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Gold Cup - Martinique

David Régis (Martinique), avant la Gold Cup : «On n'est pas aidés par la Fédération française»

Samedi, la Martinique entre en lice dans la Gold Cup face au Nicaragua. À cette occasion, David Régis, manager de la sélection, revient sur la manière dont l'équipe aborde le tournoi. (photo : Concacaf)

«À quelques heures de l'entrée dans la compétition de la Martinique, comment va le groupe ?
On est très motivés, et on est prêts. De toute façon, on ne peut plus faire marche arrière. (Rires.) On a hâte de commencer. On est impatients, comme la plupart des équipes. On s'est bien entraînés et acclimatés à notre environnement. On a pris nos repères. L'essentiel, c'est d'être bons sur le terrain.
 
Depuis combien de temps êtes-vous sur place et comment vous êtes-vous préparés ?
Ç'a été un petit peu difficile, parce qu'on sortait de la Coupe des Nations de la Caraïbe. Ça fait cinq jours qu'on est sur place. On a été très bien accueillis, avec de bonnes conditions de travail. On s'est retrouvés ensemble et on a fait le point. On a un petit peu raté notre Coupe des Nations de la Caraïbe (NDLR : quatrième de la compétition), mais c'est parce qu'on avait une préparation qui devait nous permettre d'être bons pour la Gold Cup. On espère qu'on va monter en puissance.
 
Vous êtes manager de la sélection de Martinique depuis janvier dernier. Comment en êtes-vous arrivé là ?
J'ai été nommé manager pour essayer, au côté du sélectionneur (NDLR: Jean-Marc Civault), et du staff, de professionnaliser un petit peu cette sélection. Le fait que j'ai quinze années de carrière comme joueur professionnel, et le fait d'avoir joué deux Coupes du monde avec les Etats-Unis, et déjà gagné la Gold Cup, fait que je connais très bien ce domaine. Donc j'essaye de transmettre le plus possible mon expérience et mes connaissances au staff et aux joueurs. Ca s'est fait tout naturellement. C'était le moment pour moi d'aider mon pays et d'être plus près de mon île.
«Le public et les joueurs des îles se sentent abandonnés.»
Pensez-vous avoir les armes pour être compétitifs dans cette Gold Cup ?
Disons qu'on est pas aidés par la Fédération française. Ça me désole. Quand je regarde les autres équipes, elles peuvent avoir tous les pros avec elles, alors que pour les équipes antillaises, que ce soit nous, la Guyane, ou la Guadeloupe, il y a un je-m'en-foutisme de la part de la Fédération française. Là, avant l'élection du président de la Fédération, on allait soi-disant pouvoir faire venir nos joueurs pros, mais après son élection, on a été tout de suite oubliés. Le public et les joueurs des îles se sentent abandonnés, donc je voudrais pousser un grand coup de gueule contre la Fédération. je suis dégouté par ce qu'il se passe. On aurait pu avoir une équipe bien plus homogène, avec des joueurs qui évoluent dans des clubs plus importants. Mais bon... Je ne vais pas pleurer là-dessus. On fait avec ce qu'on a. On a beaucoup de locaux qui ont du talent. Et même si on a très peu de joueurs expérimentés, on espère réaliser l'exploit d'être en quart de finale, voire en demi-finale.
 
Qu'est-ce que la Fédération vous a dit pour justifier l'absence de certains pros ?
Le problème, c'est qu'aux yeux de la Fédération, nous ne sommes qu'une Ligue. Là par exemple, on avait des joueurs de Lens  [NDLR : Lala, Ephestion, Fortuné], ou Grougi à Brest, qui étaient d'accord pour venir avec nous, mais les clubs nous disent non. Du coup, les joueurs n'ont pas leur mot à dire. Au départ, la Fédération avait dit que tout serait fait pour que les clubs acceptent de laisser leurs joueurs partir. Et une fois le président réélu, toutes les choses promises ont vite été oubliées...
 
Malgré ce handicap, vous vous sentez quand même compétitif ?
Oui ! Tout peut arriver. On est dans un groupe assez dur, mais sur le terrain, tout est possible. Ils ont le talent. Je les vois travailler tous les jours, et je suis confiant par rapport à leurs qualités. On profite de l'expérience de quelques joueurs qui évoluent en MLS, et j'essaye de leur faire comprendre que le football, ce n'est pas une question de nom ou de contrat, c'est une question d'hommes, et qu'ils ne seront jugés que sur le terrain. J'ai confiance en eux.

«Je vise un quart de finale»

Vous qui avez été international pour les Etats-Unis, ça doit vous faire drôle de vous retrouver contre eux à l'occasion de cette Gold Cup...
Ça me fait plaisir ! J'avais joué la Coupe du monde 98 en France avec les Etats-Unis, et là je vais être avec mon île contre eux... En plus, c'était l'entraîneur que j'avais eu qui est revenu à la tête des Etats-Unis (ndlr : Bruce Arena). C'est sûr qu'il y a un petit côté excitant. Pour moi, c'est quelque chose de fabuleux.
 
En dehors des Etats-Unis, vous allez affronter le Nicaragua et le Panama. Que pensez-vous du niveau de votre groupe ?
C'est le premier match [face au Nicaragua], qui sera déterminant à mon avis. Les gens disent toujours que les Etats-Unis ou le Mexique sont favoris, mais il y a toujours des surprises. C'est pour ça que je vise un quart de finale, parce qu'être parmis les deux premiers du groupe, c'est faisable, ou être dans les meilleurs troisièmes aussi.
 
Vous sentez beaucoup de soutien de la part des Martiniquais ?
On est loin de tout ça, on s'est écartés de toute la pression. Mais on sait que ce sont des gens qui aiment le foot, qui aiment qu'on mouille le maillot. C'est à nous d'aller chercher le public.
 
Vous pensez que beaucoup de Martiniquais viendront vous soutenir dans les stades ?
C'est la grande surprise. Peut être pas à Nashville lors du premier match, mais quand on jouera du côté de Tampa, pas très loin de Miami, il y aura sans doute beaucoup de Martiniquais dans les tribunes.» 
Propos recueillis par Louis Faure 
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