(L'Equipe)

Angelo Schiavio, nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

29 mai-14 juin : dans exactement 16 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quatre vingt-cinquième avec Angelo Schiavio.

Son histoire avec la Coupe du monde

Partir à la conquête d'une Coupe du monde, cela vaut tous les sacrifices. Et Angelo Schiavio n'avait pas peur de devoir cravacher, multiplier les séances d'exercice physique et les courses dans les bois. En fait, ce qui l'avait le plus contrarié lorsque Vittorio Pozzo avait averti les internationaux italiens qu'un stage de plusieurs semaines était programmé avant le début du Mondial, c'est que cela le contraignait à abandonner son commerce familial du centre de Bologne pendant une longue période. Quasiment deux mois entre la phase de préparation et le déroulement du Mondial 1934. Car l'attaquant du FC Bologne était un véritable footballeur amateur, qui jouait quasiment gratis, acceptant rarement les primes, poussé par sa passion débordante du ballon rond. Oui, à une époque où le Championnat d'Italie comptait déjà de vraies stars payées uniquement et grassement à jouer pour leur club, lui occupait une grande partie de son temps dans son magasin d'habillement. Et, d'ailleurs, sur son passeport, il était écrit commerçant et non footballeur à la ligne profession ! Mais l'idée de tout mettre en œuvre pour remporter la Coupe Jules Rimet, comme on désignait le Mondial dans l'entre-deux guerres, avait été plus forte que tout. Et puis, Schiavio n'avait-il pas déjà par le passé sacrifié du temps pour disputer un grand tournoi avec la sélection italienne ? En 1928, il avait ainsi participé aux Jeux Olympiques à Amsterdam. Ayant eu besoin d'un match d'appui pour éliminer l'Espagne en quarts, l'Italie n'avait disposé que de trois jours pour préparer la demi-finale face à l'Uruguay, championne olympique en titre. Ce qui n'avait pas empêché les Azzurri de jouer crânement leur chance et de s'incliner de justesse (2-3) face à une Celeste qui ira chercher l'or face à l'Argentine, alors que l'Italie obtiendra la médaille de bronze en atomisant 11-3 l'Egypte avec un triplé pour Schiavio (il avait également marqué un but lors du 7-1 dans le "replay" face à l'Espagne).

Mais là, en 1934, la pression était tout autre : la Nazionale de Pozzo se devait de remporter une Coupe du monde organisée par l'Italie et sur laquelle le régime fasciste comptait beaucoup en termes de propagande. A vrai dire, le sélectionneur italien n'était pas motivé par des desseins politiques, mais la volonté de conforter la place de choix qu'occupait alors sa sélection dans le panorama européen, avec notamment la conquête en 1930 de la Coupe Internationale, un tournoi officiel réunissant l'élite continentale de l'époque et que l'Italie remporta à nouveau cinq ans plus tard. Vittorio Pozzo ne voulait rien laisser au hasard : physiquement, psychologiquement, techniquement, ses joueurs devraient être au top. Et constituer un groupe soudé. Pour cela, il organisa des binômes en privilégiant les tandems de joueurs ayant connu des frictions entre eux pendant le Championnat, histoire de tout remettre à plat et d'évacuer les différends. Angelo Schiavio se retrouva ainsi avec Luis Monti, le teigneux milieu défensif de la Juve. Mission accomplie au cours des trois semaines de stage, une grande partie en altitude : Pozzo se trouvait à la tête d'une sélection à la cohésion et à l'esprit conquérant exemplaires, capable de repousser tous les obstacles. La grande force de cette équipe était aussi de posséder une condition physique irréprochable, mérite d'une vraie préparation moderne, dans un football où régnait encore une forte dose de romantisme. Cette condition physique va permettre à l'Italie de livrer de véritables batailles, notamment lors des deux quarts de finale face à...l'Espagne (l'histoire n'est qu'un éternel recommencement !). Des deux matches, Schiavio -auteur d'un triplé lors du 7-1 contre les Etats-Unis en huitième de finale - ne joua que le premier (1-1 a.p.). Il fut en revanche opérationnel au tour suivant face à l'Autriche (1-0) et, surtout, en finale du Mondial. Une présence providentielle : c'est Angelo Schiavio qui marqua le but décisif en prolongation, celui du 2-1 donnant le titre planétaire à l'Italie. Cela valait bien le coup de délaisser pendant quelques semaine sa chère boutique de vêtements !

Le moment marquant

Des buts, Angelo en aura marqué à la pelle dans sa carrière. Pas moins de 249 en 361 matches officiels avec le FC Bologne, club avec lequel il remporta quatre Scudetti et deux Mitropa Cup. Plus quelques-uns de poids sous la tunique de la sélection italienne. Mais, bien entendu, aucun n'a jamais eu le retentissement et l'importance de celui réalisé le 10 juin 1934 au stade du PNF à Rome, futur Flaminio. Un but qui délivra l'équipe d'Italie et tout un peuple dans les dernières minutes d'une finale très tendue de Coupe du monde. Une finale qui avait débuté sur un faux rythme entre l'Italie et la Tchécoslovaquie, deux formations qui semblaient pâtir de l'enjeu et de la charge émotionnelle d'une telle rencontre. Ce qui donna une première période équilibrée et sans grosses occasions. Après la pause, les Tchécoslovaques étaient montés en puissance, produisant plus de jeu et ouvrant la marque à la 71e minute sur un tir de loin de Puc qui provoqua l'explosion de joie de ses 2000 compatriotes présents dans les gradins. Ce but produisit l'effet d'un électrochoc sur les Italiens qui, neuf minutes plus tard, sur un exploit personnel de "Mumo " Orsi, parvenaient à égaliser. Plus rien ne changera jusqu'au coup de sifflet de l'arbitre. Le titre allait donc se jouer en prolongation. Conscient qu'il fallait forcer le destin, Vittorio Pozzo demanda à ses deux pointes, Guaita et Schiavio, de permuter toutes les deux ou trois minutes pour désorienter les défenseurs adverses. Il ne faudra que cinq minutes aux Italiens pour faire la différence : sur une action partie de Ferrari et poursuivie par Orsi, ce dernier servit le ballon à Schiavio qui anticipa les défenseurs et décocha un extérieur du droit qui laissa Planicka, le gardien tchècoslovaque, sans réaction. Ce fut le dernier match de l'attaquant de Bologne en sélection. Une apothéose !

Le chiffre : 15

En inscrivant le but de la victoire en finale du Mondial 1934, Angelo Schiavio a signé son 15e but en 21 sélections. Ce qui en faisait alors le troisième meilleur buteur de l'histoire de l'équipe d'Italie, à dix longueurs du recordman Adolfo Baloncieri (1920-1930) et sept de Giuseppe Meazza (qui bouclera en 1939 avec un total de 33 buts en sélection, nouveau record, battu seulement en 1973 par Gigi Riva avec 35 unités).

L'archive de FF

Le 14 juin 1994, dans son numéro de présentation du Mondial américain, FF offre à ses lecteurs une belle galerie de joueurs ayant marqué l'histoire de la compétition, «les 100 héros de la Coupe du monde». Voilà ce qui est écrit sur Schiavio : «Buteur de légende, Angelo Schiavio fut le héros de la finale de 1934 quand, sur une passe de Meazza, il inscrivit le but décisif face à la Tchécoslovaquie (...) Le match venait de basculer dans la prolongation et le score de 2-1 ainsi acquis ne devait plus évoluer : l'Italie remportait, à Rome, dans la liesse qu'on imagine, le premier de ses trois titres. Généreux et combattif, "Anzlein" -tel était son surnom- était déjà entré dans la seconde moitié d'une carrière qu'il avait entamée très jeune, titulaire à dix-sept ans d'une équipe de Bologne qui dominait le Calcio d'avant-guerre.»

Roberto Notarianni