jullien (christopher) (A. Mounic/L'Equipe)
Grand Format

Christopher Jullien (Toulouse) : «Et là, je me suis dit "Mais qui je suis pour avoir cette voiture ?"»

Impressionnant depuis le début de la saison pour ses premiers pas en Ligue 1, Christopher Jullien (23 ans), le défenseur de Toulouse, revient sur plusieurs événements qui ont marqué sa jeune carrière. Que ce soit sur le terrain ou en dehors. Avec, notamment, l'histoire de sa première folie financière. Le tout, pour un garçon qui a la tête sur les épaules.

«Le jour où Christopher Jullien a touché un ballon pour la première fois ?
J'ai dû forcément en toucher un très petit, mais je crois que cela a surtout commencé à l'âge de cinq ans quand je me suis inscrit dans le petit club de foot à côté de chez moi, à Lagny-sur-Marne. J'y ai passé trois ans. C'est ma mère qui m'y a emmené à l'époque. Mes parents ont divorcé quand j'étais jeune, j'habitais chez elle. Quand on est petit, on a toute cette folie à sortir de notre corps, on veut tout faire, et c'est dans le foot que je voulais me défouler le plus.
«Au hand, je marquais beaucoup de buts»
Le jour où Christopher Jullien a préféré le handball au football ?
Je me suis mis au hand vers huit ou neuf ans. Plusieurs de mes amis de l'école y jouaient, j'ai voulu essayer. Je trouvais ça assez facile. J'avais pris une licence, je faisais des tournois. À l'époque, je n'étais pas petit pour mon âge (NDLR : il mesure 1,95 m aujourd'hui), sans être immense non plus. Ma taille m'a d'ailleurs peut-être aidé à ce moment-là. Surtout, j'arrivais bien à me débrouiller avec mes deux mains, ça m'avantageait. À quel poste j'évoluais ? Alors ça, je ne me rappelle plus du tout (il sourit). Je marquais beaucoup, mais même aujourd'hui je suis complètement perdu avec les postes quand je regarde le handball. Si je tombe sur un match, je vais rester dessus cinq minutes, sans m'y attarder. Sauf peut-être si c'est un match de l'équipe de France. À Toulouse, j'ai entendu qu'il y avait une bonne équipe de hand. Mais je suis plus fan de basket.
Le jour où Christopher Jullien est finalement revenu au ballon rond ?
Vers dix ans. Je m'inscris à Torcy. Je pense que j'avais le manque du ballon, de jouer avec mes pieds. J'aimais ce sport. Le foot était le sport qui me correspondait le plus. Le hand ne m'excitait plus.

«Avec Pogba, on s'est souvent affrontés entre dix et treize ans»

Le jour où Christopher Jullien a côtoyé Paul Pogba pour la première fois ?
Les gens pensent que je l'ai connu petit. Mais pas du tout : en fait, je suis parti de Torcy quand Paul y est arrivé. On s'est croisés. On a donc jamais joué ensemble petit, mais on s'est souvent affrontés entre dix et treize ans dans des matches entre Roissy-en-Brie et Torcy. Donc le jour où j'ai joué la première fois avec lui, c'était à mes dix-neuf ans pour ma première en équipe de France, face au Portugal, à Créteil. J'avais récupéré le fanion de l'équipe adverse, qu'on s'échange avant chaque match. Ce fanion est toujours chez ma mère, sur mon armoire, ça me rappelle de bons souvenirs quand je passe devant. Mais concernant l'équipe de France, ce qui restera gravé, surtout, c'est le titre de champion du monde U20 (en 2013).

Le jour où Christopher Jullien est passé d'attaquant à défenseur ?
C'était à douze ans, à Clairefontaine, lors des tests. Je me rappelle avoir fait des bons débuts à ces tests. Mais dès qu'on est passé au jeu, j'étais complètement à côté de la plaque. Et lors des deux derniers matches, on m'a demandé de jouer derrière. Sur le coup, j'étais énervé, sachant que je ne serai pas retenu pour le tour suivant. Je fais deux bons matches. Deux semaines plus tard, je reçois une lettre qui m'informe que je suis pris. Et alors là, je ne comprends pas. Je suis heureux, mais je me demande s'il n'y a pas un souci. J'y retourne. C'est le père d'un ami qui m'accompagne et il me lance : "Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que tu vas jouer défenseur." Je rigole tout en lui disant que ce n'est pas mon poste. Et là, à la distribution des maillots, j'entends "Christopher Jullien, numéro 5". Derrière, ça s'est bien passé. Lorsque je suis retourné dans mon club de Torcy quelques jours plus tard, on m'a demandé à quel poste je voulais jouer. J'ai répondu : "Fais moi jouer défenseur." Je me trouvais finalement plus à l'aise en voyant le jeu de face. Quand j'étais dos au jeu, j'avais du mal, notamment à me retourner, je ne savais que partir en profondeur. Et cela avait des limites.
Jullien a été sacré champion du monde U20 en 2013, avec Pogba, Areola, Digne, Umtiti, Zouma... (L'Equipe)
Jullien a été sacré champion du monde U20 en 2013, avec Pogba, Areola, Digne, Umtiti, Zouma... (L'Equipe)
«Je me suis dit : "Putain, c'est Guy Roux quoi, l'emblématique Guy Roux"»
Le jour où Christopher Jullien a fait la connaissance de Guy Roux ?
Je pense que c'était à quatorze ans. Ça faisait déjà un an que j'étais à Auxerre. La première année, je l'avais souvent vu, mais de loin. La deuxième, on a fait une belle année, et je me rappelle qu'il était venu dans le vestiaire en nous serrant la main. Et la je me suis dit "Putain, c'est Guy Roux quoi, l'emblématique Guy Roux".

Le jour où Christopher Jullien a disputé son premier match chez les pros ?
C'est un souvenir assez marquant parce que c'est arrivé après une année difficile. Je crois que je débute en août. Quelques mois avant, je dispute la demi-finale du Championnat de France U19. Je me prends un rouge direct, et je rate donc la finale. J'écope d'une suspension de trois ou quatre matches. Je redémarre la saison avec la réserve. Sur le coup, j'étais un peu dégoûté car je pensais mériter de pouvoir reprendre avec les pros. Un jour, le coach de la réserve m'explique que l'entraîneur des pros, Jean-Guy Wallemme, a besoin de joueurs supplémentaires, et que je vais donc m'entraîner avec eux. J'y vais, ça se passe très bien. Je suis même rappelé derrière aux entraînements. Lors d'un week-end, je regardais le match d'Auxerre chez un ami. Ils font une très mauvaise rencontre. Le lendemain, j'apprends que le coach Wallemme a demandé mon numéro de téléphone dans le bus du retour. Il me demande de revenir m'entraîner le lendemain avec les pros, et il me dit que je fais partie du groupe. Olivier Kapo va alors plus loin et pense que je vais jouer. Je suis un peu étonné, je lui avoue que ça va un peu vite. Il rajoute : "Non, non, tiens toi prêt." Et je joue contre Laval le week-end suivant. On gagne 2-1 (NDLR : le 24 août 2012). Trois jours après, je continue, en Coupe de la Ligue, et je marque (NDLR : face à Dijon, qualification 2-1). C'était vraiment quelque chose de spécial.

«Je suis rentré chez moi, je me suis posé, et j'ai vraiment eu mal»

Le jour où Christopher Jullien a regretté d'avoir signé à Fribourg, en Allemagne à seulement vingt ans, en 2013 ?
Sur les deux années que j'ai passées là-bas, c'est arrivé une seule fois. Quand je joue mon tout premier match sur le terrain du Bayern Munich (NDLR : le 16 décembre 2014, il entre à dix-huit minutes de la fin, lors de la défaite 2-0 de Fribourg). Quand j'observe ma rentrée, je trouve que j'ai fait le boulot, j'ai même failli donner une passe décisive. Trois jours après, on reçoit Hanovre et le coach m'annonce que je ne suis pas dans le groupe. Là, quand je suis rentré chez moi, je me suis posé, et j'ai vraiment eu mal. J'ai dû me demander pourquoi je suis venu signer ici (NDLR : il n'a pris part qu'à une seule rencontre avec l'équipe première en deux ans). Mais je me suis vite remis au travail. Ces deux années sont ancrées en moi, et elles m'ont peut-être permis d'être l'homme que je suis aujourd'hui. Dans la vie, il faut parfois des points morts pour te faire redémarrer. Ça m'a donné la force d'être où je suis aujourd'hui.

Le jour où Christopher Jullien a eu le rêve de jouer dans un grand club ?
C'était récent. Le lendemain de la rencontre face au Bayern. Là, je me suis dit : "Un jour, je jouerai dans un grand club et je montrerai que ma place est dans un stade comme l'Allianz Arena, là où je pourrai montrer de quoi je suis capable." J'ai attrapé cette envie et cette détermination depuis ce jour-là. Et je m'en sers au quotidien. C'est ce qui me permet de me lever, de me surpasser, de passer plus de temps à la salle de musculation. Après, dans le futur, si je n'y arrive pas, tant pis, mais je veux au moins pouvoir me regarder dans une glace et me dire que j'ai tout fait pour. Parce que pour moi, les regrets sont quelque chose qui peut te bouffer. Un club qui m'a toujours fait rêver ? Manchester United.
À Toulouse, Christopher Jullien s'est vite mué en patron. (L'Equipe)
À Toulouse, Christopher Jullien s'est vite mué en patron. (L'Equipe)
«Dans la rue, j'entends quelqu'un dire quelque chose du genre : "Ouah, c'est Pastore!"»
Le jour où Christopher Jullien s'est dit que c'était compliqué de parler allemand ?
L'allemand, c'est dur, ce n'est pas chiant. Maintenant je pense que je peux avoir une conversation avec un Allemand. Après l'avoir parlé deux ans, finalement, ce n'est pas non plus une si mauvais langue, une "moche-langue" comme les gens peuvent le dire.

Le jour où Christopher Jullien a fait une folie avec son premier salaire de footballeur ?
C'était en Allemagne, là où je signe mon premier contrat pro. Je vais chez Mercedes et je décide de me faire plaisir. Je prends une A45 AMG, une grosse voiture qui fait du bruit, etc. Le genre de voiture qui te fait dire quelque chose quand tu la croises dans la rue. Je l'avais prise en leasing, ça me coûtait l'équivalent d'un loyer par mois. Je l'ai rendu au bout de cinq mois. D'abord parce que ça coûtait super cher en essence (il rigole), j'y allais toutes les semaines. Et, ensuite, un jour, je rentre sur Paris avec cette voiture. Dans la rue, j'entends quelqu'un dire quelque chose du genre : "Ouah, c'est Pastore !" J'ai entendu un truc comme ça. Et là, je me suis dit "Mais qui je suis pour avoir cette voiture ?". À mon retour en Allemagne, j'ai repris une Classe A, mais qui faisait moins de bruit, une diesel, qu'on remarque moins. Ça me correspondait davantage.

Le jour où Christopher Jullien est devenu un goaleador de Ligue 2 ?
Dans le train qui m'a emmené de Fribourg à Dijon (où il a été prêté en 2015-2016) avec mes agents. On parlait des objectifs à atteindre. Je leur dis : "J'ai envie de faire un pari avec vous. Si on monte en Ligue 1, vous me devez des vacances. Et cette année, je me vois bien marquer entre huit et dix buts." On me répond : "Mais tu te rends compte de ce que c'est huit ou dix buts ?" En plus, on avait remarqué que Frédéric Sammaritano venait d'arriver à Dijon et qu'il était un bon tireur de coup franc. On a donc parié. Et tout ce qu'on a écrit s'est produit (NDLR : il a inscrit neuf buts en Ligue 2, sur six passes décisives de Sammaritano). Les buts se sont enchaînés. J'étais à cinq buts au bout de la neuvième journée. À ce moment-là, tu te rends compte que le foot va très vite. On est fin septembre, et deux ou trois mois avant, j'étais au fin fond de la réserve en Allemagne. Complètement délaissé. Fin septembre, je reçois le trophée de meilleur joueur du mois, des propositions arrivent déjà de partout... À la fin de la saison, mes agents m'ont offert une semaine de vacances à Barcelone avec ma copine.
«On m'a expliqué que le Stade Toulousain était l'équivalent du Real Madrid au niveau du palmarès»
Le jour où Christopher Jullien s'est rendu compte que le rugby était plus populaire que le foot à Toulouse ?
(Il explose de rire) C'était lors de ma deuxième journée à Toulouse, quand j'ai regardé les affiches en me baladant dans la ville pour la première fois. Je vois des affiches de rugby partout, et je me dis : "Mais nos affiches à nous, elles sont où ?" En parlant avec des gens, j'ai constaté que le rugby était souvent évoqué. J'aime bien le football américain, mais pas du tout le rugby. Et je demande alors pourquoi le Stade Toulousain est si réputé. On m'a expliqué que c'était l'équivalent du Real Madrid au niveau du palmarès. Ça m'arrive de croiser des joueurs toulousains lorsqu'on fait de la cryothérapie. Quand je les entends parler de détermination et de motivation, je trouve que ça ressemble un peu au foot.

Le jour où Christopher Jullien a remarqué qu'il était en train d'effectuer une excellente saison en Ligue 1 ?
Ça ne m'est pas encore arrivé. Pour moi, pour le moment, notre saison est bonne. Quand j'ai des proches qui me parlent et qui me disent : "Vous êtes quatrièmes de Ligue 1, etc." je reste toujours sur ma faim. Oui, c'est cool, mais il y a toujours quelque chose qui me reste en travers de la gorge. Je repense aux matches de Caen (0-1) et de Bastia (1-2) par exemple, quand je vois les buts qu'on prend, ça m'énerve tellement. Donc, pour l'instant, ma saison est correcte. Elle sera remarquable quand on sera européen en fin de saison, que j'aurais évité les blessures, et que chaque joueur aura pris du plaisir tout au long du Championnat.»
Timothé Crépin
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pagu39 29 oct. à 11:13

Encore une preuve de "grand niveau" de notre ligue1 .1 seul match à Freiburg en bundesliga et retour en France et là....comme par enchantement....futur international,révélation ,pépite....

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