bourigeaud (benjamin) (V. Michel/L'Equipe)
Ligue 1 - 18e journée

De Calais à Rennes, en passant par Lens, Benjamin Bourigeaud raconté par ceux qui l'ont côtoyé

Originaire de Calais, Benjamin Bourigeaud a démarré dans les clubs proches de sa ville natale, avant de faire ses armes au RC Lens. Un parcours mené avec une féroce volonté de réussir. Ceux qui l'ont accompagné dans sa route vers le succès le raconte, la veille de son match contre le PSG avec Rennes.

«C'était lui qui en voulait le plus»

Fils d'électricien, une mère au foyer et des premiers ballons tapés dans un quartier défavorisé de Calais... Si Benjamin Bourigeaud a réussi à percer au plus haut niveau, c'est grâce à une passion débordante pour le football et une énorme hargne. Ce caractère, c'est Mickaël Vasseur, son entraîneur de l'ESC Coulogne (2002 à 2005), qui le décrit le mieux : «Au début, Benjamin avait un tout petit gabarit très chétif, mais malgré sa petite taille c'était celui qui en voulait le plus. Il arrivait toujours avec son abnégation à prendre le ballon aux autres et avait déjà à cette âge-là beaucoup d'envie et de force de caractère. Je me rappelle qu'il avait la niaque et une volonté de gagner, d'en faire toujours plus avec cette rage en lui. A l'entraînement, il venait tout le temps, même malade. Et aux matches, s'il avait le malheur de perdre, c'était le premier joueur à quitter le terrain en pleurant. En plus d'être un garçon très agréable et très bosseur, Benjamin avait la faculté de faire jouer les autres, donc ça c'était vraiment très appréciable». Une combativité que le RC Lens décèle lors d'une finale départementale, alors que le jeune homme s'éclate encore dans la catégorie poussins. Si Bourigeaud reste encore à l'ESC Coulogne, il commence à s'entraîner partiellement avec le club artésien avant de définitivement intégrer les Sang et Or en 2005.
«Plus il avançait, plus c'était facile pour lui car il comblait le retard athlétique qu'il avait au départ»
Son recrutement par l'écurie lensoise est intervenu à une période où le club infléchissait sa vision des choses sur les petits gabarits habiles. «Benjamin m'a donné confiance et j'ai insisté sur la formation de joueurs techniques. On l'a recruté parce qu'il avait déjà de l'avance sur ce plan», analyse Hervé Arsène, son entraîneur chez les U12. La stratégie s'est avérée payante sur le long terme. «Il était capable de dynamiser le jeu à chaque fois qu'il avait le ballon, avec une faculté pour jouer vers l'avant et accompagner ses coéquipiers. Ça, il l'avait déjà assez jeune, donc à partir de là on a vu le rendement qu'il pouvait avoir et ça a changé les choses», complète l'ancien joueur du Racing (1991-1998). «Eloigné à 11 ans de sa famille, l'adaptation loin des siens a été assez difficile pour lui, raconte Dominique Delattre, responsable de l'école de foot que côtoyait le jeune garçon à l'époque. Un gros travail a été fait autour de lui. Il y avait parfois des coups de blues, régulièrement sa maman venait le réconforter à la Gaillette. La première année a été difficile mais après il a réussi à s'adapter».

Son physique rajoutait une deuxième difficulté à ses débuts, avant de devenir une force une fois qu'il commençait à s'étoffer physiquement. «Plus il avançait, plus c'était facile pour lui car il comblait le retard athlétique qu'il avait au départ. A partir de 16-17 ans son corps s'est développé, il n'avait rien plus rien à envier aux autres. Tout ce qui l'a desservi avant lui a servi par la suite. Non seulement il faisait les choses comme il était capable de les faire quand il était petit mais en plus il était capable de rivaliser athlétiquement». Un équilibre qui lui a permis de franchir les étapes et de découvrir le monde pro avec Lens en 2013.
Benjamin Bourigeaud, ici face à Nîmes, a disputé 109 matches avec les Sang et Or (N. Luttiau/L'Equipe)
Benjamin Bourigeaud, ici face à Nîmes, a disputé 109 matches avec les Sang et Or (N. Luttiau/L'Equipe)

Un mordu de ballon

Le virus du foot se transmet très souvent dans les gènes. C'est le cas chez les Bourigeaud : Yohan, le papa, jouait numéro six, tout comme le parrain de Benjamin, décédé, avec qui il était très proche - d'où la célébration des doigts pointés vers le ciel pour lui rendre hommage. Ezedine Kara, proche de la famille et président de Calais Beau Marais, son premier club, raconte son amour pour le ballon rond : «Quand il était pro à Lens et qu'il revenait, cela nous arrivait de discuter dans la buvette entre adultes. Lui ne prenait jamais part aux discussions et jouait tout le temps au foot. Peu importe avec qui. C'est un mordu de ballon. C'est naturel : il voit un ballon, il va jouer, qu'il pleuve, qu'il vente... Il vient en chaussures de ville, en jeans avec une petite chemise, et si jamais les petits sont en train de faire un match, il va jouer avec eux. Il l'a encore fait le mois dernier !».
A Rennes, Bourigeaud est une des satisfactions du début de saison (V. Michel/L'Equipe)
A Rennes, Bourigeaud est une des satisfactions du début de saison (V. Michel/L'Equipe)

«Sa force, c'est sa simplicité»

Bourigeaud reste très attaché au club de Calais Beau Marais, là où il a débuté à six ans. Ses maillots de Lens et Rennes sont exposés dans la vitrine du club, où il aime revenir quand son agenda lui permet. Une humilité que son ami Ezedine Kara illustre par une anecdote qui date du 10 septembre dernier au Vélodrome, lorsque Rennes s'imposait 3-1 et que Benjamin glaçait le stade en inscrivant le deuxième but. «J'y suis allé avec le papa fan de l'OM. Le père arrive dans le Vélodrome, il voit son fils marquer. On sort du stade, on est sur le point de repartir et là, mon téléphone sonne. Ben me dit : ''Ne vous cassez pas, je reste avec vous ce soir, j'ai la permission de sortir. Attendez-moi au stade''. Les Marseillais venaient de prendre une volée et Ben sortait tout naturellement au milieu des supporters en survêtement de Rennes. De là, son papa et moi on a pris peur, on le voit arriver les bras en l'air ''oui j'ai mis un but'' (rires). Donc on lui a mis une casquette, un manteau, on l'a un peu déguisé, et puis on a attendu que la foule s'estompe pour pouvoir partir. On est allés manger un kebab à l'hôtel. Sa force, c'est sa simplicité». Bourigeaud écoute encore son ancien mentor après les matches pour connaître son analyse du match. «Depuis qu'il est à Rennes, j'ai dû lui dire une fois qu'il avait fait un bon match. Je fais ça pour qu'il comprenne que ce n'est pas encore acquis. Il prend ces critiques pour argent comptant, surtout qu'il est vite frustré quand il rate une passe».
Corentin Corger
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