Soccer Football - Club World Cup - Second Round - Al-Hilal v Esperance Sportive de Tunis - Jassim Bin Hamad Stadium, Doha, Qatar - December 14, 2019  Al-Hilal's Bafetimbi Gomis celebrates scoring their first goal    REUTERS/Kai Pfaffenbach (Reuters)
CM Clubs - Demi-finales

Bafétimbi Gomis : «Jorge Jesus sait tout le respect et l'amour que j'ai pour lui»

Attaquant d'Al-Hilal depuis août 2018, Bafétimbi Gomis s'éclate en Arabie Saoudite. Éliminé de la Coupe du monde des clubs par Flamengo mardi, l'attaquant français donnait de ses nouvelles à FF.

«Vous avez marqué cette Coupe du monde des clubs avec un joli but alors que vous n'étiez rentré que depuis huit minutes face à Tunis samedi dernier...
Oui, ça fait toujours plaisir, surtout que je sortais d'une opération qui m'a privé de pas mal d'entraînements. J'ai eu une fracture durant la finale (de la Ligue des champions asiatique) mais je ne voulais pas laisser mes coéquipiers à dix. J'ai continué, sans me rendre compte de la blessure. Après, je me suis aperçu que j'avais une vilaine fracture, avec cinq morceaux qui se promenaient dans la main. J'ai fait une opération qui m'a éloigné des terrains pendant deux semaines. Je n'étais pas au meilleur de ma forme en arrivant ici. On ne savait pas trop ce que ça allait donner, je ne savais pas si j'allais avoir des douleurs sur les duels, je n'avais fait qu'un ou deux entraînements collectifs. Arriver à court de forme et marquer ce but synonyme de qualification en demi-finales, c'était très fort au niveau des émotions. C'était le scénario rêvé. Le fait d'être le sauveur, ça fait plaisir et ça récompense peut-être le travail et la rigueur que j'ai pu avoir durant toute la saison.

Sur la célébration de ce but, on vous a senti comme libéré. C'était le cas ?
Je suis un joueur qui a pour habitude de jouer avec le cœur. Les supporters et le club me donnent beaucoup d'amour, de reconnaissance, de respect, mais, en contrepartie, ils attendent beaucoup de moi. Quand tu as la chance de leur rendre sur le terrain, c'est toujours plaisant.

«Jorge Jesus, c'est un coach, j'ai même envie de dire un professeur»

Face à Flamengo, il y avait un entraîneur que vous connaissez bien, en la personne de Jorge Jesus, votre ancien entraîneur en Arabie Saoudite. Pourquoi l'appréciez-vous autant ?
C'est un grand entraîneur, une grande personne avec un grand cœur. C'est un coach, j'ai même envie de dire un professeur. Il a cette façon d'entraîner comme un professeur d'école, qui commence du début d'un cycle à la fin. Il t'explique tout de A à Z. C'est vrai qu'on a eu un très beau feeling tous les deux. On est restés proches. Quand il n'était pas sur le banc de Flamengo, on passait pas mal de temps ensemble, on partageait des dîners. Il sait tout le respect et l'amour que j'ai pour lui. Je pense que c'est réciproque. Quand j'ai marqué (NDLR : Samedi, face à Tunis), j'ai compris qu'on allait passer ce tour. Je voulais affronter le coach et son équipe. Ce sera une belle fête et un beau petit clin d'œil pour moi. C'est lui qui m'a choisi pour que je porte les couleurs d'Al-Hilal.
«Jorge Jesus avait cette façon de me titiller, de me pousser dans mes derniers retranchements. Ça marchait.»
Quels sont vos souvenirs de votre collaboration commune à Al-Hilal ?
C'est quelqu'un qui est très dur, qui attend beaucoup de ses joueurs, qui a cette façon de vouloir tirer le meilleur de ses joueurs. Et c'est vrai qu'il avait été très, très, très dur avec moi. Je me rappelle des fois où il m'a viré d'un entraînement parce qu'il attendait plus de moi. Je me rappelle des veilles de matches où la pression montait. Et le fait d'être l'attaquant, le fer de lance, le leader, il attendait beaucoup de moi. Avant les grands matches, il avait cette façon de me titiller, de me pousser dans mes derniers retranchements. Ça marchait. En match, je marquais, j'allais jubiler avec lui. Il sait l'agressivité, la faim que j'ai afin de marquer. Je ne vis que pour le but. Il a senti ça. C'est aussi le message qu'il va faire passer à sa défense à mon égard.

«Je suis encore footballeur !»

Comment se passe globalement votre aventure à Al-Hilal ? Cela fait maintenant un peu plus d'un an que vous y êtes.
Je me sens très bien ! En signant ici, je savais qu'Al-Hilal était un grand club. C'est un club très bien organisé, avec une grande stabilité. L'an passé, cela a été un peu difficile parce qu'il y a eu beaucoup de changements. C'est de loin le meilleur club du Golfe. Vu de l'intérieur, au niveau asiatique, c'est le club qui a remporté le plus de Ligue des champions, qui compte des supporters partout en Asie, partout en Arabie Saoudite. Je suis encore footballeur ! Souvent, on a tendance à associer le fait de venir jouer dans le Golfe à une pré-retraite. Aujourd'hui, les gens voient que je travaille dur. Il y a la pression des supporters. J'ai un staff au quotidien avec moi : un préparateur physique, un kiné, un ostéo, un chef de cuisine. Je vis une seconde jeunesse du côté de Riyad.

Vous pourrez aussi dire à la fin de votre carrière : "J'ai gagné une Ligue des champions."
(Il sourit.) Oui, ce n'est pas l'européenne mais ce n'est pas négligeable dans son palmarès (NDLR : Victoire 1-0 ; 2-0 face au club japonais d'Urawa, avec un but de Gomis). En toute honnêteté, il y a un très bon niveau en Ligue des champions asiatique, mais on ne pourrait pas comparer cette finale à une finale de Ligue des champions européenne. Mais il y a de très bonnes équipes avec des joueurs qui ont leur place en Europe comme Hulk, Oscar, Paulinho... Je suis vraiment content parce que c'était l'objectif que je m'étais fixé en venant ici. Après les deux échecs en finale, c'est aussi pourquoi les dirigeants m'avaient fait venir de Galatasaray. J'ai pu, avec mes coéquipiers, leur rendre la confiance placée en moi. Le fait d'avoir été meilleur buteur et meilleur joueur me récompense de tous les sacrifices.
«Moi qui suis de religion chrétienne, Bernard Lacombe m'amenait à l'église, il me donnait des conseils sur la vie, sur le foot.»
Est-il simple de vivre à Riyad malgré votre popularité certaine ?
C'est vrai que c'est difficile de me déplacer. Je fais pas mal de photos, de vidéos, mais les gens sont très respectueux. J'ai un statut aujourd'hui : celui de l'attaquant du club le plus célèbre du pays. Les gens me donnent beaucoup d'amour. Il fait bon vivre en Arabie Saoudite, contrairement à ce qu'on peut voir de l'extérieur. Ma famille et moi sommes très heureux de vivre cette belle expérience. Je ne sais pas combien de temps elle va durer, dans le football, on ne sait jamais, mais je prends beaucoup de plaisir ici. Je suis quelqu'un qui aime les défis, et avoir réussi celui-là me permet d'être satisfait. À 34 ans, je continue de rugir sur le terrain.

On a envie de vous poser une question sur l'OL, votre ancien club (2009-2014). Quel est votre regard sur la situation difficile des Gones ?
Il s'est passé deux choses dimanche : le départ, que je regrette, de Bernard Lacombe. Il va manquer au football français et encore plus à l'Olympique Lyonnais. C'était une véritable bibliothèque. Je voulais lui rendre hommage. Aujourd'hui, si je suis performant, c'est aussi grâce à lui. J'ai pu bénéficier de nombreux conseils. On ne sait pas à quel point il est généreux. Moi qui suis de religion chrétienne, il m'amenait à l'église, il me donnait des conseils sur la vie, sur le foot. Les surfaces de réparation, je les connais aussi par cœur grâce aux repères qu'il m'a appris. Il m'y amenait pour essayer de me passer le témoin. Il m'a toujours dit "N'est pas attaquant qui veut". Quand j'avais 24 ans, je ne savais pas de quoi il parlait. Aujourd'hui, je le sais.
Bafétimbi Gomis admire Bernard Lacombe. (A.Martin/L'Equipe)
Bafétimbi Gomis admire Bernard Lacombe. (A.Martin/L'Equipe)
Et concernant les blessures de Memphis Depay et de Jeff Reine-Adélaïde ?
Je suis encore triste après cette double mauvaise nouvelle pour des joueurs importants de l'effectif. C'est très difficile. Ils ont voulu commencer un nouveau cycle avec l'arrivée de Juninho. On savait tous que ça allait prendre du temps à se mettre en place, avec un entraîneur parti, Rudi (Garcia) qui est arrivé. Il faut leur laisser du temps. Malheureusement, du temps, à Lyon, dans les grands clubs à fortes ambitions, on n'en a pas vraiment. Mais je n'ai aucun doute sur le savoir-faire de la maison avec un grand maître, un grand capitaine en la personne de Jean-Michel Aulas. Le savoir-faire lyonnais n'est plus à prouver.»
Timothé Crépin
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