neymar jr turpin (clement) motta (thiago) (F.Faugere/L'Equipe)

Arbitrage : éclairage sur cinq faits de jeu litigieux qui font tant parler

L'International Football Association Board (IFAB) publie chaque année différentes lois et recommandations qui déterminent et font évoluer les règles du football. En théorie, tout questionnement sur un fait de jeu litigieux a donc une réponse grâce à cet organisme. Consultant pour RMC, l'ancien arbitre international Joël Quiniou apporte son avis d'expert sur cinq de ces litiges.

Il y a hors-jeu sauf si le bras dépasse

On définit la règle du hors-jeu dans la Loi 11 du rapport comme «n’importe quelle partie de la tête, du corps ou des pieds qui se trouve plus près de la ligne de but adverse que le ballon et l’avant-dernier adversaire». Mais les supporters et même les spécialistes ont tendance à affirmer tout et son contraire lorsqu’un joueur est en position litigieuse selon qu’il joue pour ou contre son équipe. Pour balayer la mauvaise foi ou éclairer certains, il est bon de préciser une chose importante : «Les mains et bras de tous les joueurs, y compris les gardiens de but, ne sont pas pris en compte.» Les hors-jeu se jouent parfois à une main ou un orteil. Donc un joueur dont seul le bras est en position illicite ne doit donc pas être signalé hors-jeu. Mais si toute autre partie de son corps l’est, l’assistant devra lever son drapeau. CQFD.
 
L’avis de Joël Quiniou : «Je pense que cela a été décidé ainsi par l’IFAB tout simplement car c’est un sport où nous n’avons pas le droit d’utiliser les mains. Mais il est très difficile parfois de distinguer à pleine vitesse si ce n’est que le bras qui dépasse. Je trouve positif qu’un assistant privilégie le jeu en cas de doute, mais pas quand c’est flagrant bien sûr. J’ai l’habitude de dire pour plaisanter qu’un joueur qui chausse du 46 est désavantagé par rapport à quelqu’un qui chausse du 39 !»

Un joueur peut prendre un carton jaune quand il retire son maillot... mais pas que

Il est acquis que le buteur soit averti lorsqu’il enlève son maillot pour célébrer un but. Mais selon la Loi 12, qui parle de «célébration sans excès», d’autres comportements, moins connus, entraînent un avertissement : «S’il grimpe sur les grilles entourant le terrain et/ou s'approche des spectateurs d'une telle façon qu'il entraîne des problèmes de sécurité ; s’il fait des gestes provocateurs, moqueurs ou offensants ou agit de façon provocatrice ; s’il recouvre sa tête ou son visage d’un masque ou autre article analogue.» Autrement dit, dès que le Gabonais Aubameyang sort un masque, il en prend aussi pour son grade.
 
L’avis de Joël Quiniou : «On parle de célébration avec joie excessive pour justifier la distribution d’un carton jaune à un joueur. Le fait d’enlever son maillot (ou simplement le mettre sur sa tête) ou monter sur une grille sont des comportements jugés comme anti-sportifs ou excessifs. De plus, si l’arbitre aperçoit un joueur en train de faire des gestes obscènes à qui que ce soit, il peut l’exclure sur le champ. Mais cela reste rare.»

On n'exclut pas forcément un joueur car il est dernier défenseur...

La double peine penalty + carton rouge est l’un des débats qui fait le plus parler de nos jours. Un carton rouge est envisageable (sans compter les actes de brutalité, fautes grossières ou encore les propos injurieux) d’après la Loi 12 seulement si la faute empêche un joueur qui se dirige vers le but de progresser dans cette direction : «Empêche de marquer un but ou annihile une occasion de but manifeste à un adversaire se dirigeant globalement vers le but du joueur fautif en commettant une faute passible d’un coup franc.» Le penalty n’oblige donc pas les arbitres à sortir le rouge.
 
L’avis de Joël Quiniou : «Contrairement à ce qui peut être pensé, la notion de «double peine» existe bel et bien. Mais être en position de dernier défenseur ne joue pas ou très peu sur une décision. Ce qui va déterminer la couleur du carton lorsqu’il y a faute dans une surface, c’est l’intention de jouer le ballon ou non. Si un joueur avait l’intention de ne pas faire faute, un jaune doit être sorti. Mais si sa faute était volontaire ou contre l’esprit du jeu, il faut l’exclure. La position du défenseur n’est pas importante.»

... mais on peut exclure quelqu'un même s'il ne prend que le ballon

Lors du match Metz - PSG du 8 septembre dernier, Benoît Assou-Ekotto a écopé d’un carton rouge direct à la 56e minute. La cause : un tacle jugé dangereux par M. Desiage sur Kylian Mbappé. Pourtant, sur les images, le joueur du FC Metz prend le ballon mais effleure le Parisien. Pour motiver sa décision, l’arbitre a utilisé la règle dans la Loi 12 qui parle de «faute grossière» synonyme d’exclusion et définie comme telle : «Tacler ou disputer le ballon tout en mettant en danger l’intégrité physique d’un adversaire ou en agissant avec violence ou brutalité doit être sanctionné comme faute grossière.». Soutenu ensuite par ses compères, l’arbitre de la rencontre a jugé que l’intégrité physique du Parisien a été mise en danger. Il a sûrement aussi été influencé par la vitesse à laquelle s’est déroulé l’action.
 
L’avis de Joël Quiniou : «Il faut savoir si faute grossière il y a en prenant en compte les notions de dangerosité et le côté spectaculaire d’une faute. On peut sortir un rouge si elle nous a paru dangereuse pour l’intégrité physique d’un joueur, surtout quand le tacle se fait par derrière. C’est à l’arbitre de savoir prendre son temps pour prendre une décision. Pour les fautes plus que pour d’autres faits de jeu, c’est clairement une question d’appréciation laissée à la seule responsabilité de l’arbitre. C’est pourquoi chacun y va de son avis lorsqu’un joueur est exclu sans qu’il ait forcément touché l’autre joueur.»

Il y a penalty même si la faute débute en dehors de la surface

A chaque fois ou presque qu’une faute débute en dehors de la surface et se poursuit à l’intérieur de celle-ci, le débat est ouvert sur où doit être sifflée la faute. Pourtant, dans les textes, la règle est écrite noir sur blanc dans la Loi 12 : «Si un défenseur commence à tenir un attaquant à l’extérieur de la surface de réparation, mais poursuit son infraction à l’intérieur de la surface, l’arbitre accordera un penalty.» Un tirage de maillot qui débuterait à l’extérieur et se poursuivrait à l’intérieur doit donc se transformer en penalty, et non en une faute à l’endroit où la faute a démarré.
 
L’avis de Joël Quiniou : «À partir du moment où le maillot de l’attaquant commence à être tiré, ce sera au moment où le défenseur le lâche que doit être sifflée la faute. Si le tirage de maillot commence à 30 mètres de la surface mais se termine à l’intérieur de celle-ci, il y aura penalty et non pas faute à 30 mètres du but.»

Pour aller plus loin : Les lois du jeu 2017/2018