mbuku (nathanael) (E.Garnier/L'Equipe)

Découverte du souriant Nathanaël Mbuku (Reims) : «J'ai tout donné à l'école pour que mon père m'inscrive au foot»

Son sourire et sa bonne humeur ont été constants pendant les 15 minutes d'interview. FF vous fait découvrir Nathanaël Mbuku, attaquant de 17 ans sur qui le Stade de Reims fonde beaucoup d'espoirs. Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que la personnalité du garçon est rafraîchissante.

«En novembre dernier, l’équipe de France termine troisième de la Coupe du monde U17. Vous finissez deuxième meilleur buteur de la compétition (5 buts) et Ronaldo, le Brésilien, vous remet votre trophée de soulier d’argent. Quelles sont vos émotions à ce moment-là ?
Cette compétition était une expérience incroyable, surtout au Brésil, le pays du football. Je suis revenu plein de rêves, plein de beaux souvenirs. Ronaldo ? (Il sourit.) C’était un rêve de gosse. Surtout serrer la main à Ronaldo. Ce n’est pas n’importe qui dans le football. C’était vraiment une émotion indéterminable. C’était mon idole quand j’étais jeune.


À ce point-là ? Vous êtes né en 2002, année où Ronaldo obtient son deuxième Ballon d’Or France Football. Mais vous n’avez pas vraiment pu le regarder jouer…
Non, je regardais des vidéos. Mais il était très fort.

Qu’est-ce qui vous impressionnait ?
Sa vivacité, sa technique, sa facilité à éliminer… Face à lui, j’essayais de garder mon calme. Mais à l’intérieur…

«C'est comme dans un rêve»

Vous êtes déjà apparu à six reprises en Ligue 1 cette saison, pour 186 minutes, vos premières chez les pros. Vous attendiez-vous à être "autant" utilisé ?
J’ai travaillé pour. C’était dans mes objectifs d’intégrer le groupe pro. Aujourd’hui, ça me sourit, j’ai du temps de jeu et je continue pour en gratter encore. Donc, surpris, non. C’est peut-être le mérite de mes efforts.

Pour votre premier match, lors de l’ouverture de la saison, vous entrez en jeu à Marseille, au Stade Vélodrome (victoire 2-0 des Rémois)...
C’était beau ! C’était beau à voir. Comme j’ai dit : c’est comme dans un rêve (Il sourit.).

C’est un peu la saison du rêve pour vous pour le moment…
On peut dire ça comme ça, oui.

David Guion vous lance à la 73e minute à la place de Tristan Dingomé, alors que Reims mène 1-0. Pression ou pas pression à ce moment-là ?
C’est plus de l’excitation, pas de la pression. On joue pour ça, pour des moments comme ça. Du coup, il n’y a aucun stress.

Le Vélodrome était plein. Est-ce qu’on arrive à ne pas trop regarder autour de soi et vraiment se mettre tout de suite dans le match ?
On garde son calme. J’ai eu de la chance, je suis bien entouré par mes coéquipiers et le coach. J’ai joué comme je savais jouer et c’est passé. On pense juste au match, à jouer ton jeu.

«Le Vélodrome ? On joue pour ça, pour des moments comme ça. Du coup, il n'y a aucun stress»

Mbuku, buteur contre l'Espagne lors de la Coupe du monde U17, au mois de novembre. (Heber Gomes/AFLO/PRESSE SPORTS/PRESSE SPORTS)

À quel moment vous comprenez que vous avez un peu de talent et que vous allez pouvoir prétendre à devenir professionnel ?
À partir du moment où on donne tout sur le terrain, à chaque match, avec l’état d’esprit qu’il faut. J’ai tout de suite compris que je ne pouvais pas m’arrêter là. Jeune, on rêve de beaucoup de choses, comme jouer une finale de Coupe du monde.

Quelques années plus tard, à 17 ans, vous entrez donc en jeu au Vélodrome, puis vous êtes titularisé au Parc des Princes face au PSG de Neymar. Pour une victoire rémoise 2-0...
Il y avait la famille et les amis (dans les tribunes). Je suis chez moi, on va dire ! L’émotion était formidable.

Le PSG était votre club référence plus jeune ?
Je supportais beaucoup les clubs étrangers comme le FC Barcelone. Au Parc, c’était un rêve, encore un. Le coach nous avait dit de jouer comme on sait le faire : sans aucune crainte. On a fait comme d’habitude, et ça nous a souri.

Diriez-vous que vous êtes en train d’acquérir une expérience presque inédite pour un jeune de votre âge ?
On parle de l’âge. Mais pour moi, l’âge n’est qu’une stat. Quand tu te sens prêt et que tu te donnes tous les moyens pour, ça ne peut que te sourire.

Ça ne va pas trop vite ?
Si, quand même. Mais je travaille tous les jours pour gravir encore les échelons.

À Reims, malgré votre jeune âge, c’est vous qui entonnez le cri de guerre après les victoires...
(Il sourit.) Vous savez, comme j’ai dit, je suis dans la joie de vivre, ouvert d’esprit. Contre l’OM, c’était mon bizutage. Ils m’ont dit de faire le cri de guerre et ils ont été surpris : ils ne pensaient pas que j’allais mettre autant d’ingrédients dans le cri de guerre ! Et, jusqu’à présent, c’est moi qui le fais. Et ça me va parce que je suis un peu le chouchou du vestiaire, du groupe. Je suis un peu celui à qui il ne faut pas toucher !

Ça se prépare un cri de guerre ?
Non ! C’est naturel.»

«Le foot ? J'ai un peu forcé mon père»

Revenons à votre enfance : Villeneuve-Saint-Georges, Alfortville, Ris-Orangis, Saint-Maur, Fleury. Si vous n’étiez pas devenu footballeur, vous auriez pu faire un excellent guide touristique pour l’Ile-de-France !
(Il explose de rires) Je ne sais pas trop !

Comment se fait-il que vous ayez connu autant de clubs ?
Je voulais découvrir plusieurs départements différents. Pour voir ce que ça donnait par rapport au football. J’ai vu que ce n’était pas partout pareil.

Où vous êtes-vous senti le mieux ?
À Saint-Maur-Lusitanos, dans le 94. C’est là-bas que je me suis le plus épanoui étant jeune. J’ai fait trois ans et c’est là que les clubs sont venus. C’est là que tout a commencé on va dire.

Comment était le tout jeune Nathanaël ?
Un enfant rigolo, avec la joie de vivre, qui ne se prend pas la tête et qui est ouvert d’esprit. Le foot ? J’ai un peu forcé mon père (Il sourit.). Je lui ai un peu tiré les oreilles. Je lui ai dit "Papa, inscris-moi au football". Il m’a répondu d’accord, à une condition : avoir des bonnes notes. Il m’a dit "Bosse à l’école, et on verra". J’ai tout donné à l’école et il a fini par m’inscrire. Il m’a fait une surprise. Ce jour-là, j’étais trop content.

Vous vous rappelez de ce jour-là ?
Oui, je me rappelle : je n’avais pas de dents (Il sourit.). Elles venaient de tomber. J’avais cinq, six ans, mes dents tombaient encore. C’était à Villeneuve-Saint-Georges. Je me souviens d’un match, on était menés 2-0 à la mi-temps. Le coach nous a rassemblés. Il nous a dit de ne pas nous inquiéter et il m’a pris à part en me disant : "C’est toi qui dois nous faire gagner le match aujourd’hui". Moi, je boudais un peu parce qu’on perdait. Je suis un mauvais perdant, je n’aime pas trop perdre. Je lui ai répondu : "Ne vous inquiétez pas coach, vous pouvez me faire confiance". J’étais tout petit, je devais avoir sept ou huit ans. On revient à 2-2 et je provoque un penalty que je donne à mon copain. Il marque. On gagne. J’étais content.

«Pour moi, l'âge n'est qu'une stat»

Timothé Crépin