(L'Equipe)
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Diego Maradona, plein sud

Dans l'édition de ce mardi, France Football revient sur le transfert de Diego Maradona a l'été 1984. Un événement qui a marqué à jamais l'histoire du club du sud de l'Italie et la vie du Pibe de Oro. Décryptage.

Il y a des actes qui marquent de façon indélébile l'histoire d'un club, le font changer de dimension, ou regagner un rang perdu à la suite de déconvenues sportives régulières. Nous parlons, bien sûr, de ces transferts de joueurs exceptionnels qui ont complètement chamboulé la donne à un moment donné, modifiant l'équilibre des forces en présence, que ce soit au plan local ou international. On pense par exemple à l'arrivée d'Alfredo Di Stefano au Real Madrid en 1953, qui a transformé les Merengue en bastion imprenable de la naissante Coupe des clubs champions.

Quelques autres cracks peuvent se vanter d'avoir eu une telle influence sur le destin de leur nouvelle équipe, comme par exemple un Johan Cruyff qui a permis au Barça de remporter la Liga pour la première fois depuis quatorze  ans, avant d'en devenir une référence tecnico-tactique et de se hisser sur le toit du continent. Ou encore ce Franz Beckenbauer passé du Munich 1860 au Bayern au milieu des années 60, chamboulant dans un premier temps la hiérarchie locale pour ensuite faire du FCB un bastion du foot européen. Mais aucun n'a fait bouger les lignes autant que Diego Armando Maradona en débarquant à Naples le 5 juillet 1984.
Rarement un footballeur venant de l'extérieur s'est identifié à ce point à un club, à une ville.
Comme nous l'expliquons dans notre hebdomadaire cette semaine, l'Argentin a permis au club du sud de l'Italie de pouvoir faire jeu égal avec les ténors nordistes. Sous sa houlette, le Napoli a remporté deux titres de champion en l'espace de trois ans (1987 et 1990), a accumulé les places d'honneur et même gagné un tournoi continental, la Coupe de l'UEFA, en 1989. Mais pour les Napolitains, le génial numéro 10 représente bien plus encore. Il est ce joueur qui leur a assuré d'être au centre du Grand Jeu, de peser vraiment sur l'échiquier de la Serie A et de pouvoir regarder les autres tifosi droit dans les yeux. «Moi, ancien gamin des faubourgs miséreux de Buenos Aires, j'ai joué pour les enfants pauvres de Naples», aimait à répéter Maradona lorsqu'il portait le maillot azzurro. Il parlait aussi «d'équipe ouvrière qui défiait sans peur les puissants».

Rarement un footballeur venant de l'extérieur s'est identifié à ce point à un club, à une ville. Et en a épousé vices, excès et vertus. Pendant sept ans, Diego aura été un camarade en or pour ses coéquipiers sur le terrain, et un garçon généreux en dehors, capable, par exemple, de jouer un match sur un terrain boueux de la banlieue de Naples pour récolter des fonds pour un gamin à opérer d'urgence. Naples, pour lui, aura été aussi, malheureusement, la pression excessive des supporters, la drogue et les liaisons dangereuses avec le clan camorriste des frères Giuliano. Ce que met clairement en avant le documentaire d'Asif Kapadia, aujourd'hui dans les salles françaises. Un documentaire qui insiste aussi sur ses histoires extraconjugales, notamment avec Cristina Sinagra, qui donnera naissance à Diego Juniors (voir le dossier du Magazine de l'Equipe, sorti en kiosque samedi dernier). Et boucle le film sur l'image d'un Maradona seul et triste, quittant la grande cité du sud de la péninsule oublié de tous. Vraiment ? Asif Kapadia se trompe : Naples n'a jamais renié son «gamin en or». Ce que nous avons pu constater avec émotion un jour de juin 2005 en voyant 80 000 personnes, souvent les larmes aux yeux, accueillir au stade San Paolo ce même Maradona, venu pour le jubilé de son pote et ancien coéquipier Ciro Ferrara. Après quatorze ans loin l'un de l'autre, Diego et son peuple avaient besoin de se clamer leur affection. Encore plus que ce fameux 5 juillet 1984, lorsque El Diez vivait son premier jour d'idole du Napoli.

Roberto Notarianni

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ISSA BAL 1 août à 20:31

Diégo Armando Maradona aura écrit les plus belles pages de l'histoire de tout un continent et singulièrement de l'Italie.Avec Naples, la star planétaire a pendant sept bonnes années plongé le club sudiste dans une ambiance de football qui ne sera jamais égalée.

Gaucho 1 août à 11:10

Gloire et decheance d un homme qui a reçu des dons immenses de la vie mais qui n a eu ni la gratitude necessaire ni l humilité de reconnaître qu'au départ il n y est pour rien et qui a cru que tout advenait uniquement par lui m?me. Un narcissique perdu dans dans sa propre contemplation et jou? par un entourage beaucoup plus cynique qu' il ne pouvait l être.

boubaker54 31 juil. à 22:40

Diego A Maradona est un dieu des stades à Napoli et en Argentine et le génie du foot pour les amoureux du beau football,il est tout simplement une légende que personne n'oubliera pour l'éternité

ghys59 31 juil. à 21:50

J'ai vu le documentaire cet après-midi. Il y a un parallèle magnifique entre Diego, le gamin des bidonvilles, pas prêt psychologiquement à assumer toute cette gloire, et Maradona, la star planétaire, devenue enfant de Naples - auquel il apporta quatre trophées dont deux tires de champion d'Italie -, avec tous ses excès, dont la drogue et les fréquentations malsaines.

johnbeka11453 31 juil. à 19:25

J'Y ETAIS ,et j'ai assisté à la folie d'un peuple pour l'amour de son club ; ,inoubliable!

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