d'ulivo (cedric) (A.Grosclaude/L'Equipe)
ISL

Cédric D'Ulivo, joueur français en Islande, raconte sa vie et ses découvertes sur place : «Ce sont des bosseurs»

Éphémère joueur de l'OM, puis de Cassis-Carnoux et de l'AC Ajaccio, Cédric D'Ulivo est parti en Belgique avant d'aller tenter l'aventure en Islande il y a deux ans. Avant que les Bleus ne se frottent aux coéquipiers de Sigurdsson, le Français nous présente sa vie là-bas.

«Comment auriez-vous envie de nous décrire le foot en Islande ?
Je pense que c'est le sport numéro 1. Ils font tout pour que les jeunes soient formés au mieux. Je trouve que, pour les enfants, les infrastructures sont superbes. Le football progresse. Même le niveau du Championnat a un peu évolué. Il y a un peu plus d'étrangers et de meilleurs jeunes.

À quel moment avez-vous pris la décision de rallier l'Islande ?
J'étais en fin de contrat en Belgique. Je n'avais pas fait une très bonne saison parce que j'avais eu une grave blessure. Je me suis retrouvé au chômage. J'ai fait le stage UNFP. À partir de là, il y a un agent qui m'a contacté. Il connaissait le directeur sportif. Il (FH Hafnarfjardar, son club) faisait le tour préliminaire de la Ligue des champions. On m'a proposé ça. J'ai préféré partir en D1 islandaise avec ce projet plutôt que signer dans un club de D3 en France.
«En arrivant là-bas, c'était un choc»
Se demande-t-on où on va atterrir ?
Un petit peu. Mais, en Belgique, j'avais un collègue qui était parti dans ce club-là. J'ai pu lui poser toutes les questions que je voulais, savoir comment était le pays... On va dire que je ne suis pas parti en terre inconnue. En arrivant là-bas, c'était un choc, quand même. C'était l'été. À Paris, il faisait un peu plus de 30 degrés. Là, je me suis retrouvé avec 6 ou 7 degrés au mois d'août. Ç'a été un petit choc. Quand on arrive à l'aéroport et qu'on rallie la capitale, le paysage est assez lunaire.

Avec tout de suite l'envie de remonter dans un avion pour Paris ?
Au début, oui, je peux le dire, j'avais envie de repartir. Mais le lendemain et le surlendemain, quand on m'a présenté le club, quand je suis allé voir la capitale, là je me suis senti beaucoup mieux... même s'il faisait très froid. Pour s'acclimater, j'avais fait cinq ans en Belgique avant. Donc là-bas, il fait bien froid l'hiver. C'était une bonne transition (sourire).
«L'engouement ? Ce n'est pas exceptionnel»
Deux ans après, que retenez-vous de ce football islandais ?
La première année, je me suis fait les ligaments croisés donc je n'ai pratiquement pas joué. Mais je dirais que c'est très physique. Ils sont costauds et courent beaucoup. Tactiquement et techniquement, c'est plus léger qu'en Belgique et en France. Concernant l'engouement, ce n'est pas exceptionnel. On a une affluence de 1000 à 2000 supporters. Ensuite, pour les terrains, il y a la moitié de synthétique et l'autre moitié avec de la pelouse. C'est bien pour jouer d'avril à septembre. En général, on a de bonnes conditions.

Vous avez joué en D3 française : peut-on comparer le niveau à cette D1 islandaise ?
Il y a deux ou trois clubs qui sont au-dessus, qui peuvent jouer en D2 française... Le reste, c'est du milieu de tableau de National. Cette année, le champion (NDLR : KR Reykjavik ; le club de Cédric D'Ulivo a terminé troisième. La saison s'est terminée il y a quelques jours), même sur les matches faciles, n'a pas fait d'erreur. Alors que nous, certaines fois, on a perdu des points dans ce type de matches. Ils n'étaient pas plus forts, mais ils avaient plus d'expérience.

Tous les clubs sont-ils basés à Reykjavik, la capitale ?
La plupart sont à Reykjavik ou autour. Cette année, on a eu un club basé dans le nord et un autre sur les îles Vestmann. Pour y accéder, il faut faire deux heures de car et 40 minutes de bateau.
«Ça me fait penser à la mentalité de la Corse»
Et concernant les salaires ?
Pour les étrangers comme moi, on vit bien. Même si la vie est très, très chère. Je n'ai pas besoin de travailler comme la plupart des joueurs. C'est semi-professionnel ici. Je pense qu'il y en a la moitié voire les trois-quarts qui travaillent à côté. Dans mon équipe, ils font de tout. Certains travaillent dans le club, d'autres à La Poste, d'autres tiennent un restaurant.

Ça change de la France...
C'est carrément différent. Ce sont des bosseurs. Il y a des joueurs qui peuvent très bien vivre avec leurs salaires de footeux. La mentalité est différente. Ce sont des compétiteurs, ils veulent tous gagner, mais il y a peut-être moins de pression. Il y a peut être moins de stress qu'en France ou en Belgique. Ça me fait penser à la mentalité de la Corse.

Question engouement, pour l'équipe nationale, c'est tout autre chose...
Oui, ils sont à fond derrière leur pays depuis l'Euro 2016. Il y a une certaine fierté. Ils sont patriotes.

La réception de la France est-elle un événement ?
Oui, ils attendent ça impatiemment. Ce n'est pas toute la semaine qu'ils ont des nations comme la France qui viennent jouer !

L'Islande est également une destination touristique. Avez-vous pu en profiter ?
J'ai vraiment profité. Je n'ai pas tout visité mais j'ai vu beaucoup de choses. C'est un pays extraordinaire. Il y a des endroits qu'on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. Quand on est dans ce pays, c'est différent. On en prend plein les yeux !

Vous êtes en fin de contrat : est-ce la fin de l'aventure ?
Je réflechis un peu à mon avenir. J'ai 30 ans, j'ai deux enfants et je ne sais pas si je vais rester dans le pays. Je ne sais pas trop si je veux retourner soit en France, soit dans un pays un peu plus proche de la France pour mes enfants. Je vais réfléchir en famille. Ce ne sera pas un choix que sportif.»
Timothé Crépin 
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