(L'Equipe)

Andrés Iniesta (Espagne), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

11 avril - 14 juin : dans exactement 64 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Trente-septième épisode avec Andrés Iniesta.

Son histoire avec la Coupe du monde

Après avoir fait le bonheur des équipes d'Espagne de jeunes, Andrés Iniesta faisait partie de la liste du sélectionneur Luis Aragonés pour la Coupe du monde 2006, en Allemagne. Le joueur de vingt-deux ans sortait de deux saisons pleines avec le FC Barcelone et connaissait sa première sélection dans un match de préparation face à la Russie (0-0). Sa première expérience mondialiste était mitigée : la Roja terminait facilement première de son groupe et Iniesta disputait l'intégralité du troisième match contre l'Arabie Saoudite (1-0). Mais il restait sur le banc lors du huitième de finale perdu face à la France (3-1). Quatre ans plus tard, le natif de Fuenteabilla était beaucoup plus expérimenté, ayant notamment remporté le Championnat d'Europe en 2008. L'objectif doublé commençait mal avec un premier match perdu face à la Suisse (0-1). Iniesta était arrivé en Afrique du Sud diminué par une blessure à une cuisse, mais il était buteur lors de la victoire face au Chili (2-1), synonyme de qualification pour les huitièmes de finale. Cette fois, l'Espagne ne chutait pas et se hissait jusqu'en finale, le moment choisi par le milieu catalan pour entrer dans l'histoire. Dans une rencontre très tendue contre les Pays-Bas, Iniesta délivrait les siens au terme d'une prolongation indécise (voir ci-dessous) et offrait le trophée à l'Espagne qui ne conservait pas son titre au Brésil, en 2014. La sélection espagnole d'Iniesta se faisait éliminer dès la phase de poules, marquée par la revanche historique des Néerlandais (1-5) dès le premier match.

Le moment fort

Pour la majorité des joueurs, ça ne se passe que dans leurs rêves les plus fous. Marquer le but victorieux de son pays en finale de la Coupe du monde, Andrés Iniesta l'a fait le 11 juillet 2010. Ce soir-là, il est devenu le héros de toute l'Espagne à Johannesburg. La finale contre les Pays-Bas a longtemps été indécise, la rencontre était tendue et l'arbitre avait fait pleuvoir les cartons (14 cartons jaunes et 1 expulsion). Les deux équipes semblaient se diriger vers une séance de tirs aux buts mais "Don Andrés" en décidait autrement. Côté gauche, Torres récupérait le ballon et essayait de trouver Iniesta dans la surface. Van Bronckhorst manquait son dégagement. Le cuir revenait dans les pieds de Fabregas qui décalait le milieu catalan, son enchaînement contrôle-frappe croisée trompait Stekelenburg (1-0, 116e) et Iniesta offrait sa première étoile à l'Espagne. Sa joie était indescriptible et il dévoilait un tee-shirt sur lequel on pouvait lire «Dani Jarque pour toujours avec nous». Un hommage au joueur de l'Espanyol Barcelone qui était décédé en août 2009. La classe.

Le chiffre : 4

Sauf blessure, Andrés Iniesta devrait faire partie de la sélection de Lopetegui pour l'aventure en Russie cet été. Le milieu de terrain s'apprête donc à participer à la Coupe du monde pour la quatrième fois, comme 48 joueurs l'ont fait avant lui, dont ses compatriotes Zubizarreta, Hierro et son copain Xavi. Iniesta aura trente-quatre ans en mai prochain, ça sera sans doute compliqué pour lui d'intégrer le cercle très fermé des trois joueurs à avoir disputé cinq fois la compétition (Carbajal, Matthaüs, Buffon).

L'archive de FF

Deux mois après la victoire de l'Espagne en finale de la Coupe du monde, Iniesta était revenu sur ce but qui a changé sa vie pour un grand format publié dans FF le 7 septembre 2010 : «Andrés Iniesta n'est pas près d'oublier la 116e minute de la rencontre Espagne - Pays-Bas, le 11 juillet, à Johannesburg. "Lorsque Cesc (Fabregas) me donne la passe, dès que je contrôle le ballon, je sais que je vais marquer, que le but est au bout. Vraiment, je vous le jure, je le sais déjà ! Le ballon rebondit à la bonne hauteur, je sais que je vais croiser. C'est comme si ça se passait au ralenti, dans un silence terrible. Ce ne sont que deux secondes, ça me semble durer une éternité." Ce but, il avoue l'avoir revu des dizaines de fois, "et je le regarde encore sur l'ordinateur." Sur ce coup, Iniesta ne tremble pas. Il avait inscrit un but inoubliable face à Chelsea à l'ultime seconde d'une demi-finale de C1, mais il dit : "Là, c'était la Coupe du monde, et je ne crois pas qu'on puisse ressentir quelque chose de plus fort.'" S'ensuivit l'hommage en dévoilant son maillot de corps et l'inscription "Dani Jarque pour toujours." "L'ancien capitaine de l'Espanyol Barcelone, décédé il y a un peu plus d'un an d'une crise cardiaque, était un ami proche. Il sera associé à cette minute. Je n'aurais pas marqué, je l'aurais quand même dévoilé à la fin de la rencontre.'"De cette Coupe du monde, Andrés a conservé un autre instantané : "Quand Iker nous sauve, je suis au milieu du terrain. Et je vois Robben qui réalise un geste parfait. Et Iker qui tend sa jambe. Comme un choc brutal sous les yeux. Sans lui, je ne serais peut-être pas là à vous parler..."»

Clément Gavard