Deux personnes ont été mises en examen dans l'affaire des comptes du SC Bastia (?). F. Faugère/L'Équipe
Bastia

Deux mises en examen dans l'affaire des comptes de Bastia

Joseph Lorenzoni, le comptable, et Antoine Vincenti, le commissaire aux comptes du Sporting Club de Bastia, ont été interpellés et placés en garde à vue. Ce sont les deux premières mises en examen dans cette affaire.

Joseph Lorenzoni était le comptable du Sporting Club de Bastia, Antoine Vincenti le commissaire aux comptes. Ces derniers jours, ils ont avalé les kilomètres sur les routes sinueuses de la Corse. Interpellés à leur domicile bastiais mardi, ils ont été placés en garde à vue à Ajaccio, avant de retourner à Bastia jeudi où ils ont été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire, dans le cadre de la liquidation dont fait l'objet le Sporting, étouffé par les dettes. Ils n'ont pas le droit de se voir et ont interdiction d'entrer en contact avec les anciens dirigeants. Le Parquet aurait en outre demandé que les deux hommes cessent toute activité professionnelle. Une requête rejetée par Thomas Meindl, le juge d'instruction, chargée de l'affaire.
Lorenzoni est mis en examen pour « faux, complicité de banqueroute, complicité de présentation de comptes annuels inexacts et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un ou plusieurs délits ». Antoine Vincenti est, quant à lui, mis en examen pour « non-révélation de faits délictueux par le commissaire aux comptes et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un ou plusieurs délits ». Antoine Vincenti aurait donc failli à l'une de ses missions.
La liste sans fin des créanciers du SC Bastia
Quand un officier public ou un fonctionnaire acquiert « la connaissance d'un crime ou d'un délit », il doit prévenir un procureur de la République. Lors de notre enquête sur la banqueroute du Sporting, nous avions joint ces deux personnes pour les interroger sur le montant de la dette du club. Ils avaient refusé de répondre à nos questions, Vincenti consentant seulement à dire qu'il n'avait rien à se reprocher et qu'il avait effectué le nécessaire. L'enquête préliminaire, qui avait été confiée il y a un an à la Direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) d'Ajaccio, a permis, selon Caroline Tharot, la procureur de Bastia, « d'établir notamment que les règles et les principes de comptabilité n'avaient pas été respectés dans la tenue de la comptabilité de la SASP durant plusieurs exercices successifs ».
La liste des manquements est longue : passation d'écritures comptables sans pièces justificatives comptables, enregistrement d'opérations fictives, non-respect des délais imposés. Le tout ayant pour but la poursuite de l'activité du club, alors que, pour le parquet de Bastia, « la situation financière de la société apparaissait, très rapidement, manifestement fragile, ou compromise avec des capitaux propres négatifs pendant plusieurs années ».

Probablement une deuxième vague d'interpellations

Un des proches du dossier nous avait confié il y a quelques semaines que les comptes « n'avaient pas été falsifiés car ils étaient faux dès le départ ». Il faut rappeler que les dettes du club dépassaient les 27 M€. Les deux experts risquent cinq ans de prison. Ils n'ont pas été les seuls à être entendus par la justice. Corine Piacenti, ancienne salariée du club et comptable, et Virginie Pasqualini, assistante comptable, ont également été interpellées et placées en garde à vue. Mais elles n'ont pas été mises en examen puisqu'elles bénéficient du régime de témoin assisté.
Cette première vague d'interpellations devrait en appeler une deuxième. Les dirigeants dont Pierre-Marie Geronimi, l'ancien président, devraient être concernés. L'information judiciaire est également ouverte « contre X des chefs de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un ou plusieurs délits, banqueroute, abus de biens sociaux, escroquerie, recel d'abus de biens sociaux, recel du délit de banqueroute, présentation de comptes annuels inexacts pour dissimuler la situation d'une société par action ».
Car si Joseph Lorenzoni, dont la société (SAS Ascofi) fait au passage partie des 115 créanciers du Sporting, et Antoine Vincenti ont fauté, on imagine très mal qu'ils aient agi de leur propre initiative.
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