(L'Equipe)

Daniel Passarella (Argentine), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

9 mai - 14 juin : dans exactement 36 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante-cinquième épisode avec Daniel Passarella.

Son histoire avec la Coupe du monde

Daniel Passarella est considéré comme l'un des meilleurs libéros de l’histoire du football argentin. Deux ans après avoir brillé au Tournoi de Toulon lors duquel il a été élu meilleur joueur, il est propulsé capitaine de la sélection pour la Coupe du monde 1978 à domicile. A vingt-cinq ans, le défenseur rugueux s’impose déjà comme un meneur d’hommes. L’Argentine termine la première phase de groupes à la deuxième place, derrière l’Italie. Passarella transforme un penalty - son seul but dans ce Mondial - face à la France (2-1) lors du deuxième match. La seconde phase est un peu plus compliquée mais l’Albiceleste se qualifie pour sa première finale depuis 1930 en écrasant le Pérou (6-0), alors qu’elle devait gagner par plus de trois buts d’écart pour finir devant le Brésil. La formation dirigée par César Luis Menotti vient à bout des Pays-Bas (3-1 a.p.) en prolongation. L’Argentine remporte la Coupe du monde pour la première fois de son histoire et Passarella a le privilège de soulever le trophée au Monumental (voir ci-dessous).

Quatre ans plus tard, il participe au Mondial 1982 en Espagne, toujours en tant que capitaine. Mais l’issue est moins heureuse pour l’Argentine, éliminée au deuxième tour, terminant dernière d’un groupe composé du Brésil et de l’Italie, futur vainqueur du tournoi. Malgré cette déception, «El Gran Capitan» plante deux fois, contre le Salvador (2-0) et l’Italie (1-2). En juin 1985, le Pérou est proche de priver l’Argentine de la prochaine Coupe du monde mais la frappe croisée de Passarella heurte le poteau, avant que Ricardo Gareca ne pousse le ballon au fond (2-2). Le natif de Chacabuco fait partie du groupe de Carlos Bilardo pour ce Mondial au Mexique en 1986 mais perd son brassard de capitaine, au profit d’un certain Diego Maradona, avec qui les relations sont tendues. Touché par une blessure et des problèmes intestinaux, Passarella ne joue pas une seule minute et assiste au nouveau sacre argentin en finale contre l’Allemagne de l’Ouest (3-2), à Mexico. Sans jouer, il devient alors le seul joueur de l’Albiceleste à avoir remporté le trophée à deux reprises. Depuis, l’Argentine n’a toujours pas décroché une troisième étoile...

Le moment marquant

Il est difficile d’imaginer ce qu’a pu ressentir Passarella le 25 juin 1978. Ce jour-là, le capitaine de l’Albiceleste avait eu le privilège de recevoir le trophée des mains du général Jorge Videla. C’était alors la première Coupe du monde remportée par l’Argentine. «Quand on reçoit la Coupe, on se sent dans un état second, comme un orgasme sans fin (…) Il faut l’avoir vécu pour comprendre», confiait-il dans un entretien sur le site de la FIFA. Les Argentins étaient venus à bout des Pays-Bas en prolongation (3-1 a.p.) et Mario Kempes avait inscrit un doublé. Dans l’environnement hostile du stade Monumental, les Néerlandais s’étaient plaints des nombreuses intimidations et des conditions particulières dans lesquelles le match s’était déroulé. Malgré ces soupçons et ces critiques, Passarella considère toujours cette victoire comme un tournant : «La première, en 1978, a correspondu à un changement de statut pour le football argentin.»

Le chiffre : 2

Comme le nombre de fois que Passarella a gagné la Coupe du monde (1978, 1986). Ils sont nombreux dans ce cas - notamment au Brésil avec les titres de 1958 et 1962 - mais «El Gran Capitan» est le seul en Argentine à pouvoir se vanter d’avoir soulevé deux fois le trophée, même s’il était remplaçant lors du second sacre.

L'archive de FF

En pleine Coupe du monde au Mexique, Daniel Passarella accordait un entretien à FF, le 30 juin 1982, trois jours avant un match contre le Brésil (1-3). En préambule de cette interview, FF dressait un court portrait du libéro. «Le général s'appelait Videla, le capitaine s'appelait Passarella. Le premier remit le trophée au second qui le brandit bien haut au-dessus de sa tète tandis que l'Argentine, bouleversée de bonheur et de fierté, se retrouvait soudainement cul par-dessus tête. Dans le ciel, des milliers de papiers voltigeaient ; sur terre Galvan s'effondrait en larmes dans les bras de Menotti, la folie régnait, et tant et tant de joie que le visage dur et sévère, au profil de chef indien du porteur de coupe, semblait comme incongru et déplacé dans ce paysage de fête. (…) Le capitaine est toujours là, aussi solide, aussi trapu, aussi massif, avec deux troncs d'arbre en guise de cuisses, un torse puissant et une taille moyenne, une coupe de cheveux en brosse, quand il les avait tombants, sur le front, la dernière fois, et ne parvient pas à dissimuler. L'homme est intransigeant, dur souvent, méchant parfois. C'est un exemple pour tous ses équipiers, qu'il ne pousse pas seulement vers de nouvelles terres à défricher mais qu'il entraîne plutôt, comme un chef se doit de le faire. Quand il part à la rencontre des étoiles pour rabattre une balle de premier but pour Bertoni pour la Hongrie, il sublime sa fonction et quand il descend, son visage déformé est celui d'un prédateur. Daniel Passarella n'a que vingt-neuf ans. Un âge où l'on n'en est plus à rêver, où l'on n'en est pas encore à trembler. L'âge de la plénitude. Elle se dégage de tout ce qu'il fait, mais aussi de tout ce qu'il dit. De ces propos qu'il nous a tenus par une fin d'après-midi étouffante, assis en tailleur sur la pelouse d'un petit stade d'Espagne, loin de son pays, mais tellement près de ses préoccupations, de celles de ses camarades, de son entraîneur. “Maradona est l'homme plus de la sélection“, a dit Menotti. Alors Passarella en est l'homme parfait…»

Clément Gavard