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Diego Maradona donne ses consignes lors du match Argentine - Nigeria (1-0), le 12 juin, lors de la Coupe du monde 2010. (J.-L.Fel/L'Équipe)
Disparition

Diego Maradona sélectionneur de l'Argentine, mariage de déraison

L'histoire de Diego Maradona avec la sélection argentine est aussi celle d'un sélectionneur. Deux saisons chaotiques, marquées par l'échec de la Coupe du monde 2010. À trop aimer sa nation, Diego a cru qu'elle lui appartenait.

28 octobre 2008. Coup de tonnerre. L'Argentine se cherchait un sélectionneur depuis le départ d'Alfio Basile, elle l'a trouvé en la personne de Diego Maradona. Impensable tant le gamin en or, rattrapé par ses excès, accumule les problèmes de santé depuis plusieurs années. À la tête de la fédération argentine, Julio Grondona fait le pari fou de confier une sélection en panne depuis la Coupe du monde 2006 à un sélectionneur inexpérimenté et à un homme incontrôlable. Afin de canaliser le bonhomme, il nomme Carlos Bilardo, sélectionneur titré en 1986, manager de l'équipe nationale. 21 mois et 24 matches (pour 18 victoires et six revers) ne suffiront pas à qualifier ce choix de judicieux. Au fil des rassemblements, Maradona l'entraîneur tâtonne et improvise. Il fait appel à plus de 100 joueurs en moins de deux ans. Parvient à se mettre en partie à dos un pays qui l'idolâtre. Et échoue finalement en quarts de finale de la Coupe du monde 2010 face à une Allemagne qui expose l'absence de progrès de l'Argentine (0-4). El Pibe de Oro est invité à quitter son poste. Un échec qui porte la marque de son orgueil et de sa paranoïa.

Humiliation historique et qualification épique

Les premiers pas annoncent la couleur. Dans la grisaille de Glasgow, 450 journalistes attendent de voir le nouveau sélectionneur. Pourtant, l'Argentine ne s'apprête à disputer qu'un modeste amical contre l'Ecosse en ce 19 novembre 2008. Mais voilà, pour la première de ses 24 sorties, Maradona prend toute la lumière. Le succès 1-0 de ses joueurs reste une anecdote de cette journée d'automne. Suivent une victoire symbolique à Marseille contre une triste équipe de France (2-0) pour lancer l'année 2009, puis un succès convaincant contre le Venezuela (4-0) en éliminatoires du Mondial avant de connaître, déjà, les premiers remous. À La Paz, l'Argentine est étrillée par la Bolivie. Une humiliation pour Maradona et ses ouailles. En ce 1er avril, la farce passe mal. Menés 3-1 à la pause, les Argentins boivent le calice jusqu'à la lie. Pendant que Joaquin Botero, le buteur bolivien, s'offre un triplé, le jeune Angel Di Maria craque et voit rouge. Le score final est irréel : 6-1.

L'Argentine, double championne du monde, emmenée par Messi et guidée par Maradona subit la plus lourde défaite de son histoire. Et le rassemblement du mois de juin ne permet pas de panser les plaies. Car le court succès devant la Colombie (1-0) est suivi, quatre jours plus tard, d'une nouvelle déconvenue en Equateur (0-2). Pire, en septembre, les Argentins s'inclinent devant leur public face à l'ennemi brésilien (1-3), puis sont punis après une autre performance insipide au Paraguay (0-1). Une série de trois revers consécutifs qui met la sélection dans une position périlleuse dans ces éliminatoires à la Coupe du monde 2010. Maradona n'est pas là depuis un an et il y a déjà urgence. Si l'aura de l'icône protège ses joueurs des critiques, son inaltérable goût du spectacle et des projecteurs semble prendre le pas sur le projet sportif. En un an, l'Argentine n'a pas progressé.
«À ceux qui n'ont pas cru en moi, qu'ils viennent me la sucer et qu'ils continuent de me la sucer»
En octobre, le dilemme est simple à l'approche des deux dernières rencontres des éliminatoires. L'Albiceleste doit s'imposer contre le Pérou puis prendre un point en Uruguay pour s'éviter un passage par les barrages ou, pire, une non-qualification au Mondial sud-africain. Et quand le Péruvien Rengifo égalise à la 90e minute au Monumental, on se dit que c'en est fini. Mais Dieu avait encore un miracle dans sa manche. Au bout du temps additionnel, sous une pluie diluvienne, Martin Palermo se retrouve seul face au but vide après un cafouillage en pleine surface. Il propulse la balle au fond et maintient l'espoir dans tout un pays. Intenable sur son banc, Maradona improvise un plongeon sur le ventre. Comme s'il était encore un acteur sur le pré.

En Uruguay, c'est Mario Bolatti qui endosse cette fois le costume de sauveur, avec un nouveau but dans les dernières minutes. Diego peut souffler, l'Argentine verra l'Afrique du Sud. Mais plutôt que de profiter de cette qualification durement acquise pour rassembler, le sélectionneur décide de jouer la carte «seul contre tous». ll n'oublie pas les critiques des derniers mois et les doutes quant à ses capacités. Au cours d'une conférence de presse lunaire, il transforme en bad buzz une soirée qui aurait dû être une fête. «Je n'ai rien à faire de ce que disent ces putes de journalistes. À ceux qui n'ont pas cru en moi, qu'ils viennent me la sucer et qu'ils continuent de me la sucer», lance-t-il devant un auditoire hébété. Le début d'une période de défiance à l'approche de la Coupe du monde.

Diego paranoïa

À quelques mois d'une telle échéance, Bilardo et Grondona sont piégés. Impossible de se séparer de Maradona malgré la qualification laborieuse. Une fois de plus avec Diego, ce sera tout ou rien et seul contre tous. Malgré cette fin d'année rocambolesque, l'Albiceleste démarre 2010 en fanfare. Les derniers matches amicaux de préparation au Mondial se déroulent parfaitement. Deux victoires contre le Costa Rica et la Jamaïque, un succès de prestige en Allemagne, puis deux déculottées infligées à Haïti et au Canada en mai. Sur le plan comptable, rien n'est à redire. Mais le style de cette Albiceleste peine à susciter l'engouement. Le joueur virtuose est devenu un entraîneur aux idées ternes, incapable de proposer autre chose que des discours d'avant-match qui prennent aux tripes et entraînent ses joueurs avec lui.

Aux envolées lyriques du vestiaire succède l'improvisation tactique du terrain. Tant pis, le Mondial est déjà là, advienne que pourra. Dans le groupe B, l'Argentine doit croiser le fer avec le Nigeria, la Corée du Sud et la Grèce. Et si la première rencontre contre les Super Eagles se solde par un succès timide (1-0), les coéquipiers de Messi écartent facilement les Sud-Coréens (4-1) et les Grecs (2-0), pour s'offrir aisément la tête. En huitièmes de finale, le Mexique se présente sur la route des Sud-Américains. Face à un premier adversaire référencé, les hommes de Maradona confirment leur superbe dynamique en signant un neuvième succès de rang (3-1). Doublé de Tevez, but d'Higuain, les individualités argentines déroulent.
«Grondona m'a menti, Bilardo m'a trahi»
Une force de frappe offensive qui sème le doute à l'heure des pronostics avant le quart de finale contre l'Allemagne des Özil, Müller, Schweinsteiger et autres. «Pour nous battre, il faudra que nos adversaires laissent leur peau sur le terrain», annonce le coach argentin. Mais face à cette Mannschaft, les seuls discours sur l'état d'esprit ne pèsent pas grand-chose. Au Cap, l'Albiceleste prend une leçon comme elle en a rarement reçue en Coupe du monde. Etouffée, baladée, disséquée, l'Argentine prend l'eau de partout. Au cœur du jeu, le trio Schweinsteiger-Khedira-Özil règne et distribue le jeu à sa guise. Devant, Klose et Müller sont les deux tueurs que Tévez et Higuain rêvaient d'être. Menés dès la troisième minute après un but de Müller, les hommes de Maradona restent à portée de fusil pendant plus d'une heure. Mais ils n'ont fait que maintenir une pâle illusion. Les 20 dernières minutes virent à la correction. Klose, Friedrich, puis Klose pour le doublé mettent fin à la blague. Vaincue sur ses terres quatre mois plus tôt, l'Allemagne fait exploser l'Argentine en plein vol. Invaincus jusque-là en 2010, la chute est rude pour les Argentins. S'ils ont su faire ce qu'il fallait pour s'en sortir face à des adversaires inférieurs, le premier duel face à un cador a levé le voile sur l'ensemble de leurs manques.

En Afrique du Sud, Maradona aura réussi à faire rêver son pays mais la réalité l'a rattrapé à la première difficulté. À l'heure du bilan, la fédération n'hésite pas longtemps à annoncer qu'elle ne renouvellera pas le bail de son sélectionneur. Touché, Diego crie au complot. «Grondona m'a menti, Bilardo m'a trahi», résume-t-il. Avant d'étayer : «Dans les vestiaires juste après notre élimination en Afrique du Sud, Grondona m'avait dit qu'il était très satisfait du travail que j'avais accompli et qu'il souhaitait que je reste [...] Bilardo a œuvré en coulisse pour me mettre dehors.» Encore une fois, la sortie est ratée. Convaincu d'être persécuté, Maradona semble être le seul à ne pas voir l'évidence : «Ils avaient fait appel à moi pour éteindre un incendie et maintenant que je l'ai fait, voilà ce qui arrive.» Comme quoi, même chez les plus grands, l'amour rend aveugle.
Quentin Coldefy
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