Jadon Sancho peut remercier le ciel. ( U. Speck/Presse Sports)
Angleterre

De Manchester City à Dortmund et l'équipe d'Angleterre, l'ascension fulgurante de Jadon Sancho

Désormais sous la houlette de Lucien Favre, Jadon Sancho est devenu un joueur à part entière du Borussia Dortmund. A seulement 18 ans, il est aujourd'hui le meilleur passeur d'Europe. Alors qu'il vient d'être convoqué avec les Three Lions, sa progression ne cesse d'impressionner.

Le 4 octobre dernier, Gareth Southgate, sélectionneur de l'Angleterre, a dévoilé sa liste de 25 joueurs pour affronter la Croatie et l'Espagne. Dedans, un nom retient particulièrement l'attention, il s'agit de Jadon Sancho. A 18 ans et demi seulement, il est le premier joueur né en 2000 à être sélectionné. C'est une véritable ascension éclair pour celui qui, à 14 ans, décide de quitter l'académie de Watford pour rejoindre Manchester City. Mais à l'intersaison 2017, alors que les Citizens lui proposent une prolongation de contrat et un salaire «confortable», il refuse l'offre. Sancho n'est pas satisfait des garanties de jeu promises. Le 31 août 2017, il fait ses bagages pour l'Allemagne : Dortmund vient de le signer pour environ 8 millions d'euros. A peine arrivé, il récupère le numéro 7 d'un certain... Ousmane Dembélé. «On ne sait pas ce qu'il serait devenu avec Guardiola. Pour l'instant on peut dire que ses choix sont les bons. Il a choisi Dortmund parce qu'il le sentait, parce qu'il pensait qu'il jouerait», commente Dan Micciche, son ancien entraîneur avec les U16 de l'Angleterre.

A Dortmund, un mix générationnel parfait pour Sancho

Ce dernier garde un excellent souvenir du jeune feu follet à l'époque. «Ce qui m'avait marqué, c'était son assurance avec la balle, il était vraiment imprévisible. Historiquement, les joueurs anglais n'ont pas vraiment ce profil, se souvient-il. Il a le style de Neymar. Il est un peu “show-man”. Il est divertissant à regarder, on en redemande toujours. Il vous fait lever de votre siège». En un an, la carrière de l'ailier a littéralement explosé. A la même époque en 2017, il était en Inde pour disputer la Coupe du Monde U17. Et ils seront sacrés, lui et ses comparses, des jeunes talents anglais comme Rhian Brewster, Emile Smith-Rowe, Phil Foden ou Callum Hodson-Odoi. Quelques mois auparavant, en mai, il était désigné meilleur joueur de l'Euro U17, que l'Angleterre perdait en finale contre l'Espagne.
«Il a le style de Neymar. Il est un peu “show-man”. Il est divertissant à regarder, on en redemande toujours»
Mais comment expliquer qu'un joueur courtisé par tous les grands clubs d'Angleterre et d'Europe choisisse Dortmund ? Pour Stefan Buczko, journaliste allemand pour ESPN, il y a deux paramètres qui ont fait pencher la balance. «Dortmund s'est doucement forgé la réputation d'un club qui pouvait trouver des jeunes talentueux partout en Europe et les façonner pour les faire devenir des futurs vedettes. Il suffit de regarder Christian Pulisic et Ousmane Dembele, décrit-t-il. Le BVB a aussi l'habitude d'approcher les joueurs bien avant d'autres clubs. C'était le cas pour Dembele à l'époque, pareil pour Sancho». Dan Micciche, lui, lie ce choix à la personnalité du joueur : «Il adore les challenges. Un jour, on bossait sur les une-deux et le jeu rapide. Je leur disais que le Barça jouait comme ça tout le temps depuis des années. Et je leur ai dit qu'eux ne faisaient pas ça. Le lendemain, on affrontait la Norvège et Sancho a marqué de cette manière. Il est venu vers moi et il m'a dit : “Je te l'avais dit que je le ferai !”»
 
La capacité qu'a Dortmund à intégrer les jeunes se vérifie une nouvelle fois depuis que Lucien Favre est aux manettes. «Avec lui, des jeunes comme Jacob Bruun Larsen (20 ans), Dan-Axel Zagadou (19 ans) ou Christian Pulisic (20 ans) ont tous très nettement progressé, commente Stefan Buczko. Le club a réussi à trouver un équilibre entre des joueurs expérimentés et des plus jeunes, ce qui crée un environnement idéal pour que des joueurs comme Sancho murissent». Il y un an, l'intéressé faisait ses débuts professionnels avec Dortmund. S'il n'avait joué que six minutes contre l'Eintracht Francfort, c'était une première étape franchie. Cette saison, alors qu'il n'a débuté que trois fois toutes compétitions confondues, il a délivré huit passes décisives en dix apparitions.
Jadon Sancho, le joueur tout à gauche, pose avec les U16 de Dan Micciche. Son ancien coach est formel : le jeune joueur peut être l'avenir de l'Angleterre. (DR)
Jadon Sancho, le joueur tout à gauche, pose avec les U16 de Dan Micciche. Son ancien coach est formel : le jeune joueur peut être l'avenir de l'Angleterre. (DR)

Le chemin vers le sommet est encore long

De quoi attirer l'oeil des Three Lions. Gareth Southgate a justifié sa décision surprise de sélectionner Sancho : «Il a été assez courageux pour partir et aller jouer à l'étranger [...] Avec Dortmund il a un gros impact quand il entre en jeu». Le courage est en effet une des qualités nécessaires pour devenir un grand footballeur. Mais il faut aussi réussir à garder les pieds sur terre et ne pas céder à la pression. «Son assurance, ce n'est pas une question d'égo, témoigne Micciche. Je me souviens d'un de nos rassemblements. On avait un mur appelé “Family First” où on mettait des photos des joueurs blessés pour leur montrer qu'on pensait à eux et qu'ils étaient importants pour le groupe. Un jour, il est venu me voir pour me dire qu'un joueur manquait. Le lendemain, il avait fait imprimer et coller la photo sur le mur. C'est vraiment un gars bien».
«On avait un mur appelé “Family First” où on mettait des photos des joueurs blessés pour leur montrer qu'on pensait à eux. Un jour, Sancho est venu me voir pour me dire qu'un joueur manquait. Le lendemain, il avait fait imprimer et coller la photo sur le mur.»
Mais si Sancho épate par sa technique et sa vitesse, il est loin d'être un «produit fini». «A ce stade, c'est un joueur “brut” et il a beaucoup à apprendre en ce qui concerne le travail défensif, ce qui est quelque chose de très important pour Favre, il cherche toujours un équilibre entre défense et attaque, explique Stefan Buczko. Bien sûr, il débutera plus de rencontres à mesure que la saison avancera mais il faudra du temps pour que son nom soit le premier inscrit sur la feuille de match». Et son ancien entraîneur en sélection de renchérir : «Il est meilleur à gauche même s'il est droitier. Du coup, les adversaires ont tendance à l'isoler parce qu'il aime bien rentrer dans l'axe. Il pourrait essayer de progresser sur son pied gauche pour prendre l'extérieur. Il deviendrait encore plus fort. Il faut aussi qu'il fasse attention à ne pas tomber dans la facilité. 90% du temps, Messi joue simplement et le fait à merveille, les 10% restants, c'est pour Youtube. Et bien c'est pareil pour lui».  
 
Il n'est pour l'instant qu'un très jeune joueur au talent inestimable mais pour qui tout reste à faire.«Il doit garder les pieds sur terre, bien gérer la médiatisation et ne jamais oublier d'où il vient ni les gens qui l'ont aidé. Parce que si un jour il se blesse ou si ça va moins bien, il aura besoin d'eux», glisse son ancien coach, sous forme de conseil pour la suite. Le «street footballer» comme le qualifie Marco Reus a beaucoup à faire pour rentrer dans la cour des grands. Mais pour Sancho, «sky is the limit».
Jérémy Docteur
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