Football - Tottenham Hotspur v Liverpool - Barclays Premier League - White Hart Lane - 17/10/15 Liverpool manager Juergen Klopp Action Images via Reuters / John Sibley Livepic EDITORIAL USE ONLY. No use with unauthorized audio, video, data, fixture l (Reuters)

Ce que Klopp a déjà changé à Liverpool

Avec les mêmes joueurs ou presque, le nouvel entraîneur des Reds n'a pas fait de miracle. Mais dès son premier match à Tottenham (0-0), il a clairement modifié la philosophie de jeu de l'équipe et son attitude collective.

Samedi dernier à Tottenham, Liverpool n’a pas gagné et n’a pas marqué non plus : avec 8 buts en 9 matches, son attaque demeure donc l’une des moins bonnes de la Premier League. Le premier match de Jürgen Klopp à la tête des Reds marque toutefois une vraie rupture avec l’ère Brendan Rodgers et délimite d’ores et déjà son territoire. Nouvelle animation en 4-3-2-1, nouveaux principes de jeu, ceux-là même que l’entraîneur allemand avait mis en pratique à Dortmund durant sept années (pressing, contre pressing, verticalité, vitesse, intensité dans les courses, bloc compact…) et nouvel élan, donc.

Les joueurs étaient pourtant quasiment les mêmes et les absences toujours aussi nombreuses (Sturridge, ménagé, Henderson, Benteke, Firmino, plus Gomez et Ings, saison terminée), mais pour la première fois depuis le mois d’août, Liverpool n’a pas pris de but, il a retrouvé de la solidité et surtout, il a de nouveau joué en équipe, ce qui est un bon début. Pour l’efficacité offensive, le chantier attendra donc encore. Comme dit Klopp : «Je n’ai eu que trois jours pour préparer ce match avec l’ensemble des joueurs. L’important, donc, était déjà de retrouver de la stabilité, de bien travailler collectivement et de montrer que quelque chose avait déjà changé».

Un schéma de jeu différent

Lors de son dernier match (1-1 à Everton), Brendan Rodgers avait aligné au départ un 3-4-1-2 (Mignolet – Can, Skrtel, Sakho – Clyne, Milner, Lucas Leiva, Moreno – Coutinho – Sturridge, Ings). Klopp a aussitôt remis tout ça d’équerre à sa manière. Avec une défense à quatre, une première ligne de trois milieux (et Can à son vrai poste de relayeur), capable à la fois de travailler sur la largeur et de verrouiller le cœur du jeu, plus deux joueurs (Lallana et Coutinho) en soutien d’une pointe (Origi), missionnés également pour presser les latéraux adverses. L’idée ? Occuper toutes les zones du terrain de façon plus rationnelle. Mais également constituer un bloc capable aussi bien d’aller presser ensemble, de se projeter rapidement vers l’avant et de se replacer aussi vite.

Sur une première relance de Tottenham, le 4-3-2-1 des Reds s'est tout de suite organisé en position médiane pour pouvoir ensuite aller presser. (Capture d'écran Canal + Sport)

Presser haut et en bloc

Avec Klopp, le concept n’est pas négociable : c’est en pressant l’adversaire qu’on le met le mieux en difficulté. Soit en l’obligeant à allonger le jeu et à prendre des risques sur ses sorties de balle, soit en venant vite récupérer le ballon, soit en gênant sa première relance, en le contraignant à jouer latéral et en provoquant ensuite une faute technique. Pendant les 20-25 premières minutes du match, Tottenham fut ainsi étouffé et quasiment privé de munitions. C’est dans l’utilisation du ballon, une fois récupéré, que Liverpool a manqué d’idées, de créativité, de qualité et peut-être aussi un peu de gaz. «On n’a pas joué toujours avec notre tête, regrettera Klopp, pas toujours fait les bons choix et on s’est parfois aussi trop précipité». Avec le temps, ça viendra.

En venant couper la relation entre les deux centraux adverses, Origi oblige Tottenham à ressortir le ballon sur le côté où Coutinho, mais aussi Lucas Leiva et Can viennent aussitôt presser. (Capture d'écran Canal + Sport)

Mettre beaucoup d'intensité

Faire des efforts les uns pour les autres, multiplier les courses et les appels, mettre un maximum d’intensité dans chaque action et chaque passe : c’est aussi l’une des caractéristiques de la méthode Klopp. Contre Tottenham, l’équipe a énormément couru (116 km), davantage donc qu’à chacun de ses huit premiers matches de la saison et davantage aussi que son adversaire du jour (114,8 km). S’il n’a pas les mêmes joueurs qu’il y a quelques saisons à Dortmund (Bender et Gündogan au milieu, plus Blaszczykowski, Götze et Reus en soutien de Lewandowski), ni les mêmes latéraux (Piszczek et Schmelzer) pour appliquer sa philosophie, Milner et Can, les deux milieux les plus excentrés, mais aussi Lalanna et Origi ont déjà démontré qu’ils pouvaient s’adapter à la nouvelle donne.
 

Le pressing collectif de Liverpool (Origi puis Coutinho puis Can) se fait avec beaucoup d'intensité pour pouvoir provoquer la faute de l'adversaire et vite récupérer le ballon. (Capture d'écran Canal + Sport)

Jouer les deuxièmes ballons

En attendant de récupérer des attaquants, à commencer par Sturridge, et peut-être d’animer différemment son jeu offensif en fonction de caractéristiques individuelles différentes, Klopp avait décidé pour sa première «de jouer les deuxièmes ballons». Avec donc un point de repère devant (Origi), chargé prioritairement de perturber la relation de l’axe Vertonghen-Alderweireld, d’aller au duel, de tenir le ballon et de jouer en remise, et deux joueurs évoluant très près de lui (Lallana et Coutinho) pour récupérer tout ce qui pouvait entraîner et vite enchaîner. Bilan de l’après-midi ? Zéro but donc, mais douze tirs tout de même, dont seulement trois cadrés (un pour chacun des trois attaquants) et un jeu d’attaque un peu trop déséquilibré aussi (près de 50% des actions développés côté droit, celui de Milner et Lallana).


Sur un ballon en profondeur donné par Milner, Origi va au duel, mais Lallana a déjà anticipé et sprinté pour récupérer un deuxième ballon intéressant. Et obtenir ensuite un corner. (Capture d'écran Canal + Sport)

Patrick Urbini