lenglet (clement) (P. Lahalle/L'Equipe)
Ligue des Champions - FC Séville

Clément Lenglet (Séville) raconté par ceux qui l'ont côtoyé : «Sa carrière va peut-être moins vite que les autres, mais elle ira plus loin»

Encore peu connu du public français malgré ses quatre saisons à Nancy, Clément Lenglet enchaîne les belles prestations à Séville. A l'heure du huitième de finale aller de Ligue des champions contre Manchester United, ceux qui ont côtoyé le défenseur français en dépeignent le portrait.

Patrick Gabriel * : «C'est un garçon fiable dans la vie de tous les jours»

«On suivait Clément à Chantilly. Il a toujours montré une détermination, une rigueur, un professionnalisme tout au long de sa formation. Il a su passer les étapes rapidement. Dans toutes les générations, c'était un des plus précoces parce qu'il avait une idée très précise du métier de footballeur et de son avenir. Il a toujours voulu devenir footballeur professionnel. Il a un peu perdu de temps quand j'ai pris l'équipe parce qu'il s'était blessé mais on savait que son heure arriverait très vite. Il a un charisme naturel, sans hausser le ton, sans crier. Clément, c'est très propre, très concis, très net. Quand il dit un truc, ça va à l'essentiel, sans fioritures et sans exagérations. Que ce soit au niveau scolaire ou au niveau sportif, il était toujours très carré dans son fonctionnement. Sur le terrain, il manquait peut-être un peu de vivacité sur les premiers appuis à l'époque mais je sais qu'il fait un gros travail en Espagne sur la force, l'explosivité. Il ne laisse rien passer sur de nombreux détails, notamment sur son hygiène de vie, son poids. Il a une très bonne technique, une très bonne relance avec son pied gauche. C'est un garçon fiable dans la vie de tous les jours. Un an ou deux avant son départ, il avait refusé d'aller à la Juventus parce qu'il voulait être titulaire. Il a fait le bon choix au bon moment.»

* directeur du centre de formation de Nancy avant d'être son entraîneur en équipe première en 2013

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Pablo Correa * : «Il a tout, comme s'il avait déjà 30 ans. C'est l'avantage qu'il a sur les autres»

«Je l'avais mis capitaine de l'AS Nancy-Lorraine à 19 ans, ça voulait dire qu'il avait déjà une grosse maturité sur le terrain. Pour être défenseur central, il faut beaucoup de qualités, mais il faut surtout une intelligence de déplacement, la facilité à comprendre, la nécessité de guider ceux qui sont à côté de lui. Les premières années à Nancy, on jouait sur synthétique, et repartir de l'arrière impliquait une justesse beaucoup plus importante. Il a montré des qualités très tôt : force au duel, détente et un bon jeu au pied. Il n'y avait pas besoin de lui expliquer les choses trois fois. Il a une approche très professionnelle à l'entraînement, avec un dépassement de soi. Quand il est parti à Séville, je disais que la première année, il allait apprendre, qu'il serait très bon la deuxième année et qu'il serait vendu la troisième année, parce qu'il est fait pour viser encore plus haut. Il y en a qui flambent à 17 ans et qui ne confirment pas après ; lui est passé par toutes les étapes, il a besoin de temps mais il est constant. Quand il est arrivé chez les pros, on voyait où il voulait aller. Il ne s'est jamais précipité dans ses choix, c'est quelqu'un de réfléchi. Sa carrière va peut-être moins vite que les autres, mais elle ira plus loin. Il est très critique avec lui-même aussi. En fait, il a tout, comme s'il avait déjà 30 ans. C'est l'avantage qu'il a sur les autres. Quand je ne travaillais pas et qu'on discutait par texto, il écrivait en espagnol, alors que ça ne faisait que quelques mois qu'il était en Espagne. Il a une démarche intelligente au-delà du football. Il se donne tous les moyens pour réussir. Je pense qu'on parlera de lui pendant un bon moment.»

* son entraîneur à Nancy entre 2013 et 2017

Pape Diakhaté * : «Voir un jeune avec cette mentalité-là de nos jours, c'est très rare»

«C'est une très bonne personne qui dégage une très grande maturité. C'est quelqu'un qui aime le duel, le combat. Il est très intelligent, il a un très bon jeu long, il sait relancer quand il faut, et dans son jeu il essaie aussi de juger tous les risques pour l'équipe. Avec lui et Benoît Pedretti, on arrivait toujours les premiers dans le vestiaire. Voir un jeune avec cette mentalité-là de nos jours, c'est très rare. Quand je l'ai vu jouer, je me suis dit qu'il pouvait devenir un très grand joueur. A l'entraînement ? Toujours à 100%. J'allais à la muscu pour faire des abdos, du gainage, et il venait avec moi presque tous les jours.
«Je garde le souvenir de quelqu'un de très bien éduqué, très posé»
À son âge, il faut du caractère et du leadership pour jouer dans une défense centrale. Je suis arrivé au moment où il est devenu capitaine, au moment où Nancy montait, et il était impressionnant de par ses prestations. Je garde le souvenir de quelqu'un de très bien éduqué, très posé. Quand j'ai entendu qu'il pouvait signer à Séville, je m'étais dit que la Liga pouvait lui aller. Le fait de goûter à l'Europe, c'est très important pour réussir à franchir un palier. Il a une très grosse marge de progression, il ne s'est pas reposé sur ses lauriers en arrivant à Séville. Il faut qu'il continue comme ça, on est fier de lui.»

* son coéquipier à Nancy en 2016

Jean-Claude Giuntini * : «Il était aussi très centré sur la réussite scolaire, il était souvent le premier à faire ses devoirs»

«Je l'ai eu pendant deux ans. Il n'était pas forcément titulaire au début mais il a gagné sa place. D'abord en latéral gauche puis il s'est rapidement positionné dans l'axe. Ce qui le caractérisait, c'est que ce n'était pas forcément le garçon le plus en vue de sa génération, mais c'était quelqu'un de très appliqué, très déterminé, et qui prenait toujours plaisir à analyser ses performances. Il était tenace et engagé dans tout ce qu'il faisait. Il a construit son évolution tranquillement et par palier. Ses principales qualités ? L'anticipation, la lecture du jeu sur les trajectoires, et sa relance. A force d'humilité, de travail et d'engagement, il a beaucoup progressé. C'est un joueur à maturité décalée, mais on sentait déjà qu'il était concentré sur lui et surtout sur les autres. Il avait une maîtrise émotionnelle et dégageait de la confiance. Il ne cherchait pas à se mettre en avant, il était toujours très respectueux. Il était aussi très centré sur la réussite scolaire ! Il était souvent le premier à faire ses devoirs et le dernier à les terminer.»

* son entraîneur en équipe de France U17
Avec les Bleus, Clément Lenglet est passé par toutes les catégories. En attendant une première convocation en équipe première ? (F. Faugere/L'Equipe)
Avec les Bleus, Clément Lenglet est passé par toutes les catégories. En attendant une première convocation en équipe première ? (F. Faugere/L'Equipe)

Matthieu Quesmel * : «Ce n'est pas quelqu'un qui est dans la précipitation, c'est l'une de ses plus grandes qualités»

«Être footballeur professionnel, ç'a toujours été un objectif depuis son plus jeune âge. À l'époque, avant de partir à Chantilly, il ne jouait pas encore défenseur. Il était milieu offensif et admirait Ronaldinho et Zidane. Après, il a été repositionné latéral gauche avant de finir en défense centrale une fois à Nancy. C'était un vrai passionné ! Il a une grosse détermination, un très grand caractère, travailleur et courageux. Mais d'un autre côté, c'est quelqu'un de très calme, à l'écoute, qui est toujours dans la réflexion. Au moment où il est parti à Séville, il se sentait prêt. Il est très proche de ses parents et son entourage avait senti que c'était le moment opportun pour franchir un pallier. Mais il a toujours été patient, ce n'est pas quelqu'un qui est dans la précipitation, c'est l'une de ses plus grandes qualités.
À Séville, il s'épanouit, il se sent bien là-bas. Je suis allé le voir récemment. C'est quelqu'un d'assez casanier mais quand on sortait en ville, il lui arrivait de se faire arrêter par les supporters. Clément a toujours été ouvert au public, il se rend très disponible dès que le temps lui permet. L'équipe de France ? Comme tous les joueurs français de son niveau, c'est un objectif. Mais il ne se met pas la pression. Ca viendra quand ça viendra. Pour le moment, il reste concentré sur Séville mais si les portes s'ouvrent un jour, il prendra son ticket !»

* ami d'enfance et coéquipier à l'AS Montchevreuil et à l'US Chantilly
Jérémie Baron Antonin Deslandes 
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