keshi (stephen) (L'Equipe)
L'humeur de Monsieur FF

Dehors Keshi !

Depuis quelques jours, le petit monde du football africain compte un demandeur d'emploi supplémentaire. Vous le connaissez peut-être, il s'appelle Stephen Keshi et jusqu'au week-end dernier, «Big Boss» était le sélectionneur des Super Eagles, l'équipe nationale du Nigeria. C'était lui qui s'était attaqué aux Bleus de France au Brésil, en huitièmes de finale de la Coupe du monde l'an dernier (0-1).
Eh bien, Stephen Keshi a été viré, limogé, liquidé par sa Fédération, la toute puissante NFF. Ses dirigeants ont en effet peu goûté le fait que Keshi ait fait acte de candidature pour le même poste en Côte d'Ivoire. Ce dernier faisait partie de la liste des 59 postulants, réduite depuis hier soir à trois hommes (Antonetti, Kasperczak et Dussuyer).
Après «enquête» fédérale, il apparaît qu'un agent représentant Keshi aurait envoyé son dossier à la fédération ivoirienne, alors même que l'ancien capitaine du Nigeria, viré l'hiver dernier mais réengagé au printemps pour deux ans, préparait les éliminatoires de la CAN 2017 avec le Nigeria.
 
Voilà pourquoi Keshi a été prié de rendre son tablier, sans ménagement. En quelques heures, les autorités ont donc décidé de faire table rase de tout ce que représentait l'ancien défenseur central d'Anderlecht et de Strasbourg. Un professionnel exemplaire, il n'est pas inutile de le rappeler, pendant une quinzaine d'années, mentor de nombreux joueurs africains en Europe et une icône du football nigérian.
Oubliés aussi, les retards de paiement de son salaire, les multiples couleuvres qu'on lui a fait avaler quand il était en poste, la défiance des uns et les critiques des autres, jaloux et amers ?
Vainqueur comme joueur de la CAN en 1994, c'est le même homme qui a mis fin à près de vingt ans d'attente et remporté le tournoi en 2013, cette fois sur le banc. Quand le Nigeria s'est qualifié pour sa première Coupe du monde (1994), il faisait partie des cadres et vingt ans plus tard, il était encore là à guider la nouvelle génération au Brésil.
C'est aussi ce même homme qui a qualifié le Togo pour sa première Coupe du monde, en 2006, et accompagné le Mali pendant quelque temps. Avec talent, discipline et compétence.
 
Mais ces succès et quinze années passées en sélection ne pèsent visiblement pas bien lourd aux yeux de dirigeants de passage. Lesquels ont promptement considéré que son implication du moment à la tête des Super Eagles -vainqueurs 2-0 du Tchad début juin en éliminatoires de la CAN 2017- était insuffisante. Exit Keshi. Exit sa politique permanente de rajeunissement du Nigeria, qui a pourtant porté ses fruits, ses trouvailles aussi.
Oubliés aussi, les retards de paiement de son salaire, les multiples couleuvres qu'on lui a fait avaler quand il était en poste, la défiance des uns et les critiques des autres, jaloux et amers ? Oubliée, sa démission (finalement refusée) après la victoire à la CAN 2013 en Afrique du Sud ? Difficile de faire plus patriote et panafricain que Stephen Keshi. Dommage que ses dirigeants l'aient condamné sans prendre en considération son bilan global. Comme s'ils n'attendaient qu'un faux pas pour le déloger. 
Le DTN Shaibu Amodu, régulièrement appelé pour pallier la défection d'un coach, assume pour l'heure l'intérim. Mais déjà, se profile dans l'ombre la silhouette de Sunday Oliseh, l'ancien lieutenant de Keshi sur le terrain dans les années 1990, que certains aimeraient voir occuper le siège de son ancien capitaine. S'il devait être nommé, Oliseh, dont l'unique expérience sur le banc remonte à une D3 belge il y a six ans, bénéficiera-t-il du même «traitement de faveur» que l'expérimenté Keshi, ou bien ses zélateurs joueront-ils la carte de la clémence pour le néophyte ?
 
Frank Simon (@frank_simon)
 
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