lopes (anthony) (DUPUY WILLIAM/L'Equipe)
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Anthony Lopes (OL), l'atypique

Pas dans la norme ni dans les standards réclamés et décrétés par l'époque, Anthony Lopes, le gardien international portugais de Lyon, se singularise par un profil qui le pousse malgré lui vers la marge.

La dualité qu'il dégage le rapproche à proximité du paradoxe, tout près, juste à côté. Elle a également pu le traîner avec force vers la controverse. Certains l'ont décrit discret et réservé loin des terrains, on l'a vu bouillant et dans les embrouilles sur le pré. Il est un dernier rempart formé par un club qui cultive l'art et la manière de polir des pépites qui brillent devant. Il est un portier qui n'est pas très grand et qui tente d'exister à un poste où la mode et la tendance sont depuis plusieurs années aux géants. «Je dois être contrasté. Je suis comme ça, c'est moi.» Dans la continuité d'un sourire échangé, ce sont les mots qu'avait déposés Anthony Lopes (28 ans) au moment où France Football, venu lui remettre son Étoile d'Or 2015 après l'avoir désigné meilleur gardien de L1 de la saison écoulée, lui avançait les oppositions qu'il proposait.

Le temps passé est venu les appuyer puis les consolider, grâce à lui et parfois malgré lui. Un terme s'est dégagé de la mêlée des qualificatifs et les a entérinées. Le numéro un de Lyon serait atypique, un peu à part dans le paysage dessiné et presque imposé désormais par ses confrères. «Bien sûr qu'il l'est.» Jérôme Alonzo tranche d'emblée un débat qui ne semble pas exister. «Déjà par son gabarit (1,84 m, 81 kg), tout simplement, explique celui qui a gardé les cages du PSG, de l'OM, Nantes et Saint-Etienne, notamment. Au début, quand je l'ai vu arriver, je n'aurais jamais parié un euro dessus. Je l'ai regardé et me suis dit : il va se faire envoyer valser, il va se prendre une danse direct. Et finalement pas du tout. C'est un phénomène. Il m'a bluffé et il continue de me bluffer. Parce qu'aujourd'hui, si tu n'es pas une armoire à glace, c'est fini pour toi. Le morphotype classique qui me vient tout de suite à l'esprit et que j'aime beaucoup, c'est (Walter) Benitez de Nice (1,91 m et 91 kg). C'est ce que les coaches et les scouts cherchent. Anthony est le dernier survivant d'un monde qui n'existe plus
«Anthony est le dernier survivant d'un monde qui n'existe plus»
Un rapide coup d'œil sur le panorama européen de cette fin d'hiver suffit à justifier le constat. Parmi les seize gardiens amenés à disputer les huitièmes de finale de la Ligue des champions, celui de Lyon est le plus petit. C'est une anecdote ponctuelle en même temps qu'une particularité qui s'inscrit dans la durée, une caractéristique qui l'a accompagné ou plutôt suivi de sa formation jusqu'à son arrivée puis son assise solide chez les pros. Plus jeune, la question de sa taille a été un sujet entouré de doutes qui pouvait diviser et qui a pu le contrarier. À présent, et malgré une régularité qui le place parmi les meilleurs à son poste en L1 depuis maintenant plusieurs années, ils ne se sont pas tous dissipés.

«C'est un gardien qui n'a pas beaucoup d'envergure, estime Christophe Lollichon, qui a toujours affiché sa préférence «pour les grands». Autant dire les choses comme je les pense : pour le très haut niveau, ça me paraît limite, justement à cause de ses limites morphologiques. S'il sortait d'une académie maintenant, je pense qu'il serait un peu en difficulté.» Le débat sur la stature athlétique de son protégé fait réagir Grégory Coupet, en charge des gardiens lyonnais après avoir officiellement succédé à Joël Bats en janvier 2018. «La taille comme on l'entend, c'est-à-dire au niveau de sa tête, ne représente pas grand-chose. Ce qui compte, c'est la taille avec les mains tendues. Et là, il n'y a aucun doute à avoir. Il a du jump et une détente verticale impressionnante. Il a une vraie dextérité dans les airs.» Et d'autres qualités qui lui permettent de compenser son manque de centimètres et pourquoi pas de détourner ailleurs les regards qui s'arrêtent à ça... - T.S.

La suite de ce portrait est à retrouver ce mardi dans France Football ou ici en version numérique dès lundi à partir de 18h.

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