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Entretien croisé entre les présidents des Herbiers et de Chambly : «Les gens prennent des nouvelles pour savoir si on est toujours vivant»

D'un côté, Michel Landreau, président des Herbiers ; de l'autre, Fulvio Luzi, son homologue de Chambly. Avant l'affrontement des deux clubs de National en demi-finales de la Coupe de France, les deux dirigeants évoquent un parcours fort en émotions.

Comment ils vivent une telle aventure

«La vie est encore plus trépidante avec la Coupe»

Michel Landreau : «C'est un moment exceptionnel. En dix années de présidence, on ne peut pas imaginer et rêver de vivre de tels moments. La saison dernière, notre aventure s'était arrêtée en seizièmes, une première. Pour une seconde année, c'est tout simplement formidable pour tout le club, tous les bénévoles... La qualification en demi-finales a été quelque chose de tellement fort qu'il a fallu plusieurs jours pour se rendre compte qu'on y était vraiment. On vit de telles émotions qu'il faut un peu de temps pour rebondir. La vie est encore plus trépidante avec la Coupe. On croise des présidents qu'on n'a pas l'habitude de côtoyer ; on est passé par des émotions très fortes comme des penalties arrêtés ; Et voir un groupe et un club heureux, c'est tellement formidable.»

Fulvio Luzi : «En réalité, ça fait plusieurs années qu'on a de très bonnes prestations en Coupe. On est surpris de nos résultats, sans l'être. On a pu avoir un tirage relativement clément, on a battu Châteauroux là-bas et Strasbourg chez nous. Ensuite, on a joué face à des équipes de niveau inférieur. On ne s'enflamme pas, on ne se projette pas plus loin. On a un match très important face aux Herbiers, en Coupe, avant d'en avoir un autre en Championnat juste après. A part ça, ma vie de tous les jours est la même. Je ne savoure rien du tout. Désormais, on prépare la demie. J'espère qu'on va passer, et là je profiterais peut-être davantage. J'ai une priorité : c'est de se qualifier. Je n'en fais pas des rêves la nuit.»

Leur meilleur souvenir de cette Coupe de France

«Elle nous a apporté une dynamique»

Michel Landreau : «La victoire à Auxerre (3-0, en 8es de finale). Nous partions avec très peu d'espoirs. Réaliser un match aussi parfait a été un moment très fort, qu'on a vécu avec très peu de personnes puisqu'on était loin de nos bases. Mais sans pour autant être trop festif jusque-là, car à chaque fois, on repartait pour un match de National le vendredi. On aura tout le temps pour se relâcher mardi, car nous serons exempt le week-end suivant en Championnat. Un Championnat dont la première partie de saison a été très difficile, on a même dû se séparer de notre entraîneur. Ensuite, on a connu qu'une seule défaite. Il faut qu'on reste vigilant jusqu'au bout. Et le parcours en Coupe n'a eu aucune incidence, au contraire. On avait déjà senti ça la saison dernière. On a une équipe jeune, avec des joueurs ambitieux, et la Coupe nous a apporté une dynamique, le sourire et l'émotion qui nous manquaient peut-être. On a surfé sur cette vague de victoires. Il y a eu une révélation aussi grâce à la Coupe de France.»

Fulvio Luzi : «Ça aurait dû être Strasbourg, mais évidemment que ce n'est pas le meilleur (NDLR : Walter Luzi, le fondateur du club, est décédé juste après la qualification). A titre personnel, on a une envie : aller au Stade de France mettre le portrait de mon père. Mais on ne s'en sert pas beaucoup au niveau du club et des joueurs.
«Il y aura certainement quelques photos de mon père à la Beaujoire pour la demie. Le voir là-bas sera formidable ; mais le voir au Stade de France n'est pas un objectif, c'est une obsession»
On essaie d'être discret par rapport à notre peine, car c'est comme ça que mon père aurait voulu que ce soit. D'ailleurs, il y aura certainement quelques photos de lui à la Beaujoire pour la demie. Le voir là-bas sera formidable ; mais le voir au Stade de France n'est pas un objectif, c'est une obsession. Qu'il voit qu'il ne nous a pas transmis du vent et qu'on pense toujours à lui. Et qu'on ne va pas changer notre façon d'être si on va en finale. Donc, pour le meilleur souvenir, j'ai envie de dire le déplacement à Haguenau, pour le 8e tour. On a vécu un séjour formidable. On a joué sous la neige, on s'en est sorti. Vous savez, Chambly est une équipe robuste physiquement, très forte tactiquement et mentalement : mais ce n'est pas le Barça. C'est pour ça que mardi, cela va être un bon match, j'espère. Cela va être un combat d'idéologie du football. On va jouer notre match, et attendre tranquillement pour piquer. Cliniquement, et froidement (il se marre.).»

Ce que ce parcours a changé pour eux et pour leur club

«Les gens prennent des nouvelles pour savoir si on est toujours vivant»

Michel Landreau : «Tout a changé ! On est passé de l'ombre à la lumière. On est un club familial qui s'est structuré dans le temps. Et on se retrouve sous le feu des projecteurs, avec la presse, les télévisions, les gens qui s'intéressent à nous. Même ceux qui ne suivent pas le football ne parlent plus que de ça. C'est évidemment un changement profond par rapport à la vie tranquille d'un club de National. Si c'est mieux ? Je pense qu'on ne ferait pas ça tous les jours (il sourit.). C'est grisant, euphorisant. Quelque soit l'endroit où on est, comme par exemple au cœur des entreprises, dans les cafés, dans les familles, toute la Vendée attend ce match avec impatience. C'est formidable. Tous les gens de notre proximité prennent des nouvelles pour savoir si on est toujours vivant !»
«J'en suis à cinq interviews par jour»
Fulvio Luzi : «Ce sont surtout les sollicitations des médias : j'en suis à cinq interviews par jour à peu près. La seule chose qui a changé, c'est la ville qui est décorée. Le regard des gens reste le même à Chambly. Mais, sinon, il est sûr qu'on prend un coup de projecteur énorme. L'important est qu'on ne change pas. On sent qu'on est un petit peu plus reconnu, mais ce n'est pas ça qui fera avancer mon club.»
Fulvio Luzi, le président de Chambly. (S.Mantey/L'Equipe)
Fulvio Luzi, le président de Chambly. (S.Mantey/L'Equipe)

L'apport financier d'un tel parcours

«300 000 euros de bénéfice»

Michel Landreau : «Il est indéniable. Ça va contribuer à bien nous préparer puisque nous allons ouvrir une société par rapport au club la saison prochaine, ce qui va permettre de renforcer des capitaux propres et consolider notre club. Ce sont donc des ressources complémentaires, mais on n'a pas encore tout regardé. Sachant aussi qu'on a disputé quasiment tous nos matches à l'extérieur, il y a donc eu très peu de recette. C'est plutôt la dotation fédérale qui va nous aider. Ce n'est pas de l'argent qu'on veut dilapider rapidement. On veut au contraire renforcer notre club pour qu'il soit solide à moyen terme.»

Fulvio Luzi : «Si on va en finale, ce sera beaucoup plus important. Ça changerait beaucoup de choses : une image nationale énorme, avec les sponsors et les retombées importantes pour le club, notamment dans tout ce qui est subventions. Pour le moment, c'est quelque chose qui devrait rapporter environ 300 000 euros de bénéfice au club. A chaque parcours de Coupe de France, on a acheté des mini-bus de neuf places pour que cela serve aux autres équipes du club. Aujourd'hui, on en a quatre. Désormais, on est en train de penser à investir dans un espace VIP un peu plus confortable que celui qu'on a actuellement.»

L'après-Coupe : comment éviter de terminer comme les Calais ou Quevilly ?

«On ne peut pas être dans l'hypothétique»

Michel Landreau : «On n'est pas des gens pressés, on a construit petit à petit. Ceux qui ont anticipé des recettes et qui ne les ont pas eu se sont retrouvés en difficulté. Le foot n'est pas une science exacte. Il faut être raisonné et serein pour aller plus loin. Pour moi, cela a toujours été important de bien construire, au lieu de faire des coups. Dans le foot, vous voyez ceux qui perdurent : ce sont qui sont prudents, et le plus sérieux. Même si de temps en temps il faut un peu de folie pour y arriver. On ne peut pas être dans l'hypothétique, ça ne fonctionne pas. Si on avait les yeux plus gros que le ventre, on aurait déjà fait des folies, anticipé des choses, signé des joueurs pour la saison prochaine. Ce n'est pas le genre de la maison.»

Fulvio Luzi : «Regardez notre classement (15e). On a une équipe pour jouer la montée, et malgré un départ catastrophique (aucun but marqué lors des cinq premiers matches), on serait aujourd'hui dans la course à la L2 s'il n'y avait pas eu la Coupe. Mais on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. On est un club assez uni, où l'esprit collectif est très important. Les exemples que vous avez cité sont descendus bien loin. Si on est relégués cette saison, ça ne sera pas le cas. On aura une équipe compétitive même en National 2. Les joueurs réclament de grosses primes en voyant les dotations de la Fédération. Mais ce ne sont pas des gestionnaires, ils ne savent pas qu'il y a l'URSSAF, les taxes sur les salaires : et que ça fait très cher. Pour un des clubs cités (NDLR : Calais en l'occurrence), le club a mis des primes énormes sans tenir compte des paramètres évoqués. Ils en sont où ils en sont... Mais ça n'arrivera pas à Chambly, il n'y a pas de problème.»
Timothé Crépin
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Chouan 85 20 avr. à 11:49

Forcément étant Vendéen vous-allez me dire que je ne suis pas impartial, mais je sens le président des Herbiers plus posé, plus consciencieux. Les deux clubs ont les pieds sur terre en tous cas et c'est tant mieux !