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TAH

Depuis Tahiti, Marama Vahirua cherche un successeur

2013-2016 : trois ans après avoir arrêté sa carrière, Marama Vahirua est rentré chez lui, à Tahiti. Mais le foot fait toujours partie de son quotidien. Désormais, il se bat pour que les pépites tahitiennes tentent l'exil, comme lui.

C'était le 28 avril 2013. En demi-finales retour de la Coupe de Grèce, le Panthrakikos Komotini, battu 6-2 à l'aller, reçoit, pour l'honneur, l'Olympiakos, quasiment assuré d'aller en finale. Titulaire en attaque pour les locaux avec son numéro 6, Marama Vahirua est remplacé à la 65e minute par Katharios. Cette rencontre est la dernière du Tahitien en Europe. Agé à l'époque de 33 ans, le cousin de Pascal stoppe sa carrière à l'issue de la saison. Un dernier crochet par le Brésil pour disputer la Coupe des confédérations avec Tahiti (trois lourdes défaites face à l'Uruguay 8-0, l'Espagne 10-0 et le Nigéria 6-1).

«Je savais que je rentrerais chez moi à la fin de ma carrière»

Puis direction Tahiti, son île, là où il s'était toujours promis de retourner une fois les crampons rangés. Le temps de réaliser que ses semaines et ses week-ends ne seront plus rythmés par des entraînements, des mises au vert et des matches devant des milliers de personnes. «Depuis mes vingt ans, je savais que je rentrerais chez moi à la fin de ma carrière, confirme-t-il par Skype depuis Tahiti. Il m'a fallu deux ou trois ans pour me rendre compte que c'était fini. Je n'ai plus l'âme d'un joueur, je suis désormais passé de l'autre côté de la barrière
 
Mais il ne se voyait pas dire définitivement adieu au ballon rond. Grâce aux précieux conseils de Christian Gourcuff, avec qui il a gardé contact, Marama enfile progressivement la casquette d'éducateur pour lancer "Les stages Marama Vahirua". Chaque vacances scolaires, il accueille des dizaines de jeunes avec son équipe d'entraîneurs qu'il a sélectionnés. «Je leur apprends à vivre comme un pro. Pas seulement savoir faire un contrôle ou une passe, mais respecter son adversaire, avoir une hygiène de vie irréprochable...»
Marama Vahirua avec son équipe. (D.R)
Marama Vahirua avec son équipe. (D.R)
«On a beaucoup de mal à s'exporter, on ne voit pas notre avenir plus loin que notre île».
Hors vacances, il entraîne les seniors de l'AS Pirae, le club de ses débuts. Mais sa quête la plus chère tourne autour des jeunes au cœur de ses stages qui, il l'avoue, lui permettent de vivre. «J'essaie de recruter, d'être les yeux des clubs professionnels dans lesquels je suis passé. Pour, pourquoi pas, trouver un jour le futur Marama, tout simplement

Pour ça, il a d'abord fallu faire un état des lieux du foot local et se rendre compte des moyens à disposition. «En France, il y a un décalage entre le monde pro et les amateurs. Mais je ne te parle même pas du décalage avec le foot ici, à Tahiti, où avec trente degrés toute l'année, la plage, les cocotiers, on est en vacances tout le temps. Du coup, la mentalité est forcément différente, détaille-t-il, déterminé. Quand tu vas leur dire "Écoute, je pense que tu as un potentiel énorme, je te vois réussir", derrière, on te répond "Mais que veux-tu que j'aille faire là-bas ?". Voilà contre quoi je me bats, contre cette mentalité. On a beaucoup de mal à s'exporter, on ne voit pas notre avenir plus loin que notre île.» Et pour lui, changer de mentalité, c'est «avoir l'esprit de compétition car chez nous, quand on joue un match, c'est juste entre copains. J'essaie d'inculquer cet esprit, de la concurrence. Car cette concurrence, aujourd'hui, n'existe pas
Vahirua en action avec les enfants tahitiens. (D.R)
Vahirua en action avec les enfants tahitiens. (D.R)
«Lorsqu'on me dit "Tu es rentré à Tahiti, oublie, ça ne marchera jamais", ça m'agace»
Pour franchir les étapes petit à petit, il souhaiterait d'abord que Tahiti s'inspire des autres départements d'outre-mer français. «On est trop loin de l'hexagone. En Guadeloupe ou à La Réunion, la France est implantée, énormément de joueurs s'exportent, alors que nous, les Tahitiens, il n'y a eu quasiment que Pascal et moi. D'autres ont franchi le pas mais se sont arrêtés à un niveau amateur.» Ce combat, il le mène tout seul ou presque pour le moment. Car après seulement cinq mois comme directeur technique de l'île, il a tout bonnement claqué la porte. «Il y a eu clash tout de suite, justement par rapport à cette mentalité. On m'a fait comprendre qu'il fallait aller doucement. Mais plus le temps passe, plus on perd d'excellentes générations, il faut savoir progresser assez rapidement. Lorsqu'on me dit "Tu es rentré à Tahiti, oublie, ça ne marchera jamais", ça m'agace. Il y a des gens au pouvoir depuis très longtemps, c'est donc compliqué de perturber tout ça. J'ai préféré sortir de là et travailler vraiment pour la jeunesse
 
Il se console en restant au contact de ses anciens clubs en France comme Nantes, Nice ou Lorient. Il tente de louer le potentiel de son île. «Je leur dis "Vous n'imaginez pas le potentiel". En tant qu'ancien pro, je vois des jeunes qui n'ont jamais eu d'entraîneur  mais qui ont d'énormes qualités. Vous imaginez si on les encadre juste un petit peu ? Ça changerait tout !»
 
Pour avancer et continuer à faire connaître les jeunes pépites tahitiennes, Vahirua se voit bien revenir en France, dans un club professionnel. «Travailler avec une politique de foot que j'aime, comme le jeu à la nantaise de l'époque, se remémore-t-il, nostalgique. Pourquoi ça fonctionnait lorsque je côtoyais des entraîneurs comme Gourcuff et Denoueix ? Parce qu'on avait cette fibre du jeu à une ou deux touches, du jeu sans ballon.» Et quand on lui parle d'un poste à La Jonelière, son cœur se met à palpiter. «Je signe tout de suite ! Franck Kita sait que je suis là. Je souhaite vraiment bosser avec un club et monter un partenariat, une sorte de pont entre Tahiti et la France. Ça ne ferait que légitimer notre travail ici. Pour qu'on ne dise pas que Pascal et Marama étaient un hasard
Timothé Crépin 
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