Sylvain Kastendeuch et Joseph-Antoine Bell sont impuissants : Nicolas Ouédec offre la victoire à Nantes, le 6 juin 1993, à Geoffroy-Guichard (1-0). (D. Fèvre/L'Équipe)
Coupe - Saint-Étienne

En 1993, la dernière demi-finale de Coupe de France à Saint-Étienne a tourné au psychodrame

La dernière demi-finale de Coupe de France des Verts à domicile, en 1993 face à Nantes, s'est jouée au coeur d'un scénario en trois actes. Rétro.

La dernière demi-finale de Coupe de France à la maison des Verts, qui affrontent Rennes ce jeudi pour une place en finale, remonte à 1993. À l'époque, les joueurs de Jacques Santini s'étaient inclinés (0-1) face aux protégés de Jean-Claude Suaudeau. Retour sur ce match en trois actes.

Jean-Mimi sort les muscles

Dimanche 6 juin 1993. Trois jours plus tôt, Bernard Tapie et ses champions d'Europe marseillais étaient reçus en grande pompe à l'Élysée par François Mitterrand. L'accueil réservé à son homologue stéphanois André Laurent en direct dans Téléfoot est moins chaleureux. À cinq heures de la demi-finale de Coupe de France face à Nantes, le journaliste Pascal Praud, dans les cages de Geoffroy-Guichard, l'attaque d'entrée sur son palmarès vierge. Le président lui rappelle qu'il a pris dix ans plus tôt « un club qui était dans la tombe, qui était à l'agonie ».
La suite ressemble à un réquisitoire musclé pointant l'absence sur la scène européenne et l'instabilité des staffs et de l'effectif. Il est signé Jean-Michel Larqué, que la rumeur a déjà propulsé manager général de l'ASSE. Jean-Claude Dassier, patron des sports de TF1, évoque alors son « manque d'élégance. Si les journalistes commencent à se servir de leur télé ou de leur radio pour faire leurs petites affaires, ça ne va pas ». « Larqué m'a tendu un guet-apens pour me tordre le cou en direct », accusera Laurent dans L'Équipe en février 2004.

Ouédec sort les Verts

Après avoir vu leurs Verts éliminer le champion d'Europe marseillais en quarts (2-1 a.p.) puis Nantes se faire étriller à Metz (0-4) à quatre jours de la demie, les fans stéphanois sont confiants. « Les gens, considérant qu'on a pris 3 points sur 4 aux Nantais en Championnat, croient qu'on va passer », note alors le Stéphanois Christophe Deguerville qui, avec l'ensemble de l'équipe de Jacques Santini, a vu Téléfoot au retour du réveil musculaire.
Sur le terrain, les Canaris de Jean-Claude Suaudeau, barbus et pas loin d'être au bout du rouleau physiquement, laissent la direction du jeu à Sylvain Kastendeuch et aux siens. « Normal, soulignera malicieusement Coco, nous jouions à l'extérieur ! » Tour à tour, Jean-Claude Pagal, Étienne Mendy et Lubomir Moravcik alertent David Marraud. Mais à la 80e minute, Japhet N'Doram perfore et glisse sur sa droite à Nicolas Ouédec qui trompe Joseph-Antoine Bell d'une frappe sèche (1-0). « Deux heures après, il y avait encore des milliers de personnes en larmes dans le Chaudron », s'émouvait Despeyroux en 2004.

L'ASSE sort son président

« Laurent va-t-il démissionner ? », interroge alors L'Équipe, évoquant « la partie de poker menteur entamée depuis deux ans entre Casino (sponsor principal) et l'actuel président [...] parce que Casino ayant jusqu'au 30 juin pour confirmer son engagement ». La mairie a choisi Casino, entreprise phare de la ville, et Téléfoot est évoquée comme « la goutte d'eau qui pourrait faire déborder le vase ».
Les Verts de Jean-Pierre Cyprien avaient été éliminés par les Jaunes de Stéphane Moreau. Une défaite qui n'avait pas déplu à tout le monde à Saint-Étienne... (D. Fèvre/L'Équipe)
Les Verts de Jean-Pierre Cyprien avaient été éliminés par les Jaunes de Stéphane Moreau. Une défaite qui n'avait pas déplu à tout le monde à Saint-Étienne... (D. Fèvre/L'Équipe)
« On ne m'a pas posé des questions de journalistes, mais d'inquisiteurs », accuse alors Laurent. Larqué dément les rumeurs : « Je sais comment toute cette histoire est née. En fait, la nièce de la cousine de la voisine du vice-président m'a vu devant le siège de Casino, à Saint-Étienne, avec un ami personnel qui vend des pâtes fraîches ! [...] J'occupe actuellement une situation en or, et en revenant à Saint-Étienne je pourrais risquer de prendre des coups. »
Quatre jours après la défaite, Laurent démissionne, Yves Guichard, gérant associé de Casino, lui succédera avec Larqué comme directeur sportif. Selon Guichard (cité dans La Légende des Verts : par ceux qui l'ont écrite, de Bernard Lions), l'élimination l'avait arrangé : « Si on se qualifiait pour la finale, on était européens. Et ruinés. André Laurent avait accordé des primes colossales aux joueurs dans ce cas-là. [...] J'ai prié au fond de moi pour qu'ils perdent car l'argent reste le nerf de la guerre. »
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