyon, où l'on gagne 98% de ses matches et où l'on a la balle 75% du temps. En NWSL, chaque minute est décisive et peut te faire gagner ou perdre un match. Tu ne peux pas te reposer une seconde. La transition peut être difficile. Amandine, elle, a prospéré dans ce cadre parce qu'elle travaille extrêmement dur, elle cherche constamment à s'améliorer, à devenir une meilleure version d'elle-même. Elle était prête pour ce changement de mentalité.»
 
Gérard Prêcheur : «Le plus gros challenge qu'on a vécu ensemble, c'est ma première finale de Ligue des champions contre Wolfsburg, en 2016. J'avais beaucoup réfléchi à la tactique, et j'ai décidé dans les deux dernières semaines de jouer en 3-5-2. Je demande à Amandine de jouer troisième défenseuse axiale. Sur le coup, elle pensait que je plaisantais ! On a bien discuté, on a énormément travaillé à l'entraînement, et elle nous fait une finale exceptionnelle. On a joué le challenge, elle l'a relevé, elle s'est parfaitement adaptée à mon choix et elle a performé. A partir du moment où on a la technique, la connaissance du jeu, le physique, plus l'expérience et la maturité... aujourd'hui, elle peut jouer à tous les postes.»
Nicolas Jambou  et Alexandre Aflalo 
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