kutesa (dereck) (A. Martin/L'Equipe)
Ligue Europa

Carnet de bord de la semaine du Stade de Reims, qui a vu son rêve européen s'éteindre jeudi en Hongrie

En Hongrie, jeudi dernier, le Stade de Reims a été éliminé sans gloire de la Ligue Europa. Comme depuis l'entrée en lice des Rémois dans cette C3, FF vous raconte comment le club champenois a vécu une semaine si riche en déceptions...

19 septembre : Pas le temps de souffler

Veille de match. Déjà. Les matches s'enchaînent tous les trois jours actuellement pour les troupes de David Guion. Demain, rendez-vous au stade Saint-Symphorien de Metz pour une nouvelle journée de Ligue 1, 72 heures après la qualification à Genève pour le compte du 2e tour de la Ligue Europa (1-0, but de Valon Berisha).
 
 
«C'est beaucoup plus facile de couper quand il y a un seul match à gérer par semaine, reconnaît d'ailleurs David Guion, l'entraîneur champenois. Dans la saison, on sait qu'il y a des moments à gérer, des échéances rapprochées, avec des matches en semaine. On a alors très, très peu de moment pour s'occuper de soi. C'est logique, on a tellement de travail ! Entre le débrief, le constat du match qui a été joué et ensuite se projeter sur celui qui arrive, les entraînements, les entretiens individuels, les entretiens collectifs, les messages qu'on veut faire passer... Il faut continuer à le faire, être proche des joueurs. C'est aussi tout le travail du staff. Je ne suis pas seul.» Mais ce n'est pas pour déplaire au technicien : «J'entraîne aussi pour vivre des semaines exaltantes comme nous les passons actuellement et vivre l'Europe entre le Championnat, continue Guion. J'entraîne pour préparer un match de Coupe d'Europe, pour tout de suite rebondir sur un gros match contre le PSG. Cela me permet de me projeter, de chercher, de repousser ses limites...» Une certaine adrénaline qu'apprécie également Xavier Chavalerin : «On n'a même pas le temps de réfléchir ! On termine un match qu'on est déjà concentrés sur le suivant. Quand on est dans une situation un peu difficile, ce n'est pas plus mal.» Mais alors comment réussir à couper quelque peu, histoire de se ressourcer et ainsi s'aérer l'esprit ?

A deux ans et demi et cinq ans et demi, les deux enfants de Xavier Chavalerin n'hésitent pas à faire remarquer à leur papa qu'il joue beaucoup en ce moment. C'est pourquoi le milieu de terrain rémois ne pense qu'à profiter de ces courts moments pour penser à autre chose. Retour au centre d'entraînement dès le matin de ce samedi pour David Guion, afin de déterminer son onze face à Metz, adversaire demain, visionner une nouvelle fois d'autres images du club grenat et établir son plan de jeu. «Il fallait que tout soit clair dans ma tête, affirme-t-il. La question, c'est qu'il ne fallait pas que j'inonde les joueurs d'informations parce que les matches sont à répétition et il faut être très précis et très clair. C'est vraiment ma volonté.» Du côté de Jean-Pierre Caillot, de retour au bureau de son entreprise de transport dès le vendredi, juste après avoir atterri de Suisse, c'est l'opportunité de se mettre à jour sur quelques dossiers avant de vite se plonger sur Metz. 17 heures, après une séance d'entraînement, départ pour la Moselle. 19h30 sur place. Moment choisi par Guion et son staff pour la causerie. «Je le fais rarement, mais j'ai décidé de ne pas donner l'équipe, mais de dévoiler le système, détaille Guion. Quand il y a des semaines à trois matches, je veux que tout le monde soit concerné. Je ne veux pas que dès la veille au soir, certains soient déjà au courant qu'ils ne vont pas jouer.» Formule payante pour le lendemain ?

20 septembre : Toujours pas de victoire en L1

Départ à 10h45 de Reims direction Metz pour Jean-Pierre Caillot qui va rejoindre son staff et ses joueurs. Pendant ce temps-là, comme souvent en jour de match, David Guion reçoit quelques joueurs dans sa chambre «pour discuter avec eux, cibler, identifier les garçons qui en ont besoin». Avec, ensuite, la question de la causerie : «Comment impacter les joueurs, se demande Guion. Là, j'ai voulu qu'on prépare Metz en s'occupant de nous, c'étaient les attentes par rapport à nous-mêmes.» Début d'après-midi dans le Grand Est. Le verre d'amitié entre Jean-Pierre Caillot et son homologue Bernard Serin. «J'ai vu son nouveau stade en construction, qui est magnifique, constate le président rémois. Et concernant le match... On va oublier un peu.» 1-1 à la pause. Une expulsion pour Marshall Munetsi. Un but d'Ibrahima Niane dans les derniers instants de la partie. 2-1. Troisième défaite de suite en Ligue 1. Un seul point après quatre journées... Caillot : «C'était plus intéressant dans le jeu, mais malheureusement, il y a encore eu un fait de jeu avec l'expulsion. Et on prend un but à trois minutes de la fin. Perdre un match, ce n'est jamais simple, mais perdre à trois minutes de la fin, je peux vous dire que ça fait encore plus mal à la tête.»

De là à parfois prendre la parole face aux joueurs quand la situation est délicate ? «Je l'ai fait par le passé, explique Jean-Pierre Caillot. Aujourd'hui, je considère que ce n'est pas une nécessité. Le début de Championnat n'est pas bon, mais j'ai aussi conscience qu'on vient de faire quatre matches, dont trois à l'extérieur, et qu'on va recevoir le PSG. Il ne faut pas céder à la panique.» «Sur le but de Niane, je n'ai pas d'autre expression que "ça fait chier", enchaîne Xavier Chavalerin. Il y avait moyen de prendre des points. A la fin, dans le vestiaire, c'est silencieux.» Mais ce match de Metz a aussi signifié le retour de Yunis Abdelhamid, capitaine, après une période de quarantaine à domicile suite à un test positif au Covid-19 qui l'avait privé de Genève. Le Marocain remonte tout le monde. «Il prend la parole, en disant qu'il ne faut pas lâcher, décrit Chavalerin. Il nous demande de lever la tête, de se reconcentrer pour jeudi. C'est là qu'il apporte son leadership.» Trois joueurs au contrôle antidopage puis retour à la maison pour Chavalerin et les Rémois. Le match Marseille-Lille en fond, mais aussi les enfants qui permettent de ne plus trop «penser au match, relate le milieu. Cela permet de se changer les idées très rapidement». Mais pour Jean-Pierre Caillot, c'est plus dur : «Le moral un peu à zéro, avoue-t-il. Il est pourri ce dimanche soir. Quand on perd un match, il me faut 24 à 48 heures pour tourner la page. Des fois, cela m'impressionne quand les joueurs montent dans le car et qu'ils donnent l'impression d'être passés à autre chose. Moi, malgré les années, je n'y arrive pas.» Côté David Guion, le match de Fehervar, jeudi, n'est pas du tout d'actualité. L'entraîneur visionne le match du jour, à Metz : «Chaque chose en son temps.»

21 septembre : Garder la confiance

Et le lendemain, il y a toujours Metz dans la tête du technicien rémois. «La première chose que j'ai faite, c'est de regarder à nouveau le match.» Le coach prend également à part Marshall Munetsi, touché par son expulsion de la veille, avec la défaite au bout. Ce lundi, c'est aussi une séance pour ceux qui ont moins de temps de jeu, si ce n'est pas du tout. Une séance dirigée par Stéphane Dumont, l'adjoint de David Guion, mais avec l'entraîneur principal présent : «C'est l'envie de mobiliser ces garçons. Je les observe. Je veux qu'ils sentent qu'ils sont entourés, qu'ils ont notre confiance.» Si Xavier Chavalerin promet qu'il «voit que tout le monde s'est remis en question pour aller de l'avant», pour Jean-Pierre Caillot, c'est toujours aussi compliqué : «Une journée au bureau très morose... Avec la chance de se faire gratter les narines pour l'UEFA.» C'est en effet le jour d'un nouveau test Covid-19 pour le match de jeudi. Et, comme celui de la semaine dernière, un test assez difficile à supporter.
 

22 septembre : Observation et yoga

Cette fois, la page Metz est tournée pour Guion et son staff. Il faut désormais analyser Fehervar. L'analyste vidéo du club observe quatre rencontres. Même chose pour Stéphane Dumont. Avec les précédents tours de Ligue Europa et les premiers matches de Championnat de la nouvelle saison, les images sont facilement accessibles, notamment via la plateforme Wyscout. «On regarde aussi si on connaît du monde, s'il y a des garçons, via des sources françaises, qu'on peut connaître par rapport à l'adversaire, détaille Guion. Au Servette, je connaissais du monde en Suisse qui m'avait donné des renseignements. On croise tout ça. La seule chose qu'on avait ici, c'est que notre analyse vidéo, qui vient de Bordeaux, avait joué Videoton (l'ancien nom du club de Fehervar) il y a trois ans. Il a pu nous donner quelques infos, puisqu'il y avait quatre joueurs qui jouaient déjà à l'époque.» En fin de journée, l'entraîneur rémois trouve une heure et demi pour prendre du temps pour lui. Au programme : une séance de yoga de 19h30 à 21 heures.

23 septembre : En terres inconnues

Prochain arrêt : Hongrie. La délégation rémoise s'en va à 8 heures du centre d'entraînement. Dans le calme, cette fois. Pas de supporter, contrairement à la semaine précédente, pour les accompagner lors de leur départ. «Je me suis dit qu'il était un peu trop tôt pour les fumigènes», sourit Chavalerin. Deux heures d'avion pour atterrir à Budapest, théâtre, le lendemain, de la Supercoupe d'Europe entre le Bayern Munich et le FC Séville. Une prise de température à l'arrivée, pas plus. Puis 1h30 de car pour rallier Szekesfehervar, au sud-ouest de la capitale hongroise. Arrivée à 14h30 dans un l'hôtel situé en face d'un lac où bateau et canoë sont possibles. Mais pas le temps de faire du tourisme. 18 heures, direction la MOL Arena Sosto pour l'entraînement. 24 heures plus tard, le coup d'envoi du 3e tour de qualification pour la phase de poules de la Ligue Europa sera donné.
Dès le retour à l'hôtel, David Guion enchaîne avec sa séance vidéo sur l'adversaire, «avec l'idée de faire voir aux joueurs que, peut-être, le niveau monte encore d'un cran, mais qu'il y a des failles. Et c'est leur faire voir qu'il y a des choses à exploiter.» Et une surprise dans le groupe que retient le coach pour ce tour : l'absence de Mathieu Cafaro, au temps de jeu certain depuis le début de saison et censé être un titulaire. «Là, ce sont 18 joueurs à prendre et pas 20 comme en Ligue 1, justifie Guion. Ce choix du groupe dépend aussi beaucoup du plan de jeu. Et l'idée est de mettre de la vitesse sur les côtés. J'ai une première lame avec Dereck Kutesa, et je veux en mettre une deuxième avec (Anastasios) Donis. Dans ces mêmes caractéristiques de vitesse de percussion, d'ailier de débordement. J'ai beaucoup de joueurs sur les postes offensifs... C'est le métier de choisir et des garçons peuvent donc être écartés.» Pour Jean-Pierre Caillot, on n'est pas du tout sur la même ambiance que la semaine précédente. Enchanté par l'accueil de Servette (voir l'épisode 1 du carnet de bord), le président du Stade de Reims est cette fois peu emballé, seul dans sa chambre d'hôtel. «C'est moins sympathique et moins chaleureux par rapport à la Suisse, constate-t-il. Personne ne nous a invité, il n'y a pas de rencontre prévue (avec les dirigeants de Fehervar). Il semblerait qu'ils nous rencontreront au stade avant le match. On ne va pas être obligé d'apprendre le hongrois !» Le boss champenois en profite pour consulter le reporting journalier de son entreprise. «Quelque soit l'endroit où je suis, je regarde toujours le reporting des activités.» Dans une fin de soirée dans le calme, où le staff se retrouve pour le café et un moment de convivialité en veille de match. Xavier Chavalerin, en chambre avec Yannis Laib, le gardien numéro 3 du club, choisit lui Netflix, et la série Stranger Things, pour se détendre et se coucher aux alentours de 23h30. Le lendemain, c'est le deuxième épisode de la série "Reims en Europe" qui l'attend.

24 septembre : La terrible désillusion

Avec un match à 18 heures, la journée passe très vite pour les Rémois. Petit déjeuner à 8 heures. Balade à 11 heures. Collation à 14h45. Causerie à 16 heures. Causerie terminée dans la matinée par le coach. «Après le petit déjeuner, je commence à l'écrire, à mettre en forme ce que j'ai dans la tête. Je m'aperçois aussi que dans une causerie de Coupe d'Europe, il ne faut pas répéter les mots qu'on a dit la première fois. Mais on a envie de dire un peu les mêmes choses quand même.» «Une causerie simple et rapide, se remémore Xavier Chavalerin. Quand on a la chance de jouer des matches comme ça, il ne faut pas se louper, vivre le moment présent, et pas après le match, à regretter.» C'est pourtant ce qu'il va se passer. Incapables de se libérer dans le jeu et de dominer une équipe à sa portée, les Rémois sont emmenés en prolongation par Fehervar (0-0) et cèdent aux tirs au but (1-4) avec deux premiers échecs pour Boulaye Dia et Yunis Abdelhamid.
Retour illico au vestiaire. Aucun joueur ne parle. «Les garçons sont touchés, dévoile Guion. Ils sentent qu'ils sont passés à côté.» Pour le coach champenois aussi, le coup est rude : «Je me dis : "Tout ça pour ça." Cette frustration de ne pas avoir vu mon équipe plus conquérante, avec plus de panache. Je me demande aussi quels sont les joueurs qui vont de nouveau jouer un match de Coupe d'Europe ? On avait régulièrement l'habitude de saisir les opportunités. Mais pour ça, il faut provoquer les choses, et là, on n'a rien provoqué pour l'emporter. J'avais même l'impression que l'adversaire nous a emmené aux tirs au but presque sûr de lui.» Comme après Metz le dimanche précédent, nouveau contrôle antidopage pour les Rémois, cette fois pour Valon Berisha et Ghislain Konan. Mais il ne faut pas tarder, le retour dans la Marne est prévu dans la nuit. Dans le car qui emmène les joueurs à l'aéroport de Budapest, Yunis Abdelhamid et Xavier Chavalerin, deux des plus anciens de cet effectif, n'en reviennent toujours pas. Chavalerin : «On se regarde, on se dit qu'on n'a pas le droit de perdre un match comme ça, que, limite, ce qu'on a fait, c'est une faute professionnelle. En respectant l'adversaire, on se dit que c'est faible, que ça se voit qu'on n'est pas à notre niveau. La saison dernière, on passe largement face à une équipe comme ça... Trois ans à se déchirer pour en arriver là et se louper comme ça, c'est nul. Avoir aussi peu d'envie, aussi peu de jeu... On n'est pas énervés, mais vraiment déçus.» L'ambiance est évidemment très calme dans l'avion pour l'hexagone. Le temps pour David Guion de gamberger. «On ne dort pas, raconte l'entraîneur. On réfléchit. On est dans la critique individuelle, on se pose des questions sur la préparation, l'équipe, tout... On revoit le match.» Retour à la maison pour tout le monde vers 4 heures du matin. La nuit sera forcément courte et agitée.

25 septembre : Une nouvelle saison commence

Rendez-vous à 11 heures au centre de vie Raymond-Kopa. A 11h15, David Guion rassemble son effectif. C'est le moment de débriefer en profondeur et de dire les choses. Car avec un point sur douze en Ligue 1 et donc cette piteuse élimination, le Stade de Reims doit absolument sonner le réveil alors que le PSG débarque dimanche et qu'un déplacement à Rennes est prévu la semaine suivante. «La colère est très rare juste après le match, détaille Guion sur son propre fonctionnement. Mais il peut y avoir la colère froide ensuite, celle-là, elle fait plus mal. Elle est inévitablement arrivée. Je ne peux pas être satisfait de ce que j'ai vu et je ne peux pas cacher les choses à mes joueurs si on veut avancer dans la saison. Le supplément d'âme que j'ai demandé en Europe, on ne l'a pas eu.»
Ce discours de vendredi doit ainsi permettre de (re)mobiliser l'ensemble de l'équipe : «Il faut que les garçons montrent autre chose, individuellement et collectivement. Les recentrer sur notre projet, c'est important. Un projet autour de la cohésion, du travail et de l'ambition. Il ne faut pas s'échapper de ça.» «Le coach a mis les points sur ce qu'il ne va pas, enchaîne Chavalerin. Ce qu'il faut changer, sinon on va droit dans le mur... Dans l'état d'esprit, ce n'est pas du tout ça depuis le début de la saison. Ce n'est pas nous.» Et l'ancien milieu de terrain du Red Star de faire une sorte de bilan de sa première expérience européenne. Amer. «Cela doit être des moments super beaux à vivre. Et là, on en ressort déçus ! On n'a pas donné ce qu'on aurait dû, on n'a pas montré le vrai visage du Stade de Reims. C'est ma plus grosse déception depuis que je suis arrivé au club.» Nouveau test Covid-19 à 12h30 en vue de la rencontre de dimanche. Puis un après-midi libre. Histoire de se changer les idées en famille notamment. Mais avec la suite en tête. «Comme on se les dit, il n'y a eu que quatre matches. C'est une mini-crise de résultats, on en a déjà eu, même quand on a été champion en Ligue 2. Chacun doit se remettre au boulot comme on l'a toujours fait et tout le monde doit se remettre en question.» Et espérer, un jour, revivre et réussir ce rêve européen.
Timothé Crépin 
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