maradona (diego) (P.Boutroux/L'Equipe)

Diego Maradona, à nos actes manqués

Diego Maradona est mort. Et c'est tout un pan du football qui s'en va. Surtout pour une génération qui n'a pas eu la chance et le privilège de le voir jouer. Billet d'humeur.

Aujourd’hui, Diego est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Je ne sais plus à vrai dire où je suis. Sonné. Groggy mais pas surpris. Le voir entrer sur la pelouse du Bosque comme un petit vieillard  tout chancelant m’avait déjà pincé le cœur. Perdu au milieu des embrassades et des félicitations pour ses soixante bougies, Diego n’était déjà plus là. Incapable de booster son Gimnasia, il quitte même son trône en plein milieu de la rencontre. La mort toquait déjà violemment à la porte mais Maradona s’en accomoderait bien me dis-je. La faux l’a frôlé tant de fois qu’à force, son souffle puissant n’était plus qu’un petit gazouillement à ses oreilles… Et puis survint ce 25 novembre que je n’oublierai plus désormais. Le jour où nous découvrons tous que personne n’est éternel, pas même ce petit bonhomme qui aurait déjà dû crever une trentaine de fois. Diego Maradona est mort. Il faudra s’y faire et il sera dur de vivre avec.

Nous avons vu Zidane, nous avons vu Messi, nous avons vu Ronaldo... Nous avons loupé Diego

Du haut de mes «petites» trente-deux années, je n’ai jamais eu la chance de voir évoluer El Pibe de Oro ou si peu. Son cri du cœur face à la Grèce à la Coupe du monde 1994 réveille parfois des réminiscences de bambin, se mélangeant aux souvenirs mais aussi à la construction que l’on s’y fait. L’ai-je vraiment vu ou m’en suis-je auto-gravé un précieux souvenir ? Privé de cette chance, ma génération de trentenaire devra se muer en rat de bibliothèque pour rattraper le temps perdu. Nous en avons bouffées des vidéos youtube, des vieux matches sur VHS et des anecdotes du daron : «Diego… c’était Diego», comme s’il faisait bégayer tous les circuits du cerveau et qu’il était impossible de poser des adjectifs ou des mots pour le décrire. Il faudra vivre avec ça toute notre vie : Nous avons vu Zidane, nous avons vu Messi, nous avons vu Ronaldo, nous avons vu CR7… Nous avons loupé Diego. Et plus que jamais, putain que je m’en veux de ne pas avoir dix ou vingt piges de plus aujourd’hui.
 
J’aurais aimé exulter à la Bombonera pour son accomplissement et son retour triomphal, j’aurais aimé le défendre corps et âme alors que les pisse-froid devaient balancer à l’époque Barça des «Boh, il réussira jamais en Europe ce mec-là», j’aurais aimé me bourrer la gueule avec lui un soir à Naples, j’aurais aimé le voir châtier l’Angleterre à lui tout seul et voir pousser sur son corps à la fois les cornes du diable et les ailes d’un ange. J’aurais tant aimé que Diego ne soit pas qu’une pellicule de VHS. Alors, je me raccrocherai à ce que j’ai. Comme nous nous accrochons tous à des petites branches de souvenir qui nous évitent de sombrer dans une tristesse incommensurable. Ma réédition du maillot de l’Argentine 86, ma gigantesque photo polycopiée et la minuscule chance de l’avoir vu de mes yeux. L’Albiceleste était venue s’entraîner à Gémenos près de Marseille et Dieu en personne m’a fait coucou en rentrant dans le bus ramenant l’équipe nationale vers la cité phocéenne. Mon amertume et ma profonde tristesse se diluent dans la joie de ce moment unique. Si dérisoire mais si fort. Alors, serrons tous avec tendresse ces infimes morceaux de bonheur en compagnie de Diego Armando Maradona. Ils sont aujourd’hui plus que jamais précieux.

Johan Tabau

J'aurais aimé que Diego ne soit pas qu'une pellicule de VHS