(L'Equipe)
Ligue 1 - 21e journée

Aurier le Toulousain

Passé deux ans et ans demi du côté de la Garonne, Serge Aurier y a laissé un beau souvenir. Marquant pour les supporters et pour lui, ce passage restera gravé à jamais dans son CV de joueur affirmé.

Il portait les tresses plaquées et n'avait pas encore décidé de se laisser pousser le bouc. Dans la plus grande simplicité, devant un mur écru sans fioriture, Serge Aurier affiche un sourire crispé en posant avec la liquette violette du TFC. Nous sommes le 26 janvier 2012 et le Toulouse Football Club frappe un joli coup lors du mercato hivernal en enrôlant le prometteur défenseur du RC Lens. A seulement dix-neuf ans, le gamin de Ouaragahio (Côte d'Ivoire) est pourtant loin d'être un inconnu pour les observateurs. Du côté de Félix-Bollaërt, Aurier a déjà fait montre de ses qualités en débutant en Ligue 1 à dix-sept ans. Alain Casanova, alors entraîneur du Tèf à l'époque, n'avait rien loupé du latéral droit. «C'est un gars que j'avais remarqué très tôt au RCL. Je me souviens notamment d'un de ses premiers matches à Sainté. Il m'avait fait une très grosse impression. On le suivait depuis un petit moment avant qu'il ne vienne à Toulouse», se remémore-t-il.
Alain Casanova et Serge Aurier. (L'Equipe)
Alain Casanova et Serge Aurier. (L'Equipe)

Casanova : «Je l'aime beaucoup»

Les huiles toulousaines préfèrent alors jouer la montre à cette époque et misent sur le latéral serbe Pavel Ninkov, toujours au club. Six mois plus tard, la tentation est trop forte. Aurier se pare de violet malgré des offres de la Lazio ou encore de Manchester City. S'il est titularisé trois jours après sa signature, contre Caen, sur le flanc gauche de la défense haut-garonnaise, l'international ivoirien mettra plus de temps à s'imposer dans le onze type. «Il s'est très bien intégré dans le vestiaire mais au départ, je ne le faisais pas jouer car il avait besoin d'encore mieux s'adapter au style du TFC et besoin d'acquérir quelques principes collectifs. Je l'ai fait patienter. Mais je vous rassure, ça n'a pas duré très longtemps», lance Casanova dans un rire. Les six premiers mois, Aurier bouffe de l'entraînement et doit se contenter d'un rôle de joker avec seulement dix rencontres disputées.

Akpa, Yago, Kaaris et l'importance du 3-5-2

L'opus 2012/13 démarre mal avec un rouge à Montpellier, mais ça ne changera pas grand-chose. La machine est lancée... Aurier devient incontournable et progresse lentement mais sûrement sur le flanc droit de la défense du TFC. Dans le vestiaire, il s'affirme comme un garçon incontournable. «C'est quelqu'un qui va beaucoup vers les autres. Il ne se met pas en avant, il pense collectif avant lui-même et est très sensible à la cohésion de l'équipe, la bonne entente, l'union dans le groupe. Il est tout le temps de bonne humeur», encense l'ex-technicien du TFC. Un caractère qui plaît à beaucoup. Alors, Aurier n'hésite jamais à toucher deux mots à ses coéquipiers quand ça ne va pas ou quand il a quelque chose sur le cœur. L'enfant de Sevran sait mettre l'ambiance avec du Kaaris dans le vestiaire, mais il sait aussi prendre la parole. L'heure de la maturité certainement.
Serge Aurier avec ses anciens coéquipiers. (L'Equipe)
Serge Aurier avec ses anciens coéquipiers. (L'Equipe)

Aurier : «J'ai beaucoup d'amis là-bas»

Car c'est bien lors de l'exercice 2013/14 que Serge Aurier prend son envol. La saison juste avant son départ au Paris Saint-Germain. Statistiquement, il joue trente-quatre rencontres, marque six buts, hérite parfois du brassard de capitaine et se fond à merveille dans le 3-5-2 prôné par Alain Casanova : «Il est devenu intéressant par sa polyvalence. Je l'ai fait jouer défenseur central à trois axiaux, il avait été phénoménal, encense Casa. Ce n'était pas son poste préféré mais il le faisait sans problème. En piston à droite, il apportait aussi énormément. Pour sa formation, cette saison a été sans conteste celle où il a le plus progressé tactiquement.» Une belle saison où le TFC finit neuvième avec des idées de jeu et du plaisir au Stadium. Aurier régale sur la pelouse et se lâche en dehors. Toujours prompt à donner le change à ses incontournables amis du vestiaire Steeve Yago et Jean-Daniel Akpa-Akpro, Serge Aurier participe à toutes les idées farfelues du service communication du TFC et joue la comédie avec le sourire. Chouchou des supporters, il n'hésite jamais à s'arrêter pour signer un autographe ou faire un selfie.
Bien dans ses pompes, il a le bonheur d'être appelé à la Coupe du monde avec les Eléphants de Côte d'Ivoire au Brésil... avant d'être prêté avec option d'achat quelques jours plus tard au Paris Saint-Germain. Un nouveau virage en épingle qu'Aurier a pour l'instant bien négocié malgré six premiers mois compliqués. Comme à ses débuts au TFC. Le numéro 19 n'oublie jamais de glisser un petit mot concernant ses années dans la Ville rose, comme lors d'une interview sur le site du PSG : «J'ai beaucoup d'amis là-bas. Ca fera toujours bizarre de revenir dans ce stade-là qui m'appréciait vraiment.» Casanova considère que son attachement à Toulouse ne cessera de vivre : «Forcément, pour lui le TFC restera toujours une phase importante de sa vie. Celle du passage au monde d'adolescent à celui d'homme et d'adulte. Je l'aime beaucoup. Il est capable de prendre son téléphone quand il y a des moments difficiles. Ça fait partie des joueurs qui marquent un entraîneur.» Et un club tout entier...
Johan Tabau 
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