(L'Equipe)

Davor Suker (Croatie), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

Dans exactement 11 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quatre-vingt-dixième épisode avec Davor Suker.

Son histoire avec la Coupe du monde

Pour sa première participation à un Mondial, la Croatie n'a pas fait de la figuration en France, lors du rendez-vous 1998. Sans référence internationale depuis la création de l'équipe en 1991 - début de la dislocation de l'ex-Yougoslavie - elle a joué son va-tout, et cette position a semé le trouble dans la tête des bookmakers, puisqu'elle a terminé à une improbable troisième place, se plaçant devant des favoris comme l'Argentine, l'Angleterre, l'Italie ou encore les Pays-Bas. Cette performance incroyable fut évidemment à mettre à l'actif du sélectionneur, Miroslav Blazevic, qui a construit et fédéré un groupe inexpérimenté autour de son attaquant vedette, celui du Real Madrid, Davor Suker. Au sortir d'une saison tout de même compliquée avec son club sur le plan personnel - même s'il a brandi un mois auparavant la septième C1 de l'histoire des Merengues - la star des Vatreni a largement contribué au très beau tournoi de son équipe, finissant meilleur buteur de la compétition avec six réalisations.

Scorant lors de six de ses sept matches disputés, sa qualité de déplacement sur le front de l'attaque et son efficacité clinique ont fait des ravages dans les défenses adverses, et notamment celle de l'équipe de France, en demi-finale. Toujours très bien positionné, et couvert par Lilian Thuram, Suker avait ouvert le score pour les Croates, avant que le Parmesan ne se rattrape d'un fantastique doublé (1-2). Lors du match pour la troisième place face aux Bataves de Dennis Bergkamp, il est devenu le héros de toute une nation en inscrivant le but décisif pour la médaille de bronze. Un Mondial qui contraste avec le suivant, quatre ans plus tard en Corée et au Japon. N'étant plus un titulaire en puissance suite à des performances en club déclinantes, le désormais ex-capitaine croate n'a disputé que 64 minutes face au Mexique lors du premier match, avant d'observer du banc la future élimination des siens. Mais, par la réussite de son tournoi en France et toute la dimension que celui-ci représente pour ce tout nouveau pays reconnu par la FIFA au début de la décennie, Davor Suker constitue encore aujourd'hui la légende du football croate, dont il est le président de la Fédération depuis 2012.

Le moment marquant

Son penalty retiré en se tenant le pouls face à la Roumanie en huitièmes ou son but contre l'équipe de France en demi-finale font partie des épisodes marquants de l'avant-centre croate lors de ce Mondial français. Mais son but décisif contre les Oranjes peut se détacher des autres, puisqu'il offre la troisième place à son équipe. A 1-1, Boudewijn Zenden (22e) répondant à l'ouverture du score de Robert Prosinecki (14e), la Croatie prend définitivement les devants grâce au sixième but de sa star qui, d'un merveilleux extérieur du droit passant entre les jambes de Jaap Stam, trompe le portier de l'Ajax Edwin Van Der Sar (36e). Un but pour l'histoire du football croate.

Le chiffre : 6

Soit son nombre de buts inscrits à la Coupe du monde 1998. L'attaquant du Real Madrid a terminé meilleur buteur de cette seizième édition du Mondial, devant l'Argentin Gabriel Batistuta et l'Italien Christian Vieiri, tous les deux bloqués à cinq unités.

L'archive de FF

Trois jours après la victoire de la Croatie face à la Roumanie en huitièmes de finale - où il fut buteur décisif - FF revenait sur le Mondial en fanfare du buteur madrilène : "Un sourire sournois élargit ses lèvres fines. Davor Suker ne refuse jamais les offrandes. Et ce penalty accordé mardi à sa Croatie par le magnanime arbitre argentin Castrilli (sous les yeux de Sepp Blatter) le comble. Bouche désormais cousue, il s'élance vers la cage de Stelea et marque. But annulé, car Boban s'est infiltré dans la surface de réparation avant que le ballon ne franchisse la ligne. Alors, Suker-le-buteur puise la concentration. Sa main s'accroche à son cou, se cale sous son menton. Longtemps, ce geste ne vise ni à fuir la peur ni à écarter la sueur : 'Avant de tirer ce penalty, j'ai pris mon pouls pour attendre qu'il descende. A 12 pulsations, je peux maîtriser ma tension", expliquera plus tard l'exécuteur. Sukerman court donc face à Stelea. Son pied gauche heurte encore le cuir. Sourde est la frappe de l'avant-centre croate, souple le frétillement des filets roumains, tendre, enfin, l'émotion issue de l'unique but d'une molle rencontre. Loin de Bordeaux, ce penalty de la 45e minute embrase Zagreb et Split, rallume une terre des Balkans et une côte adriatique blessées lors de la guerre yougoslave. 'On a reçu les félicitations du pays. Il parait que c'est la folie là-bas' glisse Suker en souriant. Davor savoure sa première victoire : réconcilier le pays avec lui-même. Son autre revanche ne se dit point, elle est intime : effacer une saison noire et les souvenirs d'une lutte interne. A 30 ans, le Croate, s'est libéré des ombres de son histoire tout en conservant sa teigne de vainqueur. Contre les Allemands en Angleterre à l'Euro, il avait marqué, déjà. Une défaite (2-1) qui ne le torture plus. Sur de son destin, il n'en oublie pas le ciel : 'Si Dieu veut bien offrir un peu moins de chance à l'Allemagne que ces derniers temps, la Croatie pourra montrer ce dont elle est capable'".
Joffrey Pointlane