depay (memphis) (S. Mantey/L'Equipe)
Grand Format

Aux origines de Memphis Depay : comment l'attaquant lyonnais a construit son jeu et sa personnalité

Tantôt flamboyant, tantôt frustrant, rarement constant, toujours clivant, Memphis Depay est un personnage et un joueur insaisissable. Une complexité assumée et héritée d'une enfance très particulière, dans un environnement qui aurait pu le détruire mais l'a, au contraire, poussé à en vouloir toujours plus.

«C'était un environnement difficile pour grandir, mais le sport était comme un échappatoire pour moi, parce que ça éloignait mon esprit de toutes les choses auxquelles j'étais confronté. Ma mère m'a dit que je pouvais devenir ce que je voulais, alors je répétais à mes amis que je deviendrais professionnel, et ils se marraient...» Si leur domination et la trace qu'ils laisseront dans l'histoire de leur sport respectif n'ont aujourd'hui rien de comparable, Allen Iverson et Memphis Depay présentent un tas de similitudes. Leur style de jeu différent, leur appétit du un contre un, leur personnalité unique, leur refus d'accepter les codes établis, l'ancien basketteur américain comme l'actuel attaquant lyonnais les ont forgés dans la rue et dans un contexte familial plus que compliqué. 6 000 kilomètres ont beau séparer Hampton, en Virginie, de Moordrecht, dans la banlieue de Rotterdam, la misère n'a pas de frontière. Le petit Memphis n'a pas mis longtemps à le comprendre, et à accumuler les cicatrices. Il n'a que quatre ans lorsque son père, Dennis Depay, décide de claquer la porte, ce que son rejeton mettra près de vingt ans à pardonner. «Tout ce que je sais, je l'ai appris de moi-même ou de ma mère», dira-t-il un jour pour expliquer sa décision de ne pas floquer son maillot au nom de son géniteur.
«J'ai l'impression d'avoir passé ma jeunesse dans une jungle»
Un divorce et une présence paternelle (très) réduite, des millions d'enfants y sont néanmoins confrontés. Ce qui sort de l'ordinaire, en revanche, c'est de se retrouver quelque temps plus tard sous le toit d'un beau-père tyrannique, déjà à la tête d'une quinzaine (ou d'une vingtaine, selon les témoignages) d'autres enfants. Lorsque Cora, la mère de Memphis, s'installe chez son nouveau compagnon, elle n'imagine pas que les abus, psychologiques ou physiques (Memphis n'a jamais souhaité entrer dans les détails), vont transformer son fils. Élève turbulent, difficilement gérable, le gamin trimballe sa colère partout, et ne trouve l'épanouissement qu'à l'air libre, avec un ballon aux pieds. Memphis n'a rien oublié de son enfance difficile, puisque son immense tatouage représentant une tête de lion y fait référence. «C'est un symbole : le lion est le roi de la jungle, et moi, j'ai l'impression d'avoir passé ma jeunesse dans une jungle, expliquait-il dans le magazine L'Équipe en août 2017. J'ai grandi dans un environnement compliqué et pour m'en sortir, j'ai toujours dû mener des batailles. Ce tatouage montre de quel bois je suis fait : j'ai un coeur de lion.»

"Kluivert", loto et far west

Et un don pour le show sur le terrain. Au-dessus du lot, Memphis, surnommé "Kluivert" pour sa ressemblance capillaire avec l'ancien attaquant des Oranje, quitte le club de sa bourgade natale à neuf ans pour rejoindre le Sparta Rotterdam. Où son talent fera moins débat que son caractère. Numéro 10 rapide, agile, puissant, la jeune tête brûlée «ne savait pas ce qu'était un bon comportement, selon Kevin Valkenburg, cité en 2014 par The Guardian. C'était compliqué de l'aider, il y avait comme un mur autour de lui.» À tel point que malgré le don du garçon, le Sparta préfère s'en séparer après trois saisons. Entre temps, le beau-père honni a remporté une coquette somme au loto et en a profité pour mettre Cora et Memphis à la porte. À peine adolescent, le futur Lyonnais aurait pu choisir la mauvaise voie. Plus tard, il confiera que la perspective d'être privé de foot s'il continuait à flirter avec les mauvaises fréquentations et la ligne jaune l'ont aidé à s'orienter.

Voir : la fiche de Memphis Depay

Le destin s'en charge aussi, puisque le prodige tourmenté tape dans l'œil du Feyenoord, mais aussi de l'Ajax et du PSV. Memphis Depay a douze ans et une confiance en lui déjà bien établie. D'où il vient, la peur n'est pas une option. Rapidement, le changement de paysage s'impose : direction Eindhoven. «Il traînait dans les rues les plus mal fréquentées de Rotterdam, avec des gens qui exerçaient une mauvaise influence sur lui, détaillait en 2015 pour la BBC Thijs Slegers, ancien journaliste devenu responsable de la communication du PSV. Quand le club est venu le chercher, il a compris que même s'il n'avait que douze ans, il devait couper les ponts avec ces gens-là. La vie à Eindhoven est bien plus calme qu'à Rotterdam. En comparaison, Memphis venait du far west.» Séduits par son talent indécent mais prudent devant son caractère écorché, le PSV prend deux décisions salutaires : placer son nouveau poulain au sein d'une famille d'accueil tout en lui assignant un coach mental personnel, Joost Lenders. La transformation mentale se fait avec le temps. Depay apprend à s'ouvrir, à faire confiance aux autres.

Entre intuition et idées reçues

Sur le terrain, il joue désormais sur l'aile gauche, et régale avec les équipes de jeunes. Avec une idée fixe en tête : devenir le meilleur. Mais le sort s'acharne et lui arrache son grand-père, Cees, à qui il avait fait la promesse, plus jeune, de devenir professionnel. «Quand son grand-père est décédé, Memphis était détruit, assurait sa grand-mère, Jans, interrogée par The Sun. Il lui a apporté de la stabilité, ils avaient une relation très profonde. Memphis a vécu tellement de choses pour quelqu'un de si jeune, mais ça a renforcé son désir de succès.» En plaçant pour de bon le foot au centre de ses priorités, Memphis Depay devient l'attraction des tournois de jeunes, remporte l'Euro U17 avec les Pays-Bas en 2011, puis effectue ses débuts avec l'équipe première du PSV dans la foulée. Tout en cultivant un certain clivage entre son talent et l'image qu'il dégage. «Je l'ai vu jouer avec les U19 néerlandais, et il se comportait comme quelqu'un qui avait remporté dix Coupes d'Europe. Cette attitude... Qu'est-ce que ça veut dire ?», taclera un jour Ronald Koeman. Pas de quoi faire gamberger l'intéressé, qui se fera un plaisir de tourner le dos au Southampton de... Koeman à l'été 2014. Pas de clash ni de rancune, puisque les deux hommes s'épanouissent aujourd'hui ensemble en sélection nationale.
À ses débuts au PSV, le regard de l'adolescent Memphis traduisait un passé tourmenté. (L'Equipe)
À ses débuts au PSV, le regard de l'adolescent Memphis traduisait un passé tourmenté. (L'Equipe)
Au cours d'une longue interview accordée à Voetbal International en 2014, Memphis détaillait ainsi son style de jeu : «Je joue quasiment tout à l'intuition. Bien sûr, je réfléchis à ce que je dois faire, mas la façon dont je le fais, ça vient sans plan précis. J'ai un jeu à risques. Parfois, je perds le ballon, mais je pense que je dois toujours jouer de cette façon. Parce que je fais des choses auxquelles les autres ne s'attendent pas.» Et de citer ses inspirations majeures : «Eden Hazard, Cristiano Ronaldo et Franck Ribéry sont mes joueurs favoris. Et Lionel Messi, bien sûr.» Le goût du dribble, du un contre un, n'est jamais loin. Les comparaisons avec CR7 et Arjen Robben non plus. Considéré dès ses premières années chez les pros comme une tête brûlée, Memphis Depay est pourtant présenté comme un jeune homme très à l'écoute au sein du PSV. Son premier coach Fred Rutten lui conseille de délaisser le rap -et son groupe Rotterdam Airlines- pour se concentrer uniquement sur le foot ? Memphis acquiesce et s'exécute. Il est vu comme un flambeur ? Il s'entoure très vite de conseillers financiers et d'un nutritionniste personnel pour ne rien laisser au hasard. Son attitude sur le terrain déplaît ? Il est d'une assiduité remarquable à l'entraînement et s'abreuve des conseils des anciens.
«Les informations que les anciens peuvent me donner, je les absorbe comme une éponge»
«Guus Hiddink, Philipp Cocu, Louis van Gaal, Patrick Kluivert... J'adore les écouter, précisait-il dans Voetbal International. Je veux atteindre le top, et ils connaissent le chemin pour y parvenir. Quand je regarde des grandes équipes à la télévision, je ne pense qu'à une chose : je dois arriver à ce niveau. Ces gars peuvent m'y aider. Les informations qu'ils peuvent me donner, je les absorbe comme une éponge.» Ça n'empêche pas, parfois, la confrontation avec certains aînés. Comme lors d'un rassemblement avec les Pays-Bas en 2016, lorsque son ex-coéquipier Robin van Persie lui assène : «Tu te prends pour un grand garçon ?» Réponse de Depay : «Les grands garçons jouent-ils à Fenerbahçe ?» De quoi cultiver, à moitié malgré lui, cette image de jeune homme un peu trop sûr de lui, comme lorsqu'il assure il y a tout juste quelques semaines vouloir «être transféré dans un grand club cet été» malgré une saison jusque-là très irrégulière.

À lire dans FF : Fekir est-il le messie ?
«Je ne cherche pas du tout à paraître arrogant. Je sais simplement ce que je veux et je sais que je peux y arriver, expliquait-il à l'époque à Voetbal International. Je sais que le chemin est très long. Il faut avoir un objectif dans la vie ? Et bien c'est le mien : je veux être le meilleur.» Avant d'aller un peu plus loin en décembre dernier dans les colonnes du Times : «Si vos performances ne sont pas bonnes, certaines personnes attendent que vous vous cachiez, que vous restiez enfermé. Je ne suis pas ce genre de personne.» Wayne Rooney peut en témoigner, lui qui avait donné un conseil a priori anodin à son partenaire dans un moment difficile à Manchester United. «Il avait fait un mauvais match à Stoke et commis une erreur sur leur but, donc Louis van Gaal l'avait fait jouer avec la réserve le lendemain. Je lui avais dit : ''Écoute, c'est un peu difficile pour toi en ce moment. Ne viens pas avec tous tes trucs bling-bling''. Et il est venu au match de la réserve en Rolls-Royce, vêtu d'une veste en cuir et d'un chapeau de cow-boy... Je me suis dit : ''Pourquoi il fait ça ?''» Parce que l'ordinaire n'a jamais été sa zone de confort. Bonne nouvelle pour l'OL : le Camp Nou n'est pas vraiment un stade lambda.
Cédric Chapuis
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theresa170 14 mars à 6:00

merci au temple de manuka pour avoir restauré mon mariage avec mon mari et ses pouvoirs. Si vous avez besoin de son aide ici, vous pouvez le contacter à Priestmanuka@yahoo.com ou à WhatsApp au +393512671600.

theresa170 14 mars à 6:00

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