meunier (thomas) toko ekambi (karl) (S. Mantey/L'Equipe)
CDF - Finale

Coupe de France, Angers-PSG : Karl Toko Ekambi, le Parisien

Il est né à Paris, a grandi dans le XIIIe arrondissement de la capitale, a galéré puis s'est révélé chez les pros dans la Ville Lumière, et s'apprête a jouer une finale de Coupe de France face au PSG. Pour l'attaquant angevin Karl Toko Ekambi, c'est le match d'une vie.

Son enfance parisienne

«On jouait tout le temps en bas de la maison, dans le quartier ou sur le terrain à côté, dans le XIIIe arrondissement. C'est comme ça que je me suis éveillé au foot. Je jouais aussi en salle deux fois par semaine. Le foot, c'était un peu la seule chose qu'on pouvait faire facilement.»

Le PFC, son premier club

«J'avais six ans. À la base, ma mère m'avait emmené au Paris Saint-Germain, et ça s'était très bien passé. Mais à cet âge-là, c'était trop compliqué de faire les allers-retours entre le XIIIe et Saint-Germain-en-Laye. Donc j'ai finalement commencé au Paris FC, où je suis resté jusqu'à mes seize ans. Je commençais à avoir des sollicitations de clubs pros, mais je me suis blessé au genou et elles ont disparu. À l'époque au PFC, il n'y avait pas trop de suivi médical, l'équipe U16 était en plus descendu d'un niveau... Tout ça m'a un peu fait chier, donc j'ai décidé d'arrêter.»

Près de deux ans loin du foot

«C'était un cauchemar de voir mon rêve professionnel s'envoler. Je ne faisais rien de spécial en dehors de l'école, qui n'était pas une priorité... Je n'avais plus d'ambition dans le foot, mais je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire plus tard... Aucun métier en tête. Et puis j'avais des potes qui jouaient au club des Gobelins, juste à côté de chez moi, donc j'y suis allé. Il n'y avait pas de pression, parfois j'arrivais vingt minutes avant le coup d'envoi, pendant l'échauffement... Comme j'étais plus fort que les autres, je me permettais un peu tout. Je m'amusais, je jouais, je marquais... Et puis mon coach a parlé de moi à un de ses amis du PFC. Il estimait que c'était du gâchis, donc avec mon frère, ils m'ont un peu pris la tête pour que j'y retourne, que je retente ma chance.»

L'explosion en National

«À la base, j'y allais pour voir, comme ça, et puis les premiers matches en U19 se sont très bien passés. Du coup, j'ai signé un contrat fédéral en janvier 2011, en m'entraînant avec l'équipe première (en National) et en jouant avec la réserve. Dès que j'ai senti qu'on comptait sur moi, j'ai retrouvé mes ambitions et je me suis remis sérieusement au travail. Le foot est redevenu ma priorité, et mon frère m'a poussé aussi. Ça a porté ses fruits avec une saison à 14 buts...»
Karl Toko Ekambi (quatrième en partant de la gauche), époque Paris FC. (B. Desprez/L'Equipe)
Karl Toko Ekambi (quatrième en partant de la gauche), époque Paris FC. (B. Desprez/L'Equipe)

De Paris à Sochaux, le grand écart

«Ça n'a pas été dur de quitter Paris, parce que je m'y étais préparé. C'était devenu une évidence de franchir le cap, de passer professionnel. J'étais fier et déterminé. Je savais pourquoi j'allais là-bas, donc le changement de vie a été plutôt facile, d'autant que j'étais accompagné de ma femme. Bon, je faisais quand même pas mal d'allers-retours le week-end. (Rires.)»

Son quartier

«J'y reviens souvent, tout le monde est fier de moi là-bas. Et puis rien n'a changé entre nous, c'est ça, le plus important. C'est fort parce que ma trajectoire a surpris beaucoup de monde, je suis devenu un exemple à suivre. Je sais que le quartier va se déplacer pour la finale, j'aurai du soutien ! Ils viennent déjà à quinze ou vingt pour les matches à Angers, alors là, ils seront bien plus nombreux !»

MC Loka, son alter ego rappeur

«J'ai mis ça de côté depuis 2010. À l'époque, c'était pour la rigolade, un truc de quartier. C'est devenu un projet sérieux (le collectif MZ, ndlr) au moment ou j'en suis parti. J'avais un choix à faire, je me suis concentré sur le foot. J'ai réussi, eux aussi, puisqu'ils sont aujourd'hui disque d'or, donc je les félicite, ça fait du bien à notre quartier. J'ai suivi de près leur évolution, évidemment.»

Angers et ses titis parisiens

«Déjà, par rapport à Sochaux, c'est plus facile à vivre parce que c'est une plus grande ville... et puis, c'est plus proche de Paris. (Rires.) Il y a en plus pas mal de Parisiens dans l'équipe : Ismaël Traoré, Jonathan Bamba, Alexandre Letellier, Nicolas Pépé... Ça va nous faire drôle. Déjà, jouer le PSG en Championnat, c'est particulier, alors en finale de la Coupe de France...»

Une finale au Stade de France face au PSG

«Ça va être très riche en émotions, parce que c'est un rêve pour tout jeune Francilien de jouer au Stade de France, qui plus est face au PSG... J'étais supporter étant gamin, même si je n'allais pas souvent au Parc. En revanche, je me souviens très bien de ma première au Stade de France : un match France-Cameroun en 2000. 1-1, avec un retourné de Patrick Mboma... C'est resté gravé. Dès que je suis sur le terrain, par contre, je ne me laisse jamais prendre par l'émotion. Quand j'ai joué sur la pelouse du Parc contre le PSG, ça ne m'a rien fait de spécial. En fait, je suis parti de tellement loin que je ne rêve plus.»
Propos recueillis par Cédric Chapuis
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