linares (david) (L.Argueyrolles/L'Equipe)
Ligue 1 - Dijon

Dijon : David, progression Linarès

L'intérim n'aura pas duré. Envoyé en première ligne pour diriger le match face au FC Metz, David Linarès va finalement occuper le banc dijonnais pour le reste de la saison. Un défi de taille pour un entraîneur novice à ce niveau. Mais connaître un club de l'intérieur depuis quinze ans vaut parfois toute l'expérience du monde. Portrait d'un coach au parcours linéaire.

Tout vient à point à qui sait attendre. Depuis la fin d'une carrière de joueur qui l'aura vu passer par l'OL, Troyes, Tenerife et... Dijon, David Linarès s'était fait discret. Resté dans son dernier club pour apprendre le métier d'entraîneur, l'ancien milieu de terrain a pris son temps. Dix ans exactement. Mais la situation récente du DFCO l'a soudainement fait sortir du bois. Après s'être séparé de Stéphane Jobard, le président Olivier Delcourt a choisi de nommer celui qui en était l'adjoint au poste d'entraîneur principal. A 45 ans, David Linarès démarre sa nouvelle carrière en Ligue 1 dans l'urgence. Car avec seulement quatre points et aucune victoire en dix journées, les pensionnaires de Gaston-Gérard sont lanterne rouge du Championnat et n'ont plus de temps à perdre pour se lancer dans une mission maintien aux airs de baptême du feu. Un comble pour un entraîneur qui n'a jamais brûlé les étapes. Après l'avoir croisé lors de son parcours en Bourgogne, Florent Balmont, Mickaël Isabey et Eric Carrière présentent celui qui entame l'ultime épreuve d'une longue période d'apprentissage.

«Avoir du caractère, ce n'est pas crier»

Mickaël Isabey se souvient de sa rencontre avec David Linarès en section sportive à Besançon. A l'internat, les collégiens jouent au foot dans les couloirs. «Je lui mettais souvent des petits ponts, il détestait ça», se remémore, en riant, l'actuel coach des U19 à Dijon. «David est quelqu'un de passionné, avec un caractère réservé mais déterminé», présente-t-il. Avant de poursuivre : «Il est très attaché à l'idée de rendre au club ce qu'il lui a apporté ces dernières années.» Même son de cloche chez Florent Balmont. Le jeune retraité désormais consultant pour Téléfoot a notamment connu Linarès au poste d'adjoint lors de ses dernières années de joueur : «Il est très discret, pas friand de la lumière.» Une attitude humble et une apparence discrète qui peuvent facilement tromper son monde comme l'explique Eric Carrière. «Avoir du caractère, ce n'est pas crier. Pour éduquer, il faut arriver à le faire sans gueuler. David est dans ce registre», précise celui qui a fait la rencontre de Linarès à l'armée, avant de jouer le Championnat du monde militaire en Iran. «Pour l'avoir connu sur le terrain, quand il faut aller au contact, il y va. On s'est déjà pris la tête sur des 5 contre 5 au point d'arrêter de jouer. Sinon, ça allait dégénérer (Rires.). Il ne crie pas, mais il ne s'écrase pas.»
«Quand il est arrivé au poste d'adjoint, j'ai trouvé un coach très à l'écoute. Notamment avec les joueurs en difficulté. Il a besoin de contact avec les joueurs. Dialoguer, échanger : c'est sa marque de fabrique.»
Un trait de caractère qui se retrouve dans le style managérial de nouvel entraîneur dijonnais. «Quand il est arrivé au poste d'adjoint, j'ai trouvé un coach très à l'écoute. Notamment avec les joueurs en difficulté, souligne Florent Balmont. Il a besoin de contact avec les joueurs. Dialoguer, échanger : c'est sa marque de fabrique.» En place depuis 2019 auprès des U19, Mickaël Isabey appuie le constat après plus d'une saison au club : «C'est une vraie force qu'il a eu comme adjoint et qu'il aura en tant que coach. C'est sa façon de faire passer ses messages.» A l'aise dans les relations individuelles en tant qu'adjoint, Linarès l'était aussi avec le groupe. «On ne le sentait pas déstabilisé à l'idée de diriger une séance tout seul. Il avait une attitude très positive, encourageait énormément», ajoute Florent Balmont. Un management qui a déjà pu se ressentir pour son premier match à Metz (1-1 le 8 novembre). «Ce que j'ai vu contre Metz, ce sont des joueurs qui osent, sans peur de prendre des risques et qui jouent sur leurs qualités, s'enthousiasme Eric Carrière. Je leur souhaite de continuer parce que c'est plus plaisant de voir des joueurs qui n'ont pas peur de tenter des choses.» Une nouvelle pierre à un édifice très fragile qu'il va falloir rebâtir petit à petit. Mais Linarès sait avancer progressivement.
David Linarès, en 2006, sous les couleurs de Dijon. (DELORME/L'Equipe)
David Linarès, en 2006, sous les couleurs de Dijon. (DELORME/L'Equipe)

Eloge de la patience

«Il a toujours eu cette fibre pour le métier d'entraîneur, se souvient Mickaël Isabey. Il a un parcours très progressif qui montre qu'il s'est construit d'année en année comme entraîneur.» Retraité à l'été 2010, Linarès entame immédiatement sa reconversion. Il occupe d'abord le banc de l'équipe féminine du DFCO pendant deux saisons. Puis enchaîne auprès des jeunes en formation et de la réserve avant de rejoindre le staff de l'équipe pro auprès d'Olivier Dall'Oglio, d'Antoine Kombouaré et enfin de Stéphane Jobard. De quoi se laisser le temps d'apprendre. «Ce n'est pas quelqu'un qui se positionne comme le sachant. Il est toujours dans une posture d'apprentissage, enchérit Eric Carrière. Je pense qu'il avait besoin de passer par des étapes pour en arriver là aujourd'hui.» En 2009-10, Linarès et Carrière se lancent ensemble dans les formations au métier d'entraîneur en parallèle de leur ultime saison de joueur. «Quand on était encore en formation, je ne le sentais pas prêt à faire des choix. C'est quelqu'un qui est beaucoup dans l'affect, c'est important mais ça ne doit pas être prioritaire vis-à-vis de la compétence, explique l'actuel consultant pour Canal+. A l'époque Philippe Carteron faisait des choix qui, parfois, t'emmerdent en tant que joueur. Mais on se disait qu'on se formait à devenir entraîneur et qu'il faut aussi savoir expliquer ce genre de choses à des personnes que tu connais bien.» 
«Aujourd'hui, je trouve qu'il a beaucoup plus de recul dans ses prises de décision.»
Visiblement encore trop vert pour se lancer plus haut, Linarès profite de ses expériences au sein du club dijonnais pour s'enrichir. «Il a pris les filles pour débuter et je l'ai vu évoluer dans son métier de coach. Il a travaillé dans un contexte associatif, avec des terrains pris par d'autres équipes et gérés par la municipalité. Ça lui a fait gagner en maturité», analyse Eric Carrière. Avec les jeunes et la réserve, il découvre d'autres manières de manager. «Ceux qui sont passés par la formation ont tendance à être plus patient avec les joueurs et à permettre aux clubs de valoriser leurs jeunes», ajoute son ancien coéquipier. Un lien qu'il n'a pas perdu en arrivant au cœur du groupe professionnel comme le rappelle Mickaël Isabey : «Il sait ce qu'il se passe à la formation et garde un œil dessus au quotidien. Il s'inscrit dans un projet de club dont les échanges sont permanents.» En fin de carrière au moment où Linarès est nommé adjoint, Florent Balmont n'oublie pas l'attention que lui a témoigné le nouvel entraîneur dijonnais. «Sur mes dernières saisons, il a été là pour moi, sans en faire trop, dans les périodes où je jouais moins, souligne le néo-retraité. Il me comprenait parce que lui aussi avait connu ça.» Cette promotion, Linarès la doit d'abord à son parcours linéaire au sein d'un seul et unique club. «Aujourd'hui, je trouve qu'il a beaucoup plus de recul dans ses prises de décision, avance Eric Carrière. Je n'ai pas été surpris qu'il ait été choisi. A partir du moment où le club pousse pour que tu ailles jusqu'au diplôme, c'est bien pour que tu prennes les rênes du groupe pro à un moment ou un autre.» 

Le banc bourguignon

Le moment est justement arrivé. Et les chantiers qui attendent le tout nouvel entraîneur sont nombreux. Avec une priorité. «La clé sera d'abord de faire regagner de la confiance aux joueurs et de retrouver un état d'esprit positif», annonce Mickaël Isabey. «L'engagement des joueurs sera essentiel dans ses premiers pas. Qui est-ce qu'il va arriver à entraîner avec lui dans son projet ? Le management sera prioritaire, partage Eric Carrière. La tactique, la technique, tout ça c'est très important. Mais sans discours sur la cohésion, l'esprit et l'engagement, ça ne fonctionnera pas.» Un défi qu'il faudra relever alors même que Linarès sera contraint de s'absenter par période. Car le jeune entraîneur doit encore valider son BEPF. Un risque de plus dans ce choix d'Olivier Delcourt ? «C'est plus un challenge qu'un risque, tempère Eric Carrière. Est-ce que ce n'est pas intéressant de passer un diplôme d'entraîneur en parallèle d'une expérience pratique ?». Mickaël Isabey n'affiche pas non plus d'inquiétude : «Il y a aussi de l'expérience dans le staff pour transmettre les consignes aux joueurs et les encadrer en son absence.»
Dans une période morose pour le club bourguignon, les réactions à la nomination de Linarès sont enthousiastes. «Ça ne servait à rien d'aller chercher un coach avec de l'expérience, tranche Florent Balmont. La tâche est difficile, il fallait une personne qui est appréciée du club. Il connaît les joueurs, il connait le club et ses valeurs, il va gagner du temps par rapport à un coach qui serait arriver de l'extérieur.» Car le temps presse et il faudra mobiliser les troupes pour sauver un club installé en Ligue 1 depuis 2016. Et Mickaël Isabey n'a pas de doutes à ce sujet : «Il s'est construit ici pendant 10 ans, il connait le travail qui a été effectué au club pour en arriver là. Il saura faire en sorte que les joueurs se battent pour ça.» De son côté, Eric Carrière insiste sur le consensus qui s'est dégagé au sein du club après le match à Metz. «J'ai l'impression que c'est vraiment tout un club qui l'a choisi. C'est un signal fort qui l'a convaincu à y aller. C'est un bon choix, mais ça reste bien sûr un challenge.» Sauver le DFCO pour se construire une cote en or à Dijon.
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RensenbrinkRIP 22 nov. à 15:34

Titre avec un jeu de mots sympa. Cependant, en statistique, ce qui est le plus connu est la régression linéaire...

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