Pour avoir insulté Raymond Domenech à la mi-temps du match contre le Mexique, à la Coupe du monde 2010, Nicolas Anelka a écopé de 18 matches de suspension. (P. Lahalle/L'Equipe)
Bleus

Comme Adrien Rabiot, ils se sont rebellés contre une décision de leur sélectionneur

Frustré de ne pas avoir été retenu par Didier Deschamps dans la liste des 23 Bleus pour la Coupe du monde en Russie, Adrien Rabiot a écrit à la FFF qu'il ne souhaitait pas faire partie des réservistes. Le milieu du PSG n'est pas le premier joueur Français à s'emporter contre une décision de son sélectionneur.

Cantona et le «sac à merde»

À l'été 1988, Éric Cantona n'est pas encore le «King». Il vient tout juste de s'engager avec l'OM et ne compte que cinq sélections en équipe de France, mais son caractère est déjà bien affirmé. Après sa non convocation pour le match amical contre la Tchéquoslovaquie, au mois d'août, le Marseillais de 22 ans compare Henri Michel à un «sac à merde» et assure qu'il ne portera plus le maillot des Bleus tant que le sélectionneur «y sera à sa tête».
«Ne me parlez plus de lui, lance Cantona à Strasbourg devant la caméra de Stade 2 et un envoyé spécial de L'Équipe. Je ne le connais plus. Ce n'est pas mon genre de vouloir aller dans une équipe où le sélectionneur ne m'apprécie pas, ne m'aime pas.» Michel lui préfère alors Gérald Passi. Cantona déplore la forme et ressent le «besoin de vider [s]on sac». Il sera suspendu 10 mois par la FFF et retrouvera les Bleus un an plus tard, sous les ordres de Michel Platini. «Je souhaite qu'on s'aperçoive rapidement qu'il est un des plus incompétents sélectionneurs du football mondial, renchérira-t-il au sujet de Michel. Un sélectionneur doit avoir comme première qualité la psychologie et la correction. [...] Il a agi incorrectement avec moi.»

Anelka exige de Santini «qu'il s'agenouille» devant lui

Avant ses fameuses insultes envers Raymond Domenech et son exclusion du groupe France en plein Mondial 2010*, Anelka s'était déjà signalé en déclinant une convocation en 2003, frustré par un supposé statut de «bouche-trous». Alors sous contrat avec Manchester City, l'avant-centre de 24 ans avait refusé de pallier le forfait de Sidney Govou, blessé de dernière minute, et exigé du sélectionneur de l'époque, Jacques Santini, «qu'il s'agenouille devant» lui et «s'excuse». «Je fais mon chemin sans l'équipe de France, avait alors lancé Anelka dans une interview à Paris Match. Au fond, je remercie aussi son prédécesseur (Roger Lemerre) de ne pas m'avoir sélectionné pour le Mondial en Asie (2002), vu la catastrophe qui s'est produite. J'ai au moins évité ça.»
*suspendu 18 matches, Anelka n'a plus jamais porté le maillot de l'équipe de France.

Benzema, Deschamps et la «pression raciste d'une partie de la France»

Mis en examen en novembre 2015 pour «tentative de chantage ou complicité et participation à une association de malfaiteurs» dans l'affaire de la sextape de Mathieu Valbuena, Karim Benzema (30 ans, 81 sél.) n'a plus été appelé par Didier Deschamps depuis plus de deux ans et demi. Frustré par sa non convocation pour l'Euro, en 2016, il avait répondu à Marca que son sélectionneur avait «cédé sous la pression d'une partie raciste de la France», tout en assurant bien s'entendre avec lui. «Je n'ai aucun problème avec le sélectionneur mais je sais que tant qu'il sera là, je ne serai pas appelé», a répété l'avant-centre du Real à l'automne dernier sur le plateau du Canal Football Club.

Pirès et «l'ego surdimensionné» de Domenech

Champion du monde en 1998, Pirès ne s'est jamais senti reconnu à sa juste valeur par Raymond Domenech. Il a connu une fin de parcours au goût amer avec les Bleus, remplacé à la mi-temps d'un match à Chypre, le 13 octobre 2004. Après cette 79e et dernière sélection, à 31 ans, l'ailier international (44 ans), finaliste de la Ligue des champions moins de deux ans plus tard, reprochera au sélectionneur son «attitude» à son égard dans les colonnes de France Football : «Rien ne me permet de penser qu'il me fait confiance à 100%. Non, j'ai l'impression d'être à l'école, d'avoir 20 ans et de commencer à jouer au foot.» Pirès ne sera plus appelé et raillera encore «son avis d'incompétent aigri à l'ego surdimensionné» à la sortie du livre de Domenech, en 2012, dénonçant «ses méthodes d'incapable» dans une interview au Parisien.
Eux aussi ont connu des difficultés en équipe de France

Mexès trouvait Domenech «antipathique»

Annoncé comme le successeur de Laurent Blanc, qui fera de lui le premier capitaine de son mandat en 2010, Mexès n'a jamais trouvé grâce aux yeux de Raymond Domenech, son prédécesseur. Aujourd'hui à la retraite, le défenseur toulousain (36 ans, 29 sél.) n'a porté le maillot des Bleus que sept fois entre 2004 et 2010, privé de deux Coupes du monde (2006, 2010) et d'un Euro (2008). Il s'était plaint publiquement des choix de son sélectionneur dès 2007, dans la presse italienne, avouant alors le trouver «antipathique» : «Moins j'en entends parler, mieux c'est, c'est la Roma qui m'a fait grandir et qui me donne des satisfactions.»
Mexès n'appréciait pas Domenech. (LAHALLE/L'Equipe)
Mexès n'appréciait pas Domenech. (LAHALLE/L'Equipe)
Son sélectionneur lui redonnera sa chance l'année suivante, avant que le naufrage en Autriche (1-3) ne le compromette de nouveau. «Au début de l'ère Domenech... je ne me sentais pas intégré [...], je n'étais pas bien, développera Mexès dans L'Équipe en 2012. Quand je venais en équipe de France, j'étais pressé de rentrer à la maison, voir mon fils, ma famille, j'étais malheureux. Pour moi, il y avait une équipe et je n'avais rien à faire là. Mais bon, vu que j'étais convoqué, j'y allais. Mais vous regardez, j'étais souvent blessé : c'était psychologique. Je me sentais inutile. J'aurais préféré ne pas y être. Quand j'arrivais, j'avais le cafard.»
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