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Bleus / Souvenirs

Chimbonda, une chanson pas si douce

En mai 2006, Pascal Chimbonda célébrait sa première sélection face au Danemark. Ce sera aussi sa dernière. Celui qui était passé pour la mascotte de la bande à Domenech lors du Mondial allemand raconte ses frustrations.

C'était il y a une éternité. Bientôt neuf ans. Un soir de mai 2006, au Stade Bollaert. Pour son deuxième match de préparation à la Coupe du monde en Allemagne, l'équipe de France dispose tranquillement du Danemark. Henry sur un centre de Sagnol et Wiltord sont les buteurs. A deux minutes de la fin du temps réglementaire, Raymond Domenech lance Pascal Chimbonda en lieu et place de Willy Sagnol. «C'était ma première, se souvient Pascal Chimbonda, un rêve d'être sur le terrain qu'avec des grands joueurs.»

Domenech passe par Henry pour avoir le numéro de téléphone de Chimbonda

Chimbonda, aux côtés de Ribéry, Henry et Saha lors de la cruelle défaite des Bleus en finale face à l'Italie. (L'Equipe)
Chimbonda, aux côtés de Ribéry, Henry et Saha lors de la cruelle défaite des Bleus en finale face à l'Italie. (L'Equipe)
Quatre petites minutes sur le terrain. Et puis c'est tout. Durant toute la compétition qui suit, le Guadeloupéen ne fera pas une seule apparition et vivra du banc la tension du Togo, la magie de Zidane face au Brésil et le tir au but de Trezeguet sur la barre transversale face à l'Italie. «Un mois de folie. Ça se passait super bien dans le groupe, se rappelle Chimbonda. Je m'entendais bien avec les Boumsong, Saha, Malouda, Abidal. Même Zidane venait vers moi et on se parlait.» Il se remémore parfaitement le contexte. «Le premier souvenir que j'ai en tête, ça reste cette finale (1-1 a.p., 3 t.a.b. à 5). On a été au bout malgré les critiques. Les gens ne croyaient pas en nous mais on a failli mettre la main sur ce trophée. Cette finale, elle restera dans l'histoire.»
Neuf ans après, il se souvient très bien de cette aventure et de la façon dont il avait appris que Raymond Domenech s'intéressait à lui. Au cours du mois de mai, alors que tous les Championnats ont rendu leur verdict, Pascal Chimbonda prépare ses bagages pour partir en vacances chez lui, en Guadeloupe et ainsi voir son jeune fils grandir. Son téléphone sonne. À l'autre bout du fil, Thierry Henry. «Il me dit que Raymond Domenech cherche mon numéro de téléphone et il me demande s'il peut lui donner. J'ai dit oui évidemment !» Le sélectionneur le joindra dans la foulée et cherchera à connaître son programme des prochains jours. « Je lui ai dit que j'avais préparé mes vacances. Il m'a dit que je pouvais les reculer parce qu'il y aurait une surprise dans la liste...»

«Les Français auraient pu m'associer à autre chose qu'à une chanson...»

L'intéressé ne dira rien à personne et attendra tranquillement l'annonce officielle de la liste. «J'étais surpris de faire partie du groupe alors que je n'avais fait aucun match de qualification. C'était la cerise sur le gâteau.» S'il explique avoir vécu un grand moment en Allemagne, il garde quelques rancoeurs, en raison de son faible temps de jeu. «Le regret, c'était vraiment pendant les matches de préparation. On en a eu trois (Mexique, Danemark, Chine), et j'aurais pu au moins jouer 45 minutes comme tous les autres joueurs... Après, en Coupe du monde, je ne critique pas parce qu'à l'époque, Sagnol évoluait à un très haut niveau. Lui aussi avait galéré pour gagner sa place quand Thuram était encore là.»

L'après-Mondial restera également une énigme. Il ne sera en effet jamais rappelé par Raymond Domenech, sans aucune explication. «J'étais à Wigan et pour rester en équipe de France, il faut faire parler de soi et changer d'équipe. J'ai alors signé à Tottenham avec la possibilité de jouer la Coupe d'Europe. Dans ma tête, je me suis dit que ça allait pouvoir donner quelque chose. Mais après... (il souffle), rien. J'ai eu des présélections comme tout le monde. C'est ça qui m'a fait un peu ch...»
Ce qu'il n'oubliera pas non plus, ce sont les critiques, parfois virulentes, faites à son encontre. «J'ai été déçu des gens. Selon eux, pour être sélectionné, il faut jouer dans les grands clubs. Je jouais à Wigan, je n'avais pas volé ma place, j'avais été élu meilleur arrière droit dans un grand Championnat. En Angleterre, j'ai toujours une notoriété, même neuf ans après. En France, je peux passer inaperçu alors qu'en Angleterre, les gens me demandent des photos, des autographes parce qu'ils savent le joueur que je suis et ce que j'ai accompli pendant neuf ans. Les Français auraient pu m'associer à autre chose qu'à une chanson.» Le joueur formé au Havre fait référence au morceau des Guignols de l'info (voir la vidéo ci-dessous). Il a surtout été frustré que les gens lui «collent une image. Je suis français, mais je n'ai pas été reconnu par les Français. Franchement, ils sont d'un autre monde. »
Pascal Chimbonda sous le maillot d'Arles-Avignon l'été dernier. Il a résilié son contrat fin février. (L'Equipe)
Pascal Chimbonda sous le maillot d'Arles-Avignon l'été dernier. Il a résilié son contrat fin février. (L'Equipe)
Aujourd'hui, à trente-six ans, Pascal Chimbonda est proche de la retraite. Fin février, il a résilié son contrat qui le liait à Arles-Avignon parce que le courant passait très mal avec Victor Zvunka, le nouvel entraîneur du club depuis la fin d'année 2014. «Il m'a expliqué qu'il n'avait pas besoin de me voir jouer pour voir que je n'ai pas le niveau...» Un peu dégoûté du foot, Chimbonda ne suit même plus le Championnat et n'est même pas sûr de regarder France-Danemark. «Je préfère regarder le basket.»

Retrouvez ici, «L'équipe unique». Ceux qui, comme Pascal Chimbonda, n'ont connu la joie de porter le maillot de l'équipe de France qu'à une seule reprise.

Timothé Crépin
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georgesserge 29 mars à 13:08

Respect pour toi pascal .

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