National

Embouteillage sur le National

Aux deux-tiers de la saison, le National est serré comme jamais et tout le monde est concerné par la montée, la descente et souvent les deux. Plongée dans un Championnat où le suspense reste entier.

À onze journées de la fin du Championnat, Marseille Consolat, un des plus petit budgets du National, est un leader surprise avec seulement 42 points, soit 21 de plus que la lanterne rouge, Fréjus-St-Raphaël. Pour imager cet écart, comparons avec la Ligue 1 : il y a moins de points d’écart entre les deux extrémités du National qu’entre le PSG et son dauphin, Monaco (22 points). Une situation cocasse, résumée par Nicolas Usaï. «Je me fais taxer de langue de bois quand je dis ça et on se moque de moi, mais avec 39 points, on n’est pas encore sauvés (NDLR : l'interview a eu lieu avant la victoire de Consolat contre Châteauroux (2-0)). En début de saison, on était programmé pour jouer le maintien et il nous en manque trois pour atteindre la barre symbolique des 42 unités», rigole l’entraîneur de Consolat, qui ne s’explique pas pourquoi personne ne s’est détaché au classement : «Je passe assez de nuits blanches à m’occuper de mon équipe pour me soucier des autres».

Un tremplin vers le monde pro

Luc Sonor, consultant pour Ma Chaîne Sport (L'Equipe)
Luc Sonor, consultant pour Ma Chaîne Sport (L'Equipe)
Quand on évoque le National avec ses acteurs, un mot ressort : «homogène». «Il n’y a plus de grosses cylindrés comme en 2011-12, lors de mon premier passage à la tête du club, où il y avait Niort, Nîmes, le Gazélec… Aujourd’hui, tout le monde peut battre tout le monde», témoigne Charly Paquillé, l’entraîneur de l’Etoile de Fréjus, qui parle en connaissance de cause. Il y deux semaines, ses ouailles ont battu Strasbourg, alors leader au classement, 1-0. Cette absence de grosse écurie nuit-elle au niveau de la compétition ? «Pas du tout. Au contraire, c’est génial. Bon, c’est vrai, c’est compliqué de faire un pronostic. Mais le suspense, c’est l’essence même du sport», se marre Luc Sonor, consultant pour Ma Chaîne Sport, qui diffuse une rencontre en direct par journée depuis septembre 2014.

L’ancien international français (9 sélections) a sa petite idée pour expliquer cet embouteillage (neuf points séparent Luçon, troisième, de Béziers, quinzième et premier relégable) : «Les clubs ont fini par prendre conscience qu’avec un petit budget, on peut avoir de belles équipes. Le National est une belle réserve de la Ligue 1 et la Ligue 2. Il y a aussi de très bons joueurs qui viennent de CFA. Tous les clubs ont accès à des joueurs de qualité. Il y a un vrai potentiel». Preuve de la qualité du Championnat, bon nombre de ses protagonistes ont sauté aux échelons supérieurs ces derniers temps : N’Simba (Bourg-en-Bresse), Boulaya (Clermont) ou encore Selemani (Niort) étaient tous en National l’an dernier. Avant de se révéler à Caen pendant deux saisons et d’exploser à Leicester cette saison, N’Golo Kanté est lui aussi passé par l’antichambre du monde professionnel, à Boulogne (2012-13). Ce constat devrait à nouveau se vérifier l’été prochain, à l’heure où les clubs pros ont des budgets toujours plus serrés.
Sonor : «Même Belfort, qui est promu, n'hésite pas à jouer, même à l'extérieur. C'est un peu foufou.»
Des jeunes joueurs de talent qui ne demandent qu’à se révéler, donc, mais aussi d’autres qui viennent s’y relancer. «C’est le Championnat de la deuxième chance pour des garçons qui n’ont pas percé en pro et qui veulent y revenir. Ces gars-là apportent de l’énergie et de l’ambition», poursuit Sonor. Aujourd’hui à Ajaccio (7 buts en L2), Julien Toudic est repassé par le CA Bastia l’an dernier pour se refaire la cerise après quelques années mouvementées depuis son départ de Caen en 2010 (quatre clubs en quatre ans). Chaque équipe dispose dans son effectif de joueurs ayant connu les échelons supérieurs. On citera Charly Charrier et Jonathan Ringayen, passés par Guingamp et qui font aujourd’hui les beaux jours de Luçon, ou encore David Gigliotti, qui apporte son expérience du haut niveau à Marseille Consolat.

Des joueurs de qualité et surtout des équipes qui jouent au football. Dans un Championnat instable financièrement -on l’a vu ces dernières saisons avec les retraits de Carquefou (en 2014) et du Poiré-sur-Vie (en 2015)-, les formations font tout pour ne pas s’y éterniser (la durée moyenne d’un passage en National est à peine de trois saisons consécutives). La montée devient rapidement un objectif pour la plupart d’entre elles. Il y a peu de calcul et la plupart prônent un football offensif. «C’est très ouvert. Dernièrement, j’ai commenté Strasbourg-Sedan (2-0), se souvient le consultant. Le match aurait pu se terminer sur un 3-3 tellement il y a eu d’occasions. Même Belfort, qui est promu, n’hésite pas à jouer, même à l’extérieur. C’est un peu foufou. On sent que les joueurs se font plaisir. Parfois, ça part même dans tous les sens, c’est aussi pour ça que ce Championnat est aussi serré.»

Strasbourg pas à sa place

Nicolas Usaï, l'entraîneur de Marseille Consolat (L'Equipe)
Nicolas Usaï, l'entraîneur de Marseille Consolat (L'Equipe)
Pourtant, en début de saison, personne n’imaginait vivre pareille saison. «On voyait plus une saison un peu comme celle qui se déroule en Ligue 1 actuellement, avec Strasbourg dans le rôle du PSG», concède Usaï. «Leur effectif fait mal à la tête. Je ne sais pas comment expliquer qu'ils n'aient pas quinze points d’avance. Si le Championnat en est là aujourd’hui, c’est aussi parce que Strasbourg n’est pas à sa place (deuxième, à deux points du leader)», reprend-il. Pourquoi ? Sonor toujours : «Parce que les équipes qui affrontent Strasbourg y vont avec de l’ambition. Oui, ça a été un super club de Ligue 1, un nom, mais s’ils sont là aujourd’hui, c’est bien qu’il y a une raison. Leurs adversaires n’ont pas peur de les regarder droit dans les yeux». Toutefois, malgré les difficultés du club alsacien à faire la différence, tout le monde s’accorde à dire qu’il sera au rendez-vous de la Ligue 2 l’an prochain : «Ils vont monter sans souci», prédit Paquillé. Même son de cloche pour son homologue marseillais : «Ils ont des joueurs qui ont joué plus haut et qui sont capables de gérer la pression». Reste juste à lui trouver deux accompagnateurs. Pour le moment, bien malin qui pourrait nous assurer qu’il connait les lauréats.
Antoine Raguin 
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