garcia (rudi) (A.Mounic/L'Equipe)
Ligue des Champions - Lyon

«C'est un charmeur», «Autant pro, je n'en ai pas connu» : ils ont été coachés par Rudi Garcia, ils racontent leurs souvenirs

En menant l'OL jusqu'en demi-finales de la Ligue des champions, Rudi Garcia a marqué les esprits. Certainement autant qu'il l'a fait avec de nombreux joueurs par le passé. Voici plusieurs témoignages recueillis par FF.

Mauro Cetto* : «Il était aimé par le groupe»

L'Argentin avec Garcia lors de sa présentation au LOSC. (JY.Bonvarlet/L'Equipe)
L'Argentin avec Garcia lors de sa présentation au LOSC. (JY.Bonvarlet/L'Equipe)
«Ce qui m'a surpris, c'est sa façon d'affronter les matches. Dans le sens où tout semblait être simple, l'équipe jouait très bien. Ses consignes étaient assez simples, il insistait beaucoup sur le fait que l'équipe devait jouer, prendre des risques à la sortie de balle. Il y avait toujours cette intention de bien jouer au football. J'ai senti que j'étais dans un groupe qui vivait très bien. Mais aussi qu'il était aimé par le groupe, il y avait une relation assez forte entre lui et les joueurs. Si on a joué le titre, c'est parce qu'il y avait une vraie communion entre les joueurs et l'entraineur. Je retiens aussi qu'au moment de mon départ, il a été très honnête en me disant qu'il y avait peu de possibilité que le club puisse me racheter. J'aime quand on est franc même si ça peut déplaire.» E.G.
*Joueur de Rudi Garcia à Lille.

Nicolas Plestan* : «Ses entraînements, un régal»

Plestan en plein point tactique avec son coach à l'époque des Dogues. (A.Mounic/L'Equipe)
Plestan en plein point tactique avec son coach à l'époque des Dogues. (A.Mounic/L'Equipe)
«C'est un charmeur. Il arrive assez rapidement à mettre les joueurs importants de son côté. La première saison, il y allait petit à petit. Dans la deuxième, il avait tranché dans le vif avec des anciens du groupe, donc forcément, il y a eu des mécontents. Avec lui, tout le monde doit faire l'effort. Il faut que l'équipe ait confiance en sa défense. Ensuite, quand on a le ballon, on est libéré d'un poids, on sait que derrière c'est solide. Il n'a pas peur que les deux latéraux montent en même temps, ce qui n'était pas le cas avec Claude Puel par exemple. Et si un défenseur central se sentait d'apporter le plus, il pouvait y aller. Moi et Rami on était assez libre. Il voulait aussi que les relances partent du gardien, vers les défenseurs pour avoir une bonne qualité de relance.

D'ailleurs, c'est lors de ses entraînements que je me suis le plus régalé, car c'est à base de ballons. J'ai eu une blessure à la cheville sous Puel, que j'ai terminée trois mois sous Rudi. Il m'avait dit qu'il pensait prendre un autre joueur et je lui ai dit : "Pas de souci, on verra quand je reviendrai." Il m'a téléphoné lors de mon opération pour savoir comment j'allais, il était proche de moi. Et finalement il n'a pris personne, je suis revenu et j'ai joué. Quand j'étais en Allemagne et que j'ai eu la mononucléose, il m'avait téléphoné aussi. Il ne fait pas l'unanimité, chacun a ses relations, mais moi je l'apprécie, on s'est toujours dit la vérité.» E.G.

*Joueur de Rudi Garcia à Lille.

Walid Regragui* : «Un mec de banlieue»

«Je l'ai eu à Corbeil-Essonnes où il a démarré en DH comme entraîneur. Je pense qu'il n'a pas beaucoup changé dans le travail, dans son comportement. C'est quelqu'un qui avait des certitudes, des principes de jeu, confiance en lui. Il avait professionnalisé le contexte amateur. On savait qu'il avait le niveau pour entraîner largement au-dessus. À Dijon, j'ai retrouvé le Rudi que j'avais connu, quelqu'un qui aime avoir le ballon, qui va chercher la victoire avec un plan bien défini. Il aimait bien jouer en 4-3-3, mais il s'adaptait aussi, il n'est pas fixé, il essaye toujours de mettre la meilleure équipe possible. On n'avait pas réussi à monter mais il avait mûri.
Il a été éduqué par un père à l'ancienne, qui a des valeurs. Pour de jeunes entraîneurs qui viennent d'en bas, il n'y a pas meilleur exemple. S'il y en a bien un qui a gravi les échelons et qui a du mérite, c'est lui. Le Rudi que je connais, c'est un mec qui a grandi dans la banlieue à Corbeil-Essonnes. S'il te fait confiance, il est capable de t'aider et de tout donner. Il a cru en moi, il a tout fait pour que je puisse croire en mes rêves. Il m'a toujours tendu la main et m'a permis de changer de vie.» E.G.

*Joueur de Rudi Garcia à Corbeil-Essonnes (DH) et à Dijon.

Gianni Bruno* : «Autant pro, je n'en ai pas connu»

Gianni Bruno, dans les starting-blocks pour rentrer sur le pré. (RONDEAU/L'Equipe)
Gianni Bruno, dans les starting-blocks pour rentrer sur le pré. (RONDEAU/L'Equipe)
«Je lui dois beaucoup à lui et à Claude Fichaux, son adjoint de l'époque. Ce sont eux qui m'ont donné ma chance en professionnel. Rien que pour ça, j'ai beaucoup de respect pour lui. Pour moi, avec tous les clubs que j'ai fait ensuite, je me suis rendu compte que Rudi Garcia, c'était du haut niveau à tous les niveaux. C'était vraiment très pro. Chaque détail était important. Aux entraînements, après les séances, c'était un tout. Il a une philosophie de jeu qu'il arrive à faire passer à un groupe. Sa philosophie, c'est la technique, les petits espaces, les redoublements de passes, le jeu en une-deux, en profondeur, un jeu basé sur la possession de balle, il aime l'avoir, essayer d'arriver au but en usant l'adversaire, en le fatigant. Pour moi, c'est un exemple. J'aimerais bien être coach plus tard. Si j'y arrive, je m'inspirerais de ce que j'ai connu avec Rudi, par rapport à son style de jeu, ses entraînements tactiques.

Ses entraînements tactiques ? C'était sa façon de comment il arrivait toujours à préparer ses matches par rapport à l'adversaire tout en gardant sa philosophie de jeu. C'était tout dans les détails. Il arrivait toujours à bien analyser les faiblesses de l'adversaire. Je trouvais ça incroyable. Autant professionnel que Rudi, je n'en ai pas connu. Il lui faut toujours un peu de temps, il faut qu'il arrive à faire passer sa philosophie à un groupe. Il lui faut toujours un peu de temps pour que l'équipe entre dans son style, mais il y arrive toujours. Avec lui, j'ai passé des sales quarts d'heures, parce que j'étais jeune, il m'a remis en place mais toujours honnêtement. Il m'a toujours dit les choses en face. Il était très proche de ses joueurs. Il avait un groupe des sages, avec quatre-cinq joueurs. Il s'appuyait sur eux pour gérer le groupe.»
*Joueur de Rudi Garcia à Lille.

Marvin Martin* : «C'est quelqu'un qui fait progresser»

Rudi Garcia encourage Marvin Martin en qui il a beaucoup cru du côté de Lille. (LABLATINIERE/L'Equipe)
Rudi Garcia encourage Marvin Martin en qui il a beaucoup cru du côté de Lille. (LABLATINIERE/L'Equipe)
«C'est quelqu'un de très professionnel avec qui on progresse et qui cherche toujours la perfection. Je pense que c'est du très haut niveau. C'est lui qui a fait le forcing pour que je vienne. Quand un coach comme ça vous appelle, c'est toujours flatteur et plaisant. Malheureusement je n'ai fait qu'une saison, j'aurais voulu en faire plus parce que c'est quelqu'un qui fait progresser. Il travaille sans cesse. Sur le terrain, il voulait que je reste le plus haut possible en numéro 10, que je ne redescende pas trop bas. Défensivement le travail c'est obligatoire, il tenait beaucoup à son bloc. Il innove beaucoup aussi, on fait rarement les mêmes choses et c'était vraiment plaisant. Ma saison compliquée, on en a parlé. Quand ça n'allait pas, il me parlait. Une fois il m'avait reboosté un peu violemment après un match parce qu'il avait envie que je progresse et que je sois à mon vrai niveau. Ça s'était super bien passé parce qu'il est à l'écoute.» E.G.
*Joueur de Rudi Garcia à Lille.

Jérôme Alonzo* : «Rudi n'a jamais oublié ses premiers soldats»

«Je l'ai vu débuter dans le métier, à Saint-Étienne. Je l'ai connu préparateur physique, entraîneur adjoint, tout en bas de l'échelle, entraîneur principal... Maintenant, qu'on le veuille ou non, c'est un des coaches les plus côtés en Europe. Je garde un excellent souvenir. C'est quelqu'un d'extrêmement proche des joueurs, empathique, mordu de tactique... Évidemment, on ne pouvait pas imaginer ce qu'il deviendrait ensuite. Et Rudi n'a jamais oublié ses premiers soldats. C'est quelque chose qui compte, dans une vie. Il a toujours eu un mot très sympa pour moi, de temps en temps on s'écrivait, je le félicitais, on se chambrait. C'est quelque chose que je retiens, parce que Rudi est quand même devenu une star. Je suis désolé, il a entraîné la Roma, l'OM, maintenant Lyon... C'est une star des coaches. Et ça confirme toujours ce que j'ai pensé de lui au premier abord. C'est aussi pour ça que je le défends toujours sur les plateaux.

Sans être un intime absolu, je connais Rudi comme peu de journalistes le connaissent, avec cette fantastique aventure humaine à Saint-Étienne. Je suis ahuri de la manière dont le cas Garcia est traité par certains de mes collègues. On est plusieurs à le penser, notamment des anciens joueurs. Après, je comprends tout à fait qu'il puisse agacer à parler des arbitres, etc... Même moi, qui l'adore, parfois quand je le vois en conférence de presse, je me dis : "Putain Rudi... T'es lourd !" Mais à un moment donné, il y a l'homme que je connais, et il y a son palmarès. Quand je vois qu'on lui casse les bonbons avec son palmarès, j'ai envie de dire : "Mais les gars, vous avez perdu la tête ou quoi ?" Si j'étais Rudi, je leur dirais : "Voilà ce que j'ai fait dans ma vie. J'étais en D2, j'ai été champion de France, après j'ai joué la Ligue des champions avec la Roma, une finale de Ligue Europa avec Marseille..." Parfois il nous irrite, mais je trouve que c'est un sacré coach, et son palmarès parle pour lui.» T.T.
*Joueur de Rudi Garcia à Saint-Étienne.

Moussa Sow* : «On est trop dur avec lui»

Moussa Sow, le buteur de Rudi Garcia. (MOUNIC/L'Equipe)
Moussa Sow, le buteur de Rudi Garcia. (MOUNIC/L'Equipe)
«Pour moi, travailler avec lui a été un très bon passage, une très bonne expérience. Personnellement, il a su me mettre en confiance, me dire les bonnes choses pour que je puisse faire l'année que j'ai faite en 2010-11. C'est aussi en grande partie grâce à lui. Notre rapport était bon, on était proches. Il a été important pour moi. Franchement, c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Par rapport au groupe aussi, c'est un très bon coach. Il a fait des très bonnes choses au LOSC, il a été bénéfique pour nous. Tactiquement aussi, c'est un bon coach. C'est quelqu'un qui connaissait ses joueurs, qui parlait beaucoup... Ses causeries, il les préparait très bien ! Nous, les attaquants, il nous demandait d'être des tueurs devant le but, et même si on ratait des occasions, il nous poussait à recommencer, et il tirait le meilleur de nous. J'entends beaucoup de critiques, que je ne comprends pas.

Peut-être que beaucoup de choses se sont passées après notre relation, mais sur la saison et demie que j'ai connue au LOSC, il n'y avait pas de mauvais côté. On attend beaucoup de lui, c'est peut-être ça. Je pense qu'on est trop dur avec lui. Certains disent que ce n'est pas un coach pour la Ligue des champions, par rapport à ses stats. Moi, je pense qu'il peut faire quelque chose de bien à l'OL. On ne lui laisse peut-être pas assez de temps. Je me souviens encore de l'année du titre, on avait déjà pris la Coupe de France et le Championnat. Pendant la causerie, avant de jouer le Stade Rennais, ça m'a plu, parce qu'il a dit : "Il ne nous reste plus qu'une chose à faire tous ensemble, c'est que Moussa devienne le meilleur buteur du Championnat de France." Ça a vraiment motivé tout le monde pour que je puisse marquer des buts. Je m'en souviens, j'avais marqué un triplé et fini meilleur buteur. C'est un exemple parmi d'autres. Pour moi, il reste un très bon coach.» T.T.
*Joueur de Rudi Garcia à Lille.

E.G., T.T. et T.C.
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ombiloba1 7 août à 12:56

Le charme est la dernière "arme" utilisée quand on n'a pas confiance en soi et qu'on ne sait pas convaincre par ses actions.

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