der zakarian (michel) (L'Equipe)
Ligue 1 / 33e journée

Der Zakarian, l'enfant de Marseille

S'il n'a jamais porté les couleurs de Marseille, l'entraîneur du FC Nantes, qui a battu l'OM vendredi soir (1-0), a passé une grande partie de son enfance dans la cité phocéenne. Retour aux sources.

Le grand parking du Auchan Saint-Loup ne désemplit pas. Les clients préparent les emplettes et le ballet des automobiles sur le rond-point adjacent donne le tournis. Sur la droite, les amateurs de burgers se coltinent la queue du drive pour assouvir leur plaisir. Scène de vie quotidienne dans le 10ème arrondissement de Marseille. Niché aux entournures de ce joyeux bazar, un petit terrain de football. Il ferait presque anachronique avec sa surface stabilisée et ses cages aux filets percés. Sous l'œil bienveillant des barres d'immeuble en lisière, le stade de la Germaine n'accueille plus que quelques parties de pétanque et des parties de foot endiablées entre gamins.

«Au Vélodrome, on resquillait les places»

Il y a une quarantaine d'années de cela, un minot usait ses chaussures chaque soir avec passion. Son nom : Michel Der Zakarian. Débarqué à l'âge de deux ans de son Arménie natale en 1965, l'entraîneur de Nantes se remémore avec bonheur de ces années «La Germaine». «A chaque fois que je reviens sur Marseille, je pense à ce terrain de stabilisé, confesse le natif d'Erevan. Marseille pour moi, ça me rappelle toujours le plaisir de jouer au ballon avec les copains du quartier.» Il ne lui faudra pas longtemps pour prendre sa première licence dans le club le plus proche. Der Zakarian fait ses premiers pas dans le football sous les couleurs de Vivaux-Marronniers Sports. Du nom du quartier (Vivaux) et de la cité la plus proche, Les Marronniers. Le club du 10ème arrondissement a toujours eu une jolie réputation dans la formation, avant de connaître la radiation en 2012. Peter Luccin, Salim Arrache et Frédéric Nimani y ont notamment fait leurs armes. Der Zakarian est le premier à être repéré et part dès l'âge de onze ans parfaire sa formation à l'AS Mazargues. A cette époque-là, le club du 9ème arrondissement est fortement réputé pour la qualité de ses jeunes joueurs : Laurent Roussey, Michel N'Gom, Patrice Marquet... Ils sont tous passés par Mazargues qui fait souvent la nique à l'OM pour chiper les petites perles du coin. Une petite guéguerre a toujours existé même si le siège du club se situe pourtant à quelques encablures du Stade Vélodrome. Une proximité qui fit le bonheur de Der Zakarian. «J'ai vu plein de matches au Vélodrome jusqu'à mes douze ans, confiait-il à Presse Océan. On resquillait les places. On prenait la main d'un adulte pour entrer dans le stade. On se faisait passer pour le fiston d'un grand car lorsque tu avais moins de seize ans, tu rentrais gratuitement.» Une entourloupe bien connue à Marseille qui a escorté ses années marseillaises.

Refusé par l'OM : «Non, ce mec n'ira pas très loin»

A Mazargues, Alain Meano, figure du club et entraîneur-adjoint de Der Zak', se souvient avec émotion des premiers pas du jeune défenseur. «Il est arrivé avec ses frères. Il a toujours été quelqu'un de très respectueux, d'une gentillesse extraordinaire. On a tout de suite vu qu'il avait un supplément d'âme. On l'a vite proposé à l'OM et à Jean Robin (NDLR : 186 matches à l'OM et encadrant technique à l'époque). Ce dernier nous a rétorqué : «Non, ce mec il n'ira pas très loin, il ne nous intéresse pas.» Tant pis pour eux hein (rires). Mais je regrette toujours quand un Marseillais n'a pas sa chance à l'OM.» Der Zakarian n'en tient pas rigueur et se remet au boulot. Il enchaîne les sélections en équipe de Provence, en Ligue Méditerranée jusqu'à ses seize ans. A cette époque-là, il croise à Mazargues Gilbert Ceccarelli, gardien de but de l'AS Saint-Etienne et de Bastia dans les années 80-90 et aujourd'hui entraîneur des gardiens au Paris FC, en passe de monter en Ligue 2. Une grande amitié se noue entre les deux jeunes hommes. «Lui et moi, on était chiens et chats, raconte Ceccarelli. On n'arrêtait pas de se chambrer tout le temps. Ca faisait partie du jeu. D'ailleurs, on se donne toujours le même surnom depuis par rapport à une proéminence corporelle : Nasole («gros nez»). On n'a malheureusement pas trop l'occasion de se voir, mais quand on se retrouve, j'ai l'impression que c'est une réunion d'anciens combattants.»
 
Quand les combattants de Mazargues sont arrivés en fin de formation, l'ASSE a refusé Der Zakarian après un essai et c'est finalement Nantes qui s'est montré le plus persuasif pour le signer en 1980 alors qu'il n'avait que dix-sept ans. Ceccarelli, lui, est resté à Marseille encore un an avant de rejoindre les Verts. «Mais on s'est vite retrouvés à l'armée, au bataillon de Joinville où on a aussi fait les couillons de temps en temps», raconte Ceccarelli.
«Il a les capacités pour entraîner l'OM»
Des années plus tard, Der Zakarian continue d'inspirer respect et bons souvenirs aux anciens de Marseille qui l'ont connu. Ceccarelli : «Je suis vraiment fier de lui et de tout ce qu'il a accompli depuis. Le foot pour lui c'est sa vie. Retrouver l'OM, j'imagine que c'est toujours un peu bizarre. Quand tu es marseillais, tu as beau jouer n'importe où dans le monde, tu restes toujours supporter de l'OM. On a toujours ça dans le cœur. Point barre. Lui je pense que c'est pareil. Il est à fond pour Nantes, il fait son métier honnêtement, mais il y a toujours une partie de nous qui reste à Marseille, ça ne s'enlève pas ça.» Même son de cloche chez Alain Meano qui voit plus loin pour Michel Der Zakarian : «C'est un petit de Marseille. Il a les capacités pour entraîner l'OM. Je le lui souhaite de tout cœur en tout cas.»

Johan Tabau
 
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