guerin (vincent) enjolras (olivier) (PICHON/L'Equipe)

Coupe de France : il y a 20 ans, Clermont éliminait le PSG au bout d'un match complètement fou (4-4, 4 t.a.b. à 3)

Le 1er mars 1997, le Clermont Foot, alors en quatrième division, réalisait un authentique exploit en éliminant le PSG de Raï, Lama, Le Guen, Dely Valdes (4-4, 4 t.a.b. à 3)... après avoir été mené 4-1 ! L'ancien gardien auvergnat Olivier Enjolras raconte cette folle soirée.

Un naufrage, une grosse panne, une faute professionnelle... Mais aussi (surtout ?) un exploit immense et authentique. Ce samedi 1er mars 1997, le ciel est tombé sur la tête du Paris Saint-Germain, qui menait pourtant 4-1 à vingt minutes de la fin de son huitième de finale de Coupe de France à Clermont-Ferrand, avant de tomber finalement aux tirs au but au bout d'une soirée absolument dingue. Alors pensionnaire de Nationale 2 (actuel CFA), le club auvergnat réalise ce soir-là un come-back inimaginable.

«Le coach nous avait demandé de ne pas les regarder dans le couloir, pour ne pas être trop intimidés, rembobine Olivier Enjolras, gardien de but clermontois de 1994 à 2002. On a essayé, mais ils étaient juste à côté... Nous, on ne les voyait qu'à la télé et là ils étaient à un mètre de nous ! Jouer contre eux, c'était énorme. Pendant 60% du match, on prend le bouillon, on perd 4-1, et puis il y a cette folle remontée. Je ne sais pas si on peut trouver une explication. Il y a sûrement un relâchement de leur part, et de notre côté on s'est lâché et puis on a aussi eu beaucoup de réussite !»

Du talent et de l'abnégation aussi, après que Benoît Cauet (13e), Dely Valdes (25e), Raï (59e) et Patrice Loko (68e) aient fait respecter la hiérarchie. À vingt minutes de la fin de la partie, les Parisiens mènent donc 4-1. Sereins. Trop sereins. C'est alors que le match bascule dans la folie à la faveur d'un but opportuniste de Christophe Chastang, grand supporter... du PSG. Les attaquants clermontois sont déchaînés, la défense parisienne est dépassée. «Le moment le plus important, c'est quand on marque le quatrième but, estime Enjolras. Là, c'est magique... À partir de ce moment-là, tout est possible, on sait qu'on a déjà fait quelque chose d'énorme.» À la 88e minute, Bruno Ngotty envoie donc dans ses propres filets un centre a priori anodin pour offrir au public clermontois une improbable prolongation.

Calcul mental, Vercingétorix et Téléfoot

Viennent ensuite les tirs au but, instant choisi par Olivier Enjolras pour enfiler la tunique de super héros. Paul Le Guen puis Vincent Guérin échouent face à ce Clermontois de naissance, qui met quelques secondes à comprendre que la séance est terminée, et que l'exploit volcanique est total. «Je recompte dans ma tête, histoire de ne pas passer pour un con (rires). Et puis après pfff, je ne sais pas, je laisse éclater ma joie... J'essaie de vivre l'instant présent.» L'instant présent, c'est un sprint en solitaire jusqu'à l'autre bout du terrain, puis une posture restée gravée, à califourchon sur une barre transversale pour arranger les supporters.

«J'avais envie de me laisser porter par la liesse, m'amuser. Et puis c'est un peu symbolique quand on connaît Clermont-Ferrand. Ça représentait un peu Vercingétorix sur la place de Jaude, à cheval, en train de brandir son glaive. C'était dans cet esprit-là, et c'est sans doute pour ça que l'image est restée.» Une invitation sur le plateau de Téléfoot, le lendemain matin, empêche Olivier Enjolras de «profiter jusqu'au bout de la nuit» avec ses partenaires. Mais il voyage vers Paris le coeur léger : «Dans le vestiaire, il y avait des sourires partout. J'ai en tête l'image d'un homme de 65-70 ans qui serrait dans ses bras deux gamins de 16-18 ans, maquillés en rouge et bleu... Ils avaient les larmes aux yeux. Ça marque...»

«J'avais envie de me laisser porter par la liesse»

Olivier Enjolras fête la qualification héroïque de Clermont face au PSG. (L'Equipe)

Le cadeau de Bernard Lama

Dans le vestiaire, Enjolras rencontre également son adversaire du soir, Bernard Lama. «Il était passé pour nous féliciter. Un joueur et un homme très sympa. J'ai toujours mon maillot du match et le sien. Mais il m'avait aussi envoyé son maillot de Championnat quelques semaines plus tard. C'était magique, très classe de sa part.» Des souvenirs de cette soirée hors du temps, celui qui occupe toujours un poste au Clermont Foot (responsable logistique) en a à revendre. Suffisant pour en faire le plus grand moment de sa carrière ?

«Je le répète sans arrêt : c'est un super moment, inoubliable, mais pour moi les montées ont toujours été plus significatives, parce que c'est la récompense de toute une année de travail, coupe-t-il. En revanche, cet exploit a marqué le renouveau du Clermont Foot. Ç'a relancé le club, qui avait des ambitions mais était un peu dans le dur. Il y avait un trou dans le budget, les résultats en Championnat étaient moyens... Et puis il y a eu cette aventure en Coupe qui a tout fait repartir...»

Cédric Chapuis