(L'Equipe)
AUT - Salzbourg

Dominik Szoboszlai (Red Bull Salzbourg) : «Tu ne peux pas jouer sans prendre de risques»

Dominik Szoboszlai, c'est 19 ans de talent pur, d'élégance, d'intelligence tactique, et surtout un travailleur acharné. Au top cette saison avec le Red Bull Salzbourg (12 buts et 18 passes), il attire les grands d'Europe mais garde la tête froide et levée, prise d'informations oblige. Son entretien avec FF.

«Après la reprise, vous avez marqué 8 buts et délivré 11 passes. Comment expliquer cette explosion ?
Après le coronavirus, je suis vraiment revenu comme un fou parce que je n'ai pas arrêté de travailler dur. Peut-être que pour 90% des footballeurs, cette période était merdique, mais pour moi c'était parfait. J'allais souvent courir dans la rue. Dans mon appartement, j'ai transformé une pièce en salle de sport, pour pouvoir m'entraîner chez moi, en plus d'avoir un coach personnel. Je n'ai pas arrêté, et ensuite ça a payé.

Cette saison, vous avez joué partout (8, 10, à gauche). Que préférez-vous ?
Dernièrement avec Salzbourg on jouait en 4-2-2-2 où je suis un des deux numéro 10, sur le côté gauche. C'est ce que je préfère. Parce que je peux repiquer à l'intérieur sur mon pied droit et tirer. Mon pied droit c'est mon point fort. Mais tu dois toujours travailler pour l'améliorer. Par exemple, après l'entraînement, je reste toujours pour tirer 50 coups francs. Pour moi c'est important parce qu'un coup franc c'est une occasion de marquer. En plus je pense ne pas trop mal les tirer...

Tirer un coup franc, ça reste un risque...
Tu ne peux pas jouer au football sans prendre de risques. Je suis un joueur qui aime prendre des risques, parce que tu montres que tu n'as peur de rien. Je n'ai peur de personne ou de quoi que ce soit. Quand tu fais des erreurs, ça veut dire que tu as essayé. Si tu n'essaies pas, tu ne peux pas en faire, mais tu n'as rien fait.

Jouer à autant de poste, ça forge une culture tactique ?
On a joué dans beaucoup de schémas : 4-2-3-1, 4-2-2-2, 4-4-2 diamant, et dans chacun d'eux je sais ce que je dois faire, quelle position je dois avoir, qui je dois attaquer. C'est très important de savoir tout ça car quand tu joues à gauche, tu ne joues pas de la même manière qu'à droite. Pareil entre numéro 10 et numéro 8. Tu dois savoir ça. Quand le coach me dit que je dois changer de poste, dans mon esprit, je dois tout de suite "switcher" pour passer au travail correspondant à mon nouveau poste.

Ça explique ce port altier et cette tête constamment levée sur le terrain.
J'ai la tête levée parce que je dois toujours contrôler ce qui est derrière et devant moi, à droite et à gauche. Parce que quand tu ne sais pas, tu ne peux pas planifier le coup d'après. Avant de recevoir le ballon, je regarde devant, derrière, à gauche, à droite, ensuite je peux anticiper ce que je vais faire, où faire la passe, qui est libre, qui va être libre ? Avant de recevoir la balle, je sais ce que je vais en faire.
Cette philosophie, c'est un héritage de l'école Red Bull ?
Non. Je pense que c'est personnel. Parce que certains joueurs peuvent le faire et sont très bons, d'autres veulent apprendre mais ne sont pas si bons. Ça vient de la personnalité. Peut-être qu'un joueur naturellement plus rapide sera meilleur. Ça explique peut-être pourquoi c'est naturel pour moi d'avoir la tête levée, d'être élégant, de toujours savoir où sont les choses sur le terrain, ce genre de trucs.

Et balle au pied, c'est quoi le plus important ?
La première chose que tu dois avoir à l'esprit, c'est de jouer vers l'avant, vers l'avant (il répète). Pour marquer des buts, il faut jouer verticalement. Parce que quand tu joues vers l'arrière, tu ne peux pas marquer. Pour autant, mon coach me demande tout le temps de redescendre pour presser et récupérer le ballon.
«Petit, je m'entraînais sur des petits terrains, comme au futsal, mais avec les contacts. Mon jeu en garde les marques.»
À côté de ça, votre entraîneur Jesse Marsch a un management très humain
J'ai un très bon contact avec Jesse Marsch. On parlait tout le temps à propos de tout. Quand j'avais des problèmes, j'allais le voir, on parlait et il m'aidait. Quand il a quelque chose en tête, il me le dit. Par exemple sur comment je pourrais devenir meilleur. Je pense que c'est très important pour un entraîneur de pouvoir parler librement à ses joueurs. On sait ce qu'il pourrait changer, et vice versa. Quand une chose ne va pas, on échange pour s'améliorer.

Un de ces problèmes, c'est cette blessure en 2018. Comment l'avez-vous vécu ?
Je jouais pour l'équipe A déjà, quand j'ai eu cette blessure (une déchirure du ligament de la cheville, ndlr.). Mais tu dois toujours penser positivement, peu importe ce qui t'arrives. Vois le bon côté des choses, parce que tu vas revenir. Mais quand et comment, ça dépend de toi. Si tu t'apitoies sur ton sort, ça n'ira pas mieux. Tu dois te dire "ok, après ça je vais revenir plus fort, mais je dois travailler pour ça". Ma cheville va très bien depuis deux ans. Mais je ne travaille pas particulièrement dessus. Toutes les blessures, même les petits pépins, sont importantes à éviter. Il ne faut rien négliger. Parce que si tu as une gêne, peut-être que quelqu'un d'autre sera meilleur, qu'il aura sa place et pas toi.
Cette mentalité, vous la tirez de votre père ?
J'avais 3 ans quand je l'ai vu jouer pour la première fois. Il jouait en première ligue hongroise. Ce n'était pas un grand professionnel comme le père d'Erling Haaland. Mais ça aide beaucoup d'avoir un père comme lui, parce que sans lui je ne serais pas là. Avec deux amis, il a ouvert son académie en 2007. C'était un petit club, mais chaque mois des joueurs venaient, et après on avait une bonne équipe. On a gagné deux fois la Coupe locale ! Et mon jeu en garde des marques. On s'entraînait sur des petits terrains, comme au futsal, mais avec les contacts. Pour nous, c'était important d'avoir cette technique dans les petits espaces.

Il vous a aussi inculqué ce goût du travail ?
Plus jeune, je ne prenais pas de temps libre. Je m'entrainais sans cesse, quatre fois par jour. Avec mon père, avec des plus petits, des plus grands, ou d'autres de mon âge. Plus tard, quand Salzbourg voulait que je vienne pour voir comment j'allais m'entraîner avec eux, j'y suis allé, je leur ai montré ce que je pouvais faire et ils m'ont demandé de jouer pour eux. J'avais 15 ans, j'ai quitté mon pays tout seul. Je ne parlais pas allemand, un petit peu anglais mais pas trop. Evidemment, c'était très dur. Mais c'est le football. Si je n'avais pas fait ce pas en avant, je ne serais jamais là aujourd'hui.
«Personne ne sait où est la Hongrie, ni qui y joue. Je veux faire en sorte que les gens regardent cette équipe jouer. Je suis peut-être l'homme qui peut faire ça.»
Entre-temps, il y aussi eu un prêt à Liefering (club satellite de Salzbourg). Comment avez-vous gravi les échelons ?
Liefering est la deuxième équipe de Salzbourg. Quand tu as du potentiel, tu joues là-bas. Déjà, tu dois être bon à Liefering. Et ensuite ils t'intègrent à Salzbourg, où tu peux t'entrainer avec les pros. Et quand tu es bon à l'entraînement, tu peux avoir ta chance. Si tu ne la convertis pas, tu retournes t'entraîner pour gagner ta place. Mais si tu es bon, ils te laissent jouer. Avant tout, tu dois montrer ce que tu vaux. Personnellement j'ai monté les échelons assez vite.

Jusqu'à cette saison donc, même pas perturbée par un effectif chamboulé à l'hiver !
J'aime Erling Haaland et Takumi Minamino, et c'était bien de jouer avec eux. Ils méritent d'être partis à Dortmund et Liverpool. Mais je me concentre sur moi-même et je ne pense pas aux autres. Je pense à l'équipe et à moi. C'est important. J'aime donner des passes et voir les autres être heureux, mais le plus important c'est que je fasse des passes. Je n'étais pas triste quand ils sont partis. Parce que ok, ils étaient bons, ils ont aidés l'équipe, mais sans eux on peut être aussi bons. D'ailleurs, je pense qu'en 1 contre 1, je suis meilleur qu'Erling. Mais si vous lui demandez, il dira l'inverse (rires). Un jour on s'affrontera, je l'espère.

Ce tempérament, c'est celui d'un leader qui pourrait mener la Hongrie à l'Euro...
J'espère être un leader de la Hongrie. Mon objectif est de l'amener plus haut. Personne ne sait où c'est, ni qui y joue. Je veux faire en sorte que les gens regardent la Hongrie jouer. Je suis peut-être l'homme qui peut faire ça. Ou en tout cas mener mes coéquipiers dans la bonne voie. On doit y croire. Si on ne croit pas à l'Euro, ça ne sert à rien d'aller sur le terrain. Ce serait génial que je marque sur coup franc pour qu'on se qualifie. J'espère que ça va arriver. Je le sens.»

Emile Gillet
Crédit photo : Ádám Bertalan

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RensenbrinkRIP 1 août à 16:24

Ce joueur et ce club sont faits l’un pour l’autre comme le démontrent leurs lettres s, z, a, b et o communes. Peut-être rajouter le gardien de l’équipe de Hongrie finaliste de la CM 1934, Szabo, et on est bon.

jeanpierre13 30 juil. à 23:23

Garçon volontaire et ambitieux ! À suivre ..

Fighting-Spirit1933 30 juil. à 10:57

La Hongrie ! Cet ex grand du football mondial qui n'est plus rien.La renaissance passe par des révélations. Ce joueur a le profil pour faire parti du retour de la Hongrie à un rang plus conforme à l'histoire footballistique du royaume Magyar.

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