kita (franck) benavente (cristian) (V.Michel/L'Equipe)
Ligue 1

Cristian Benavente, l'accent péruvien du FC Nantes

Il est l'un des nouveaux visages d'une Ligue 1 qui a succombé cet été aux charmes du Pérou. Après Miguel Trauco et dans l'attente de Miguel Araujo à Nantes, c'est Cristian Benavente qui a posé ses valises sur les bords de l'Erdre. Portrait d'un joueur à la trajectoire singulière.

Au milieu de ce tohu-bohu que fut l'été du FC Nantes, la présentation de Cristian Benavente s'est faite sans bruit, éclipsée par le capharnaüm administratif et le changement d'entraîneur dont les Canaris ont été le théâtre en à peine deux semaines. Si l'arrivée de ce fin manieur de ballons n'a généré que peu d'engouement aux abords de la Beaujoire, c'est que le nom du Péruvien n'a pas grand écho dans l'Hexagone, d'autant qu'il n'était pas de la troupe qui a surpris son monde en atteignant la finale de la dernière Copa America. Qu'attendre de ce voyageur effréné qui a roulé sa bosse en Europe, de l'Espagne à la Belgique en passant par l'Angleterre, et qui débarque d'Egypte sous la houlette de l'omniprésent agent Mogi Bayat ?

Né à Alcala de Henares d'un père espagnol et d'une mère péruvienne, Cristian Benavente y fait ses premières gammes, avant d'intégrer le prestigieux centre de formation du Real Madrid à tout juste huit ans. Une consécration vite arrivée qui ne brûle pas pour autant les ailes du jeune Cristian. Ami intime du clan Benavente et journaliste à Marca, Juan Castro se remémore : «Il a toujours été titulaire dans les équipes de jeunes et avec la Castilla, y compris quand Zinédine Zidane en était l'entraîneur.» Sous les ordres de l'actuel technicien merengue, Benavente cotoie Nacho, Lucas Vazquez ou Mariano Diaz. Contrairement à ces trois-là, il finit par être poussé dehors ses vingt et un printemps à peine fêtés. «Le Real ne peut pas garder tous ses jeunes. Les dirigeants ont dû estimer qu'il n'avait pas les qualités requises pour l'équipe première», déplore Juan Castro.

Une traversée du désert en Angleterre avant l'explosion en Belgique

Pas question de tergiverser en Espagne pour le numéro 30, qui voit l'appel du MK Dons comme un tremplin idéal pour parfaire sa formation. Un choix osé, tant la culture anglaise diffère du football ibérique. Pour Dorian Dervite, rival d'une année avec Bolton et futur partenaire à Charleroi, les qualités du joueur sont déjà incontestables. «Techniquement, je me souviens d'un mec au-dessus du lot. Simplement, son style ne convenait pas au Championship, qui est beaucoup basé sur le kick-and-rush, les duels, le second ballon». Effectivement, le Péruvien est à la peine en Angleterre, où il se contente de miettes (cinq petites apparitions). Charleroi lui tend alors la main, une bénédiction.

En trois ans en Wallonie, Cristian Benavente se retrouve propulsé sur le devant de la scène et devient l'un des tous meilleurs éléments offensifs du pays. «Quand il est arrivé chez nous en Belgique, au début, il n'a pas beaucoup joué», se souvient Felice Mazzu, qui l'a coaché deux ans à Charleroi. «C'est un très beau joueur de football, mais il devait apprendre à faire les courses défensives. A force de travail, il s'est imposé comme un titulaire indiscutable à Charleroi. Il a débloqué pas mal de situations et est devenu l'un des joueurs les plus créatifs de Belgique». Ses statistiques convenables (huit et neuf buts sur les deux dernières saisons) attirent le regard de Turki Al-Sheikh, mécène saoudien aux ambitions illimitées avec son nouveau jouet, le Pyramids FC. La brève parenthèse ne dure qu'un an, et l'escouade égyptienne consent à prêter son pari à six millions d'euros au FC Nantes.

Nantes, une étape avant un retour en sélection ?

Avec son homonyme Gourcuff, Cristian Benavente pourrait bien avoir trouvé son mentor. Si le sacro-saint 4-4-2 mûri par Gourcuff père ne lui est pas taillé sur mesure, une position de neuf et demi derrière Kalifa Coulibaly lui siérait sans doute à merveille. «C'est un numéro 10 qui se sent à l'aise en restant proche de l'attaquant. Il peut aussi évoluer sur un côté, mais il aura tendance à rentrer systématiquement dans l'axe», précise Dorian Dervite. Là où le FC Nantes a connu un fort déficit de créativité par le passé, "El Chaval" (le gamin) devrait amener sa large palette technique et son sens du déplacement, ses deux points forts. «Gourcuff, c'est un coach pour lui. Il aime le beau jeu, et Cristian est un vrai beau joueur de football. A Charleroi, on était dans un système plus défensif, en contre. Avec un coach qui aime le jeu vers l'avant, les bonnes phases de jeu, il va se régaler», abonde Romain Grange, qui l'a lui aussi côtoyé en Belgique.

Autre particularité du droitier, il se sert aisément des deux pieds. «A l'entraînement, quand on faisait des trois contre trois, on avait du mal à défendre sur lui car il portait le ballon des deux pieds. Des fois, c'était limite s'il ne le conduisait pas mieux du gauche !», poursuit Grange. Et ne comptez pas sur ce joueur de poche (1,72 m) pour rechigner au combat. «Quand je l'ai revu à Charleroi, il avait pris un bon cinq kilos de muscles, et il s'était vachement renforcé. Ce n'est pas seulement un joueur technique, il tient bien sur ses jambes aussi», précise son ami Dorian Dervite. Un joueur complet donc, mais largement perfectible. «A mon époque, il n'était pas toujours régulier dans ses performances. C'est un jeune joueur, et plus il prendra de l'expérience, plus il gagnera en régularité», nuance Felice Mazzu, qui sait mieux que personne que le bonhomme a encore tout à prouver.
Avec seize capes en sélection péruvienne (la dernière en 2018), Cristian Benavente espère gagner en exposition dans la Cité des Ducs. Une exposition qu'il avait perdue en Egypte. «Peut-être que financièrement, ça ne se refusait pas, mais médiatiquement c'était bien moins intéressant que les Championnats belge ou français. S'il est performant à Nantes, ça devrait lui rouvrir les portes de la sélection», espère Romain Grange. Mais le petit brun part de loin dans l'esprit du sélectionneur Ricardo Gareca. «A son poste, Gareca a une affinité particulière avec Cristian Cueva. Quand il appelait Benavente, il le faisait jouer quinze ou vingt minutes et sur un côté». Avec les arrivées conjointes de Trauco et Benavente, c'est en tout cas le Pérou dans son ensemble qui devrait jeter un œil bien plus attentif à notre Ligue 1.
Corentin Rolland
Réagissez à cet article
500 caractères max
Gaucho 24 août à 9:04

On dirait bien que la Famille Kita cherche å rendre le FCNA le plus attractif possible afin de le vendre pour les 100 millions escomptés. Y aurait-il un repreneur en attente et encore dissimulé pour le moment ?

ADS :