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Brégerie : «La Bundesliga, c'est ma récompense»

Inconnu en France, Romain Brégerie va découvrir la Bundesliga avec Ingolstadt, qu'il a rejoint cet été en provenance de Darmstadt. A 28 ans, le défenseur formé à Bordeaux s'apprête à découvrir enfin le très haut niveau.

«On vous a connu à Bordeaux, puis à Metz. Comment vous êtes-vous retrouvé en Allemagne ?
Après ma troisième saison à Metz, j’ai failli signer à Nantes (été 2011). Tout était prêt pour moi mais un concours de circonstances a empêché l’opération de se réaliser. Je me suis retrouvé sans club à quelques jours de la reprise. Pendant tout le mercato, les dirigeants du Dynamo Dresde (2e division allemande) n’avaient pas arrêté de me contacter, sans que je donne suite. Deux jours après l’échec de mon transfert à Nantes, ils m’ont rappelé. Assez rapidement, j’ai eu un bon feeling avec eux et je suis parti là-bas.
 
Saviez-vous où vous arriviez ?
C’était l’inconnu pour moi ! J’étais le premier Français de l’histoire du club. J’ai découvert un autre monde. Dresde, c’est complètement à l’opposé de Bordeaux ! Niveau football, en revanche, c’était la meilleure expérience de ma vie. Lors des trois premiers matches, on a joué devant 30 000 personnes. J’hallucinais. Leur public est vraiment incroyable. Il y a 500 000 habitants à Dresde, eh bien ce sont 500 000 supporters du Dynamo. Cette saison, Dresde était en troisième division et ils ont fait plus de 20 000 spectateurs de moyenne !
 
Sportivement, ça se passait bien pour vous ?
Oui, ça s’est directement bien passé. J’ai fait un très bon premier match. La rencontre d’après, c’était un match de Coupe à domicile contre le Bayer Leverkusen, avec Ballack, Schürrle... Ce match est resté dans les annales : à l’heure de jeu, on perdait 0-3 et on a égalisé à 3-3 ! En prolongation, on gagne sur un but de malade. On avait les crocs et le stade était plein. A partir de ce moment-là, je me suis dit : «O.K., ici il se passe un truc différent». 

«Tout le monde nous voyait terminer derniers. On a fini deuxièmes !»

A quoi attribuez-vous la réussite de Darmstadt en 2014-15 ? 
Le club montait de troisième division. Quand j’ai signé, j’ai visité les installations et je me suis rendu compte des difficultés… Les conditions d’entraînement étaient très mauvaises pour ce niveau-là. Le stade était très vieux. Ça faisait une grosse différence avec Dresde. Mais je suis arrivé dans un groupe exceptionnel. En début de saison, tous les experts nous avaient pronostiqué la dernière place de deuxième division. Pas un seul ne nous a vus mieux que derniers… Finalement, on a fini deuxièmes ! Mais ne me demandez pas pourquoi.
 
Avez-vous réalisé la meilleure saison de votre carrière ?
Mais tous les joueurs de l’équipe ont fait la meilleure saison de leur carrière ! Il y a eu une espèce de magie qui a opéré. On a tout explosé. Les adversaires, à la fin des matches, nous disaient que c’était horrible de jouer contre nous. On tirait tous dans la même direction, en donnant le maximum. Tout s’est déroulé parfaitement.

Pourquoi avez-vous décidé de signer à Ingolstadt cet été ?
Ça a été difficile. En une saison, on est devenu tous très proches à Darmstadt. Tout s’était tellement bien passé… J’aurais aimé connaître la Bundesliga avec eux. Mais j’ai fait ce que je n’avais jamais fait avant dans ma carrière : j’ai pensé à moi. Sur les trois prochaines années, je pense que c’est plus intéressant d’être à Ingolstadt pour franchir un nouveau palier. C’est un autre standing ici, avec de meilleures conditions de travail. J’ai bien pesé le pour et le contre, et j’ai choisi de partir. Mais ça a été vraiment dur.

Que va pouvoir viser Ingolstadt ? 
Il faut faire attention à ce qui se dit à l’extérieur. On entend : «C’est le club d’Audi» et on compare à Wolfsburg. J’en ai beaucoup parlé avec les dirigeants et ce n’est pas vraiment le cas. Ce club monte doucement, mais sûrement, sans avoir le plus gros budget. Tout se fait très intelligemment, sans dépenser beaucoup d’argent. La construction se fait de manière cohérente. Et puis, si Audi leur donnait des millions pour recruter des stars, je n’aurais très certainement pas été choisi en premier. Le club veut se maintenir et s’installer en Bundesliga.
 
Quelles différences faites-vous entre les deuxièmes divisions française et allemande ?
Dans le jeu, il y a une énorme différence : ici, ça n’arrête jamais d’attaquer. En quatre saisons en Allemagne, je n’ai jamais entendu un entraîneur dire : «Aujourd’hui, on ne prend pas de but». Lorsque ça attaque, ça attaque systématiquement à six ou sept. Alors qu’en L2, avec Metz, il y avait des matches… (il soupire) J’avais ma ligne de quatre devant moi et ça ne bougeait pas. Derrière, on n’avait rien à craindre. Parfois, je rentrais sur le terrain en me disant qu’il y avait beaucoup de chances pour qu’on ne prenne pas de but… Ici, ce n’est pas du tout dans leur mentalité. Tous les coaches préfèrent un 4-4 qu’un 0-0. L’Allemagne offre plus de liberté au joueur qui a le ballon.

«En quatre saisons en Allemagne, je n'ai jamais entendu un entraîneur dire : ''Aujourd'hui, on ne prend pas de but''»

«On travaille moins dur physiquement qu'en France, et pourtant il y a plus de rythme dans les matche

Pourquoi les Allemands marquent-ils si souvent sur des frappes de loin ?
On travaille beaucoup les frappes ici. Avant de partir en Allemagne, j’en avais parlé avec Johan Micoud, avec qui je m’entends très bien. Il m’avait dit : «Tu vas voir pour les exercices de frappes, ils sont toujours à 100%. Ils mettent tout ce qu’ils ont à chaque fois. Ils arrachent tout». Je pensais qu’il plaisantait. Mais en arrivant à l’entraînement, c’était vraiment ça… Ils aiment quand ça part très fort, et ils mettent tout leur cœur dans chaque frappe. En faisant ça tous les jours, forcément ça fait progresser et ça commence à rentrer en match. Ici, dans les trente derniers mètres, les entraîneurs ne donnent pas de consignes. Chacun fait ce qu’il veut. Mais il faut finir. 
 
Quelle est la différence majeure entre le football français et le football allemand ?
L’intensité dans les entraînements. Au début, tellement ça jouait fort, je pensais que c’était mon «comité d’accueil». Mais non, c’est comme ça tout le temps ! Tout le monde donne tout aux entraînements, c’est la différence notable. Après, on travaille moins dur physiquement qu’en France, et pourtant il y a plus de rythme dans les matches. C’est compliqué à expliquer... 
 
Vous n’avez jamais eu votre chance en L1 mais vous allez pourtant connaître un Championnat supérieur, la Bundesliga…
Je mesure la chance que j’ai d’être là. Je sais que j’ai le niveau pour évoluer en L1. Je ne veux pas paraître prétentieux en disant ça, mais c’est pour faire comprendre qu’une carrière en L1 ne se joue pas forcément sur le niveau. Il y a des mecs qui sont lancés en L1 à vingt ans, qui ne sont pas meilleurs, mais ils arrivent à 100 matches de L1 à vingt-trois ans et du coup font leur carrière là-dessus. Ils vont toujours rester en L1, quoi qu’il arrive. Ils ont l’étiquette. Mais moi je n’ai pas du tout de regret par rapport à ça. J’ai galéré et j’ai gravi les échelons au fur et à mesure. La Bundesliga, c’est ma récompense.
 
Vous êtes connu en Allemagne mais quasi anonyme en France…
Je sais. Mais ce n’est pas du tout important pour moi. J’adorais déjà mon métier en National lorsque j’étais prêté par Bordeaux à Sète. Alors en Bundesliga…J’en tire de la fierté car j’ai vraiment pu faire mon trou en montrant que j’avais le niveau. Ici, entre un Allemand et un étranger du même niveau, ils font jouer l’Allemand, sans discussion. Et c’est normal. Il a fallu que je m’impose, que je sois meilleur que les autres. Maintenant, il va falloir que je prouve à l’étage supérieur. Ça ne fait que commencer. Quand je suis arrivé, je n’avais pas un mot d’allemand. Aujourd’hui, je parle couramment. Ma copine, que j’ai rencontrée peu après mon arrivée, est allemande. Je ne suis même pas sûr de revenir en France un jour… Je suis vraiment bien adapté à ce pays.»
 
Hugo Guillemet, @hugoguillemet