(D.R)

Blogolo (Portugal), Paulo Bento : « La saison prochaine, j'espère être de retour »

Inactif «par option personnelle» depuis son départ de la Seleção en 2014, Paulo Bento devrait bientôt retrouver du service. En attendant, il sera l'un des premiers supporters du Portugal à l'Euro.

«Que fait un ancien sélectionneur de son temps libre ?
Depuis que j’ai quitté la fédération il y a deux ans, j’ai regardé beaucoup de matches de plusieurs Championnats. Je m’actualise, je m’informe pour être prêt lorsque je reviendrai.
 
Les terrains vous manquent-ils ?
Après tant d’années de service, il était important de connaître une respiration comme celle-ci. Mais j’espère être bientôt de retour. Ce fut une option personnelle. Il y a eu des propositions, des possibilités mais je ne voulais pas rejoindre un projet en cours de route. L’intersaison approche et, la saison prochaine, j’espère être de retour.
 
Privilégiez-vous un club ou une sélection ?
J’ai eu la chance de connaître ces deux fonctions qui diffèrent en plusieurs aspects mais il n’est pas question de préférence. Tout dépend du projet proposé.

A seulement 46 ans, vous avez déjà entraîné le Sporting (2005-2009) et le Portugal. A moins que vous ne signiez dans l’un des grands clubs portugais, on vous imagine mal poursuivre dans votre pays natal…
Je ne peux pas vous commenter ce qui n’existe pas, mais je comprends ce que vous voulez dire. J’ai eu le bonheur de travailler de nombreuses années dans une grande institution qui est le Sporting, d’enchaîner avec une grande nation qui est le Portugal. Si vous demandez si cela se produira un jour, je vous dirais : «Oui, surement.» Mais je ne peux pas vous dire où ni quand, tant que rien n’est fait.
 
Votre nom revient avec instance au poste de sélectionneur de l’Algérie. Etes-vous en contact ? Est-ce un projet qui vous tenterait ?
Je n’ai eu de contacts avec personne et je ne peux donc pas vous dire si le projet m’intéresserait ou pas. Pour vous répondre, il faudrait que je connaisse le projet : les objectifs, les conditions de celui-ci. Encore une fois, il ne ferait aucun sens de commenter ce qui n’existe pas.

«Mon passage au sein de la Seleção a été une expérience très forte, très valorisante»

En 2014, Jorge Jesus déclarait que «tous les sélectionneur quittant la Seleção étaient dévalorisés.» Avez-vous eu ce sentiment en quittant votre poste ?
Avoir été à la tête d’une équipe nationale comme celle du Portugal, avoir pu atteindre un certain nombre d’objectifs avec elle, même si le Mondial au Brésil n’a pas été à la hauteur de nos attentes, est quelque-chose qui n’a rien de dévalorisant. Au contraire, mon passage au sein de la Seleção a été une expérience très forte, très valorisante.
 
Le Portugal est connu pour être le pays des entraîneurs-professeurs. Avez-vous l’impression, en tant qu’ancien joueur, d’être parfois différent ou différencié ?
Il y a eu une période durant laquelle, au Portugal, on avait tendance à confronter les entraîneurs mais les choses évoluent. Je ne saurais pas vous dire s’il y a une école portugaise d’entraîneurs. Certains anciens grands joueurs deviennent de très bons techniciens, d’autres ayant eu une formation académique, aussi. Le pragmatisme et l’empirisme peuvent être une plus-value, la connaissance, le savoir aussi.
 
Quel entraîneur vous a le plus marqué dans votre carrière de milieu de terrain ?
Tout au long de ma carrière, j’ai eu la chance de travailler avec de nombreux bons techniciens. Trois m’ont beaucoup marqué : João Alves. Pour ce qu’il signifie pour moi, professionnellement mais aussi personnellement. Nous sommes toujours en contact. A Oviedo, j’ai connu Juan Manuel Lillo. D’un point de vue tactique, c’est celui qui m’a le plus marqué. Il avait une idée de jeu très claire. J’ai beaucoup évolué avec lui. Et puis, il y a Fernando Vazquez, pour la simplicité qu’il avait à aborder et expliquer le jeu. Un grand entraîneur et un grand homme.
 
En 2003-04, au Sporting, Fernando Santos, qui vous a succédé au poste de sélectionneur du Portugal, était votre entraîneur. Vos rapports avaient été tendus. En gardez-vous une certaine amertume ?
Aucunement. Je disais avoir connu beaucoup de très bons entraîneurs dans ma carrière et Fernando Santos qui était en poste lors de ma dernière année en tant que joueur en fait partie. Il fait partie de ceux avec lesquels j’ai beaucoup appris.

«Tiago a toujours eu un comportement irréprochable. Il a agi comme il devait le faire»

Vous aviez tenté, sans succès, de convaincre l’ancien Lyonnais, Tiago, de revenir en Seleção et mettre fin à sa retraite internationale. Depuis, il l’a réintégrée. Comment l’avez-vous vécu ?
Sans m’étendre dans de longs commentaires, Tiago a toujours eu un comportement irréprochable. Il a agi comme il devait le faire.

Vous avez la réputation d’être frontal, direct…
Non, non… C’est une question de personnalité. Disons que, pour moi, les rapports doivent être axés sur l’honnêteté. Je ne conçois pas les choses autrement. Je ne vois pas comment, dans la durée, les relations peuvent être bonnes si elles ne sont pas claires et intègres.
 
Votre agent était, jusqu’il y a encore peu, Jorge Mendes. Sa possible influence au sein de la Seleção a souvent fait débat…
Il y a des débats, des questions… Un certain nombre de personnes, de commentateurs agissent en fonction de leur répertoire. Je n’ai jamais ressenti un quelconque sentiment de ce genre et jamais je n’aurais toléré qu’on puisse agir ainsi avec moi ou dans mes choix.
 
Qu’est-ce qui vous a fait changer d’agent et basculer avec Carlos Gonçalves ?
Je connaissais déjà Carlos d’avant. Les choses se sont faites naturellement. Nous travaillons ensemble notamment en vue de la saison prochaine et je suis très content.

«Il faut admettre que la décision qui avait été prise sur la main d'Abel Xavier était adaptée»

Le Portugal fait-il partie des favoris pour l’Euro 2016 ?
En tant que citoyen portugais, que j’étais déjà avant d’être joueur ou sélectionneur du Portugal, je souhaite que le Portugal atteigne ses objectifs à l’Euro et dans les compétitions qui suivront.
 
Vous étiez l’un des héros de l’Euro 2000. Quel souvenir gardez-vous de cette génération ?
Il est difficile de comparer les époques mais l’équipe que nous avions en 2000 était la meilleure équipe dans laquelle j’ai jouée. Nous avions réalisé un Championnat fantastique du début à la fin.
 
Justement, cette demi-finale de l’Euro 2000 face à la France. Il y avait main ou pas d’Abel Xavier ?
C’est une question que revient souvent (rires). Sur le moment, nous étions très remontés. Moi le premier et je m’en suis d’ailleurs excusé par la suite et j’ai même payé pour ça (NDLR : Abel Xavier, Nuno Gomes et Paulo Bento avaient été suspendus de toutes compétitions par l’UEFA pendant respectivement neuf, huit et six mois). Parce que nous avions réalisé un beau parcours, que notre match l’était aussi, il y avait beaucoup de frustration. Perdre ainsi, sur un but en or, c’était difficile. Mais, avec le temps et plus encore aujourd’hui, il faut admettre que la décision qui avait été prise était adaptée. Mais plutôt que de ressasser ce dernier match, je préfère garder en tête notre parcours.
 
Vous avez porté le maillot du Benfica, vous avez été joueur et entraîneur du Sporting. Qu’avez-vous pensé des commentaires parfois violents qui ont accompagné Jorge Jesus du Benfica au Sporting, l’été dernier ?
Il est difficile de comparer les situations, d’abord parce que toutes sont uniques. Certaines réactions ne sont parfois pas adaptées. Peut-être ne sommes-nous pas habitués, au Portugal, à ce type de situation lorsque cela concerne les entraîneurs. Il est légitime qu’un club veuille ne pas garder un entraîneur après un certain nombre d’années et il est légitime qu’un entraîneur veuille entraîner une équipe ambitieuse.
 
Vous déclariez, il y a peu, que João Moutinho est le joueur le plus professionnel que vous ayez entraîné. Si on vous disait qu’il est souvent critiqué en France…
Qu’on soit joueur ou entraîneur, la critique est une chose avec laquelle nous devons apprendre à cohabiter. Je ne suis pas les matches de João d’aussi près qu’auparavant et certains trouveront peut-être des choses à redire sur ses performances mais je l’ai dit et je le redis : João est le joueur le plus professionnel avec lequel j’ai travaillé. Il ne faut pas attendre de lui qu’il marque but sur but, il a d’autres qualités et il faut le juger là-dessus.»

Nicolas Vilas (MCS)

«En tant que citoyen portugais, que j'étais déjà avant d'être joueur ou sélectionneur du Portugal, je souhaite que le Portugal atteigne ses objectifs à l'Euro»