Fans Union Berlin, 31.08.2019, Fussball Bundesliga, 1. FC Union Berlin - Borussia Dortmund 3:1 (Tim Groothuis/WITTERS/Presse S/L'Equipe)
Allemagne - 27e journée

Bundesliga : pourquoi l'Union Berlin est un club vraiment à part

Opposé au Hertha ce vendredi dans le derby de la capitale, l'Union Berlin n'est pas un promu comme les autres. Pour différentes raisons, ce club au passé chargé n'a pas attendu ses premiers pas en Bundesliga pour se faire une réputation nationale.

Parce que l'Union, c'est une idéologie

«On ne va pas voir du football, on va voir l'Union», aiment répéter les supporters du promu berlinois. Fondé en 1906 puis restructuré en 1966 pour offrir aux travailleurs de Berlin-Est un club à supporter, le FC Union s'est vite construit une réputation. Ou plutôt une opposition au régime en place en RDA. Dans les tribunes, les chants et messages politiques ne s'arrêtaient jamais, notamment à l'encontre de la Stasi (la police politique, de renseignements et d'espionnage) et de son club, le Dynamo Berlin, l'équipe dominante de l'époque (dix titres consécutifs de champion d'Allemagne de l'Est entre 1979 et 1988).

Implanté dans le quartier de Köpenick, ouvrier et populaire, le FC Union ne s'est jamais détaché de son identité politique. Au point de devenir un symbole culturel et un héritage nécessaire, un club rebelle dans une ville rebelle. Un club avec un poids historique inversement proportionnel à son palmarès. L'hymne historique entonné lors de chaque match à domicile, "Eisern Union", a d'ailleurs été enregistré par Nina Hagen, une icône punk des années 1990. Tout un symbole.

Parce que l'Union, c'est le sang de la veine

Donner son sang pour empêcher son club de coeur de mourir, n'est-ce pas un peu le rêve de tout supporter ? Ceux de l'Union Berlin l'ont réalisé il y a seize ans. S'il a toujours pu compter sur un soutien populaire indéfectible, le club n'a jamais roulé sur l'or, bien au contraire. En 1993 et 1994, ses montées en deuxième division avaient même été refusées pour des garanties bancaires insuffisantes. L'Union a frôlé la banqueroute à plusieurs reprises, mais en 2004, une relégation au troisième échelon national a été le coup de massue de trop. Incapable d'assumer les frais d'enregistrement auprès de la Ligue régionale, le club était à l'agonie. C'est alors que ses supporters ont lancé l'opération "Bleed for Union" et l'ont sauvé.

Le don de sang étant rémunéré en Allemagne, des milliers de fans ont répondu à l'appel à l'aide et renfloué les caisses de leur club. Si cette preuve d'amour ne suffit pas, sachez que quatre ans plus tard, alors que la rénovation des tribunes du stade, An der Alten Försterei, était indispensable mais trop coûteuse, 2 500 supporters de l'Union ont participé eux-mêmes aux travaux, pour un total estimé de 140 000 heures de travail volontaire. Ce club, c'est le leur, ce stade, c'est le leur. Littéralement. Et ils s'y retrouvent chaque année à Noël pour entonner des chants, et se retrouver ensemble, encore, toujours, dans cette enceinte unique située à la lisière d'une forêt, et qui compte 18 395 places debout sur 22 012 au total.

Parce que l'Union, c'est un football différent

Malgré sa riche histoire, l'Union Berlin est donc un nouveau venu en Bundesliga, et un nain au plus haut niveau. Son palmarès ? Une Coupe d'Allemagne de l'Est en 1968. Son plus grand exploit ? Une finale de Coupe d'Allemagne en 2001, perdue face à Schalke 04, suivie d'une brève campagne en Coupe de l'UEFA. Sur le terrain, l'Union n'est pas habituée à briller. Ayant échappé de peu au pire à plusieurs reprises, ses fans s'épanouissent d'ailleurs lorsqu'il peuplent le ventre mou. Au point d'entonner un chant devenu célèbre en 2016-17 puis l'an dernier, alors que le club était en course pour une accession historique en Bundesliga : «Ne Scheisse, wir steigen auf !», soit : «Oh merde, on va monter !». Une façon de marquer leur humilité, mais aussi de s'inquiéter à voix haute de la conservation de leur identité une fois arrivés en première division.

Et alors que l'Allemagne est devenue ces dernières années le symbole d'un jeu moderne, intense, porté sur l'offensive, l'Union Berlin d'Urs Fischer s'est frayé un chemin jusqu'à l'élite l'an dernier grâce à une défense de fer, en totalisant plus de matches nuls que de victoires. Actuelle quinzième attaque de Bundesliga, l'équipe renforcée par Neven Subotic l'été dernier est, avec Augsbourg, celle qui pratique le jeu le plus direct du Championnat. Le pressing haut et les redoublements de passes ? Non merci. L'Union Berlin n'a jamais aimé ressembler aux autres.
C.C.
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