de bruyne (kevin) (FAURE JULIEN/L'Equipe)
Grand Format

De la «cocotte minute» au «grand marionnettiste», comment Kevin De Bruyne est devenu le meilleur milieu de terrain du monde

Gamin caractériel et entêté, Kevin De Bruyne s'est forgé en Belgique, à Londres et en Allemagne avant d'atteindre l'épanouissement total avec Manchester City et Pep Guardiola. Talent générationnel, le Diable Rouge a aussi dû traverser des clashes, des coups durs et des drames pour incarner aujourd'hui «le meneur de jeu ultime».

Les cheveux sont plus blonds que roux, les joues sont (déjà) rosies par l'effort, l'allure est rendue incertaine par un ratio gabarit/maillot plutôt déséquilibré, mais ce gamin semble avoir un truc. Le petit Kevin De Bruyne a tout juste onze ans lorsque les caméras capturent pour la première fois ses chevauchées balle au pied, à l'occasion d'un tournoi joué et remporté avec La Gantoise. Le regard déterminé dissimule une timidité certaine, même si le numéro 7 se laisse aller à une petite confidence : «Mon équipe préférée, c'est Liverpool, et mon joueur favori, Michael Owen. J'aimerais jouer là-bas un jour...» Forcément, quelques années plus tard, les supporters de Reds n'ont pas manqué de s'en amuser, le destin ayant finalement fait de KDB leur plus grand rival sous les couleurs de Manchester City. Mais au-delà d'une confession amusante a posteriori, que reste-t-il aujourd'hui de cet enfant qui osait rêver en grand ? Des coups d'éclat, déjà, puisque malgré un déficit physique par rapport à certains adversaires, sa facilité technique et son toucher de balle en faisait l'élément majeur, central, décisif. Bref, sur le terrain, rien n'a vraiment changé.

- La fiche de Kevin De Bruyne
Ce que ce reportage ne montre pas, en revanche, c'est la face cachée d'un enfant parfois tourmenté, déjà obsédé par son sport, la victoire et l'excellence. Capable d'entrer dans une rage folle à la moindre contrariété. Avec La Gantoise, au cours d'un stage en Espagne, il était resté accroché à un poteau, furieux, menaçant d'y rester toute la nuit parce qu'il n'avait pas apprécié d'être réprimandé par un entraîneur. Idem après une défaite lors d'un mini-tournoi aux Pays-Bas : tellement énervé d'avoir perdu un match, il était resté assis de longues minutes au milieu du terrain, sans bouger, jusqu'à ce que son père réussisse à le convaincre de laisser la place. «Beaucoup de gens disent que j'ai les traits de caractère de mes deux parents, expliquait-il en 2017 dans un entretien au Times. Je peux être très calme comme mon père, et parfois très explosif comme ma mère.» Cette dernière le décrivait alors comme une «cocotte minute», toujours prête à exploser.
«Quand il n'était pas content, tu le remarquais tout de suite sur son visage parce qu'il devenait tout rouge» (Michel Ribeiro, coach technique à Genk)
Équilibre fragile entre la glace et le feu, ce caractère insaisissable lui a rapidement collé une étiquette d'adolescent renfermé et difficile à gérer. Bien malgré lui. «Ça l'embêtait un peu, parce que les gens disaient qu'il était compliqué lors que ce n'était pas le cas, affirme Kristof Terreur, journaliste pour le quotidien belge Het Laatste Nieuws et qui suit notamment De Bruyne depuis plus de dix ans. S'il est fâché, il faut le laisser, et cinq minutes plus tard c'est oublié. Il est un peu explosif ? Oui, 5% du temps, mais ces 5% ont pu lui porter préjudice.» «J'ai travaillé quatre ans avec lui et je n'ai jamais eu aucun souci, confirme Michel Ribeiro, ancien coach technique à Genk. Quand il n'était pas content, tu le remarquais tout de suite sur son visage parce qu'il devenait tout rouge. Mais personne n'avait de problème avec le caractère de Kevin ! Ni à la formation, ni à l'école.»

«Honnêteté brutale»

Avec Kevin De Bruyne, il a toujours été question de caractère, oui, mais surtout de détermination et de franchise. Le natif de Tronchiennes, dans la banlieue de Gand, ne parle pas beaucoup. Mais souvent, quand il le fait, il frappe aussi fort avec sa bouche qu'avec ses pieds. Et il assume, comme quand il décide, comme un grand, de quitter La Gantoise pour Genk à quatorze ans. «Quand on n'est pas certain de ses choix, quand on doute, on n'arrive à rien, affirmait-il dans les colonnes de FF en mars 2017. J'étais convaincu que c'était la bonne décision. J'ai toujours su ce que je voulais. Quand un garçon de quatorze ans dit à un adulte : "Je ne veux pas rester ici, je veux aller à Genk", l'adulte ne prend pas ça très bien. Ça ne se fait pas. Si ç'avait été mes parents qui avaient dit cela, les gens auraient compris, ça serait mieux passé, mais là, c'était un gamin de quatorze ans... (Il souffle.) Tout le monde ne l'a pas bien pris.»

Nombreux sont ceux qui, au fil du parcours de KDB, ont expérimenté «l'honnêteté brutale» du garçon. Ses entraîneurs et ses coéquipiers à Genk, notamment. La star de l'équipe ne fait pas suffisamment d'efforts à l'entraînement ? «Ce Barda, il ne court pas !» hurle de Bruyne, à peine majeur, en pleine séance. Son coach planifie une excursion à vélo en montagne pendant la présaison ? «C'est quoi ce bordel ? Ce n'est pas du foot ça !» lui lance le jeune effronté. Championne en titre, son équipe réalise une première période indigne face à Lokeren ? Le numéro 14 se lâche à la mi-temps devant les caméras de télévision : «J'ai l'impression que certains de mes coéquipiers n'ont plus envie de jouer au football. J'aurais honte à leur place... Je pense qu'on devrait continuer avec ceux qui en ont vraiment envie, parce que ça ne peut pas continuer comme ça.»
«Je m'en bats les couilles» et «Let me talk !», des punchlines devenues légendes
Au fil de sa carrière, certaines de ses sorties pas toujours contrôlées sont devenues virales, et le poursuivent encore aujourd'hui. Durant l'Euro 2016, quand un journaliste l'avait interrogé sur la marge de progression de la Belgique dans le jeu, alors qu'elle sortait d'une phase de groupes mi-figue mi-raisin, Kevin De Bruyne avait répondu cash : «Je m'en bats les couilles, tant qu'on gagne.» Et quand, à la mi-temps d'un Manchester City - Naples, en octobre 2017, il avait voulu s'expliquer avec l'arbitre qui venait de lui adresser un carton jaune, il avait perdu son sang-froid lorsque ses coéquipiers, David Silva et Fernandinho en tête, lui avaient demandé de lâcher l'affaire. «Let me talk !» («Laissez moi parler !») avait-il crié plusieurs fois, avant de regagner le vestiaire en furie. Quelque temps plus tard, il avait comparé cette sortie à «une engueulade avec (sa) femme». «C'est quelqu'un de timide, oui, mais aussi de très direct. Quand il veut quelque chose ou quand il n'accepte pas quelque chose, il le dit», résume Kristof Terreur.

Débuts rêvés, grand saut et opportunité manquée

En vérité, les personnes qui ont accompagné l'ascension de Kevin De Bruyne ne se sont jamais vraiment offusquées de ses coups de gueule ou de son impatience. «Très tôt, il avait une certaine idée du football, mais il a toujours été respectueux, insiste Michel Ribeiro. Si quelque chose ne lui plaisait pas, il n'avait pas peur de l'exprimer, mais c'était toujours dans l'intérêt collectif. Et il avait souvent raison.» «C'est quelqu'un qui écoute beaucoup mais qui sait ce qu'il veut et de quoi il est capable, synthétise l'ancien international belge Daniel Van Buyten. Au départ en sélection, quand il ne jouait pas, il pouvait marquer son mécontentement, mais il est toujours resté positif, il s'est toujours donné à fond aux entraînements. Ça montre son état d'esprit. On a pu le recadrer un peu parfois, mais pas au point où ça peut devenir nocif pour un groupe, au contraire.»

Et puis balle au pied, inutile de le cacher, De Bruyne ne tardait jamais à fédérer. «Il n'a jamais peur de dire les choses, vis-à-vis de l'entraîneur comme de ses coéquipiers, confirme Klaus Allofs, son directeur sportif au Werder Brême puis à Wolfsburg. Il n'est pas très diplomate, il peut parfois être dur avec certains, mais ça n'a jamais posé de problèmes parce que quand tu montres tes qualités sur le terrain, tu es accepté, respecté. Et puis Kevin ne joue jamais pour lui-même, toujours pour le collectif. À Brême comme à Wolfsburg, il a fait grandir tout le monde autour de lui.» «Que tu aies vingt, vingt-huit ou trente ans, peu importe : quand tu es si important, si décisif balle au pied, tu as le droit de parler», appuie Thomas Buffel, son ancien partenaire à Genk, qui se souvient «d'un joueur rare, déterminé et avec un bon coeur».

Lancé avec l'équipe première des "Schtroumpfs" peu avant ses dix-huit ans, le futur international belge n'a pas tardé à s'y faire une place, jusqu'à un titre de champion de Belgique deux saisons plus tard, en 2011. Repéré par le scout personnel de Roman Abramovitch, le propriétaire de Chelsea, KDB a fait le grand saut jusqu'à Londres à l'été 2012, contre une dizaine de millions d'euros. Le temps de disputer quelques matches amicaux sous Roberto Di Matteo avant de filer en prêt au Werder, tout heureux de pouvoir accueillir un joueur que Klaus Allofs avait auparavant tenté, sans succès, de subtiliser aux Blues.
«À Chelsea, certains lui répétaient d'être patient, mais plus le temps passait, plus la situation le faisait souffrir» (Christophe Lollichon, ex-entraîneur des gardiens)
En Allemagne, le milieu de terrain offensif s'étoffe («au départ, il n'était pas prêt physiquement», rappelle Allofs) et progresse sereinement dans une équipe de milieu de tableau. L'entraîneur Thomas Schaaf profite de la polyvalence de De Bruyne pour l'aligner un peu partout, de l'aile gauche à la récupération, en passant par un rôle de faux numéro 9. Prémonitoire. Vient alors l'été 2013. La belle saison de KDB (10 buts, 9 passes en Bundesliga) a tapé dans l'oeil de Jürgen Klopp, le coach d'un Dortmund fraîchement finaliste de la Ligue des champions. Le Belge est séduit par le style de jeu du BVB, ne sent pas une énorme confiance de Chelsea, alors il demande un bon de sortie au nouveau manager des Blues, José Mourinho.

Réponse du Portugais : «Non, tu restes, je te veux dans l'équipe.» «Et pour la première fois de sa carrière, il n'a pas poussé pour quelque chose qu'il voulait», se rappelle Kristof Terreur. Kevin De Bruyne intègre donc l'effectif pléthorique de Chelsea, joue peu et s'impatiente. «Il avait l'intime conviction qu'il pouvait déjà s'imposer, explique Christophe Lollichon, ancien entraîneur des gardiens des Blues. Il y avait quand même des monstres à l'époque, Terry, Lampard, etc. Mais ça ne lui faisait pas peur ! Et ils l'ont bien accueilli, parce qu'ils ont vite compris que c'était une pépite. Certains lui répétaient d'être patient, mais plus le temps passait, plus la situation le faisait souffrir. Kevin, c'est un hypersensible, son body language traduit ses sentiments et il avait du mal à cacher sa frustration.»

Mourinho le fossoyeur, Wilmots le médiateur

Entre De Bruyne et Mourinho, la confrontation devient inévitable. Le coach lui montre ses statistiques faméliques par rapport à ses concurrents, l'intéressé estime la comparaison «injuste» au regard de son temps de jeu restreint, et demande à être transféré. «Il n'était pas prêt à se battre, il était enervé et s'entraînait mal, lâchera le "Special One" quelques mois plus tard. Quand tu as un joueur qui vient tous les jours frapper à ta porte en pleurant pour pour pouvoir partir, il faut prendre une décision.» A posteriori, dans un texte publié par The Players' Tribune, Kevin De Bruyne estime que cet échec l'a «forgé», a renforcé sa détermination, de la même façon que lorsque sa première famille d'accueil à Genk l'avait rejeté en raison de «sa façon d'être». En janvier 2014, Klaus Allofs, désormais manager général du VfL Wolfsburg, saute sur l'occasion et aligne 22 millions d'euros pour attirer une nouvelle fois son chouchou en Bundesliga.

À ce moment, le jeune homme n'a pas encore vingt-trois ans, désespère de pouvoir retrouver un rôle majeur... et ne veut surtout pas rater la Coupe du monde au Brésil avec les Diables Rouges. «Je n'ai pas eu besoin de lui dire de changer de club pour accumuler du temps de jeu, confie le sélectionneur de l'époque, Marc Wilmots. Il le savait bien, il n'est pas bête hein ! Mais s'il était resté à Chelsea sans beaucoup jouer... je l'aurais quand même pris avec moi (rires). Je ne l'aurais pas laissé à la maison !» Malgré son jeune âge, Wilmots estimait tellement De Bruyne que quelques mois plus tôt, il avait lui-même tout fait pour aplanir un conflit sur fond de tromperie amoureuse entre son milieu et son gardien, Thibaut Courtois. «Une situation difficile qu'on a gérée en adultes. Je suis allé à Madrid voir Thibaut, puis à Brême voir Kevin, et ensuite on s'est réuni ensemble à Bruxelles pendant un rassemblement. Il fallait les confronter, poser des questions, crever l'abcès. Les choses se sont réglées et on est reparti dans l'intérêt de l'équipe nationale.»
«Après le décès de Junior Malanda, Kevin est apparu très déterminé, il n'a jamais montré de failles. Après, je ne sais pas comment il a géré ça à la maison...» (Klaus Allofs, manager général de Wolfsburg)
Entre sa personnalité complexe et sa progression sportive en suspens, De Bruyne débarque donc à Wolfsburg dos au mur. Sans avoir rien perdu de sa soif de réussite. «Dès le premier jour, il répétait dans le vestiaire que c'était une étape importante pour lui, mais certainement pas la dernière, rembobine son ancien partenaire Marcel Schäfer. Il avait des rêves, des objectifs, et il a travaillé chaque jour pour les atteindre. Il a mis quelques semaines à se mettre au niveau d'intensité requis, mais une fois que c'était le cas, il est devenu le meilleur joueur de Bundesliga. C'était notre joueur-clé, il a eu un impact énorme, non seulement sur l'équipe, mais aussi sur l'ensemble du club.» En point d'orgue, une saison 2014-15 affolante statistiquement (10 buts, 20 passes décisives) et visuellement, qui lui a permis de guider l'équipe entraînée par Dieter Hecking à la deuxième place du Championnat, et jusqu'à une victoire éclatante en Coupe d'Allemagne. «Il représentait 30 à 40% de la qualité de notre équipe», assure Klaus Allofs.

Mais comme rien n'est jamais si facile qu'en apparence pour Kevin De Bruyne, le meneur de jeu des Loups a dû faire face, comme le club tout entier, à un drame immense. Victime d'un accident de la route, Junior Malanda, un des plus proches amis de KDB dans le vestiaire, a perdu la vie au coeur de cette saison exceptionnelle. «C'était très dur pour tout le monde, et notamment pour Kevin, reprend Klaus Allofs. Mais après quelques jours de choc, tout le monde avait la volonté réussir pour Junior. Dans son travail, Kevin est apparu très déterminé, c'est sa mentalité. Il n'a jamais montré de failles. Après, je ne sais pas comment il a géré ça à la maison... Mais quand il y a des moments difficiles, sur le terrain, c'est là que Kevin se montre. Ce sont ses moments.» «Nous jouons avec Junior et cette Coupe est pour lui», lâchera un De Bruyne très ému après la finale de la DFB Pokal.

Meneur, passeur, catalyseur

Devenu dans le nord de l'Allemagne un joueur mature et déterminant au plus haut niveau («il était tellement mobile, différent de tous les numéro 10 auxquels on était habitués, qu'aucun défenseur ne pouvait l'arrêter», juge Marcel Schäfer), Kevin De Bruyne rejoint ensuite Manchester City, préféré au PSG ou au Bayern Munich à l'été 2015. Un an plus tard, sa rencontre avec Pep Guardiola le fait à nouveau passer dans une autre dimension. Souvent aligné sur l'aile sous Manuel Pellegrini, le génie belge devient un cheat code absolu lorsqu'il est installé par le technicien catalan au poste de milieu relayeur dans son 4-3-3. Positionné au coeur du jeu, sa vision, sa technique de passe unique au monde et son abattage font merveille. «C'est un joueur qui voit plus vite que les autres, mais qui possède aussi un volume de course phénoménal, apprécie Marc Wilmots. Il a toute la panoplie : pied droit, pied gauche, il apporte de la vitesse et de la profondeur tout en accomplissant un travail défensif énorme
 
Chef d'un orchestre aux talents multiples, KDB vient d'égaler le record de 20 passes décisives sur une saison de Premier League, détenu par Thierry Henry. Pas nécessairement un hasard, puisqu'il avait directement prévenu l'ancien membre du staff de la sélection belge l'été dernier qu'il visait clairement sa marque légendaire. Et il n'avait pas manqué de marquer son mécontentement lorsque la Premier League avait osé le ''priver'' de deux unités durant sa chasse au record. Au total, depuis l'arrivée de Pep Guardiola, le Citizen a délivré 56 passes décisives en quatre saisons de Championnat, régalant régulièrement ses partenaires par son action signature : un centre puissant, travaillé, fuyant, quasiment à ras de terre. Un don majestueux. «La vitesse et la trajectoire de ses dernières passes, vraiment, c'est un atout incroyable, unique», estime Marcel Schäfer. «Quand tu prends autant de risques en ayant aussi peu de déchet, c'est très difficile à gérer pour un défenseur, décrypte Daniel Van Buyten. Sur un ballon aérien ou peu puissant, tu as le temps d'anticiper, voire de te rattraper, mais sur un centre à la De Bruyne, si tu te poses la moindre question, c'est trop tard : le ballon est déjà passé
(L'Équipe)
(L'Équipe)
«Il est le Johan Cruyff de sa génération» (Hein Vanhaezebrouck, son entraîneur à Genk)
«En fait, c'est comme s'il avait un GPS dans les pieds», complète Michel Ribeiro, qui a beaucoup travaillé la technique individuelle avec KDB et d'autres, mais refuse de s'approprier quoi que ce soit : «Adolescent, il avait déjà cette technique de passe exceptionnelle. Et il voyait les choses beaucoup plus rapidement que les autres. Kevin, il peut tuer six adversaires avec une seule passe ! C'était déjà un grand travailleur à l'époque, mais est-ce que tout le monde était convaincu qu'il deviendrait ce qu'il est aujourd'hui ? Non. Jusqu'à seize, dix-sept ans, c'était un bon joueur, on savait qu'il passerait pro, mais il n'était pas exceptionnel. Aujourd'hui... C'est un joueur total.» L'expression n'est pas innocente, puisqu'un de ses premiers entraîneurs à Genk, Hein Vanhaezebrouck, l'avait décrit un jour comme «le Johan Cruyff de sa génération». «Ces joueurs-là voient des choses qui leur paraissent faciles, mais que les autres ne verront jamais. Ça s'appelle la vista.»

Quelques années plus tard, le journaliste et auteur britannique Jonathan Wilson a préféré le comparer à Johan Neeskens, un joueur «combinant qualités techniques, endurance et verticalité» : «De Bruyne peut marquer des buts, créer des occasions, mais au-delà de ça, il est comme une soupape, augmentant ou diminuant la pression quand c'est nécessaire, dictant le rythme et la profondeur de jeu. Dans une équipe remplie de talents créatifs, il est le grand marionnettiste, tirant les ficelles et s'assurant que tout le monde regarde vers l'avant, et non sur les côtés, afin que le rythme ne baisse jamais.» De «grand maître» à «génie surnalturel», les superlatifs dans les médias se multiplient pour décrire le gestionnaire du tempo de Man City.

Qu'importe le poste, qu'importe le système

Admirateur sans faille de Kevin De Bruyne, Pep Guardiola a beaucoup travaillé avec son poulain pour le rapprocher du sommet. «Pep lui a offert une nouvelle façon de voir les choses, de contrôler un match, décrivait Mikel Arteta, ancien adjoint de Guardiola, dans le livre "Pep's City". Maintenant, Kevin analyse parfaitement le terrain, son équipe, comprend les exigences de son rôle, la façon de créer du lien par la passe ou le mouvement.» Et pour surprendre un peu plus l'adversaire, le manager des Citizens n'a pas hésité, ces derniers mois, à l'aligner dans une position plus avancée, dans un 4-4-2 ultra-hybride. Avec, en point d'orgue, une victoire référence lors des huitièmes de finale aller de Ligue des champions sur le terrain du Real Madrid (2-1). Avec une passe décisive lumineuse et un but de son meneur à tout faire.
«Tous les meneurs de jeu qu'on a connu dans le passé avaient besoin de ralentir le rythme pour pouvoir agir. Kevin, lui, exécute encore plus vite» (Roberto Martinez, sélectionneur de la Belgique)
«Sincèrement, à quel poste il n'est pas bon ? s'interroge Marc Wilmots. Il a tellement de qualités que finalement, pour lui, peu importe la position. Il l'a montré à Madrid, en jouant faux 9 et en étant déterminant. La première fois que je l'avais vu jouer attaquant de pointe avec le Werder, j'avais été très surpris, mais il avait tiré son épingle du jeu. Moi, j'aime quand il est près du but, et j'avais beaucoup de milieux récupérateurs à l'époque, c'est pour ça que je l'alignais meneur axial ou sur un côté. Mais il peut jouer partout ! C'est à son entraîneur de décider où il peut être le plus utile.» Son successeur Robert Martinez a lui préféré emboîté le pas à Pep Guardiola, faisant reculer De Bruyne et le présentant durant la Coupe du monde 2018 comme «le meneur de jeu ultime».

Avant de détailler sa pensée au printemps 2020, pour The Times : «Il contrôle l'espace comme personne, et peut adresser une passe avec une précision et une vitesse d'exécution dont peu de joueurs sont capables. Il a absolument révolutionné ce rôle de meneur de jeu. Tous ceux qu'on a connu dans le passé avaient besoin de ralentir le rythme pour pouvoir agir. Ce qui rend Kevin unique, c'est que lui exécute encore plus vite, parce qu'il voit une passe ou une action à l'avance. Il impose un tempo qu'on n'a pas l'habitude de voir. Il peut jouer numéro 10, faux 9, sur le côté droit, sur le côté gauche, même numéro 6... Il excelle dans tous ces rôles parce qu'il ne vit pas dans tel ou tel système.» Il est le système.
Cédric Chapuis
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luc.hascoet 15 août à 22:21

Grand par la taille c’est tout !

JimB 7 août à 1:28

Trop de promotion pour ce joueur! Il oriente le jeu de façon discriminatoire. Il fait tout pénalité, coffrant, corner, égoïsme.... C’est trop facile d'augmenter les statistiques. Très faible en défense et au milieu défensif.

RensenbrinkRIP 6 août à 12:49

Le déclin de Mourinho a commencé à partir du moment où il ne s’est pas aperçu du talent incroyable de De Bryune à Chelsea. Beaucoup de personnes disent que Lewandowski aurait du être ballon d’or cette année. Pour moi, c’est De Bryune, surtout si MC va loin en LdC.

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