15.12.2018, Signal Iduna Park, Dortmund, GER, 1. FBL, Borussia Dortmund vs SV Werder Bremen, 15. Runde, im Bild v.l. Marco Reus (Dortmund) und Jadon Sancho (Dortmund) jubeln nach dem Tor zum 2:0 durch Marco Reus (Dortmund) // during the German Bundesliga 15th round match between Borussia Dortmund and SV Werder Bremen at the Signal Iduna Park in Dortmund, Germany on 2018/12/15. EXPA Pictures © 2018, PhotoCredit: EXPA/ Eibner-Pressefoto/ Mario Hommes  *****ATTENTION - OUT of GER***** *** Local Caption *** (L'Equipe)
Allemagne - 17e journée

Épargné par les blessures et boosté par Lucien Favre, Marco Reus retrouve la lumière avec le Borussia Dortmund

Longtemps gêné par les soucis physiques, Marco Reus a retrouvé toutes ses sensations cette saison. Avec Lucien Favre, le capitaine de Dortmund s'éclate de nouveau en étant l'un des grands artisans de la belle saison du BVB.

Qu'il semble loin, ce 29 mai 2017, soir de la finale de la Coupe d'Allemagne opposant Dortmund à Francfort. Huit mois après le drame, cette blessure au genou, Reus galope de nouveau devant un public qui espère ne plus jamais revoir ces images d'agonie. Ces dernières saisons, l'Allemand a souvent joué de malchance et d'infortune. Il a enchaîné les blessures et les longues absences, surtout depuis la Coupe du monde 2014 qu'il manquait, jusqu'à sa rupture des ligaments croisés à la fin de l'exercice 2016-2017. Mais cette année, enfin, Marco Reus semble être débarrassé de tous ces pépins physiques. Et à l'image de son club, le Borussia Dortmund, il marche sur l'eau.

Avec Favre, à la vie à la mort

En effet, depuis l'arrivée de Lucien Favre, Dortmund est en passe de renverser la hiérarchie en Bundesliga. Tout va bien pour Reus et le BVB, d'autant plus qu'entre le joueur et son entraîneur, la relation ne date pas d'hier. L'histoire d'amour remonte à plusieurs années, lors de la saison 2011-2012, celle où l'Allemand s'est véritablement révélé du côté du Borussia Mönchengladbach. Quand Favre est revenu en Allemagne cet été, après 6 ans d'interruption, le duo était reformé. «J'ai eu quelques entraîneurs en club et il est probablement le meilleur. A l'époque, c'était génial de voir à quel point un entraîneur pouvait être aussi méticuleux dans son travail, autant dans le vestiaire que sur le terrain, où il faisait tout lui-même et contrôlait tout, déclarait Reus sur le site la fédération allemande. J'espère qu'il travaille encore de la même manière aujourd'hui afin qu'on remettre le BVB sur les rails». Et force est de constater que, quelques mois plus tard, l'alchimie a bel et bien pris : Dortmund caracole en tête de la Bundesliga avec 6 points d'avance sur le Bayern Munich et a terminé premier de son groupe en Ligue des champions. Mais au-delà des résultats, Favre a ramené avec lui une philosophie, un style, et le BVB pratique un jeu très séduisant. Cela se traduit dans les chiffres : Dortmund possède la meilleure attaque de Bundesliga, avec 42 buts. Reus, de son côté, est en parfaite symbiose avec les principes et la vision du jeu portés par l'ancien entraîneur de l'OGC Nice.
A 29 ans désormais, Marco Reus est arrivé à l'âge de raison, celui où son jeu a atteint sa maturité, où il dispose de toute l'expérience nécessaire pour s'épanouir. Il a traversé beaucoup d'épreuves : ses blessures l'ont privé de la Coupe du monde 2014 et de l'Euro 2016. Sur le site officiel de la Bundesliga, il était interrogé sur une de ses précédentes déclarations, où il disait vouloir troquer de l'argent contre ses blessures. «Je le pensais sincèrement. Quand tu es gravement blessé, tu veux pratiquer ce sport comme tu le fais depuis des années. C'est très difficile d'accepter le fait de ne pas jouer pendant des mois, avouait-il. Mais ça fait partie du foot. Ton corps change mais tu découvres aussi d'autres perspectives, et ça te forme en tant qu'être humain. Quand tu es absent si longtemps, tu réfléchis à tout ce que la vie peut t'apporter. Il n'y a pas que le foot, il y a des choses plus importantes».
«Quand tu es gravement blessé, tu veux pratiquer ce sport comme tu le fais depuis des années. C'est très difficile d'accepter le fait de ne pas jouer pendant des mois»
Après ces différentes périodes cauchemardesques, son club a souhaité lui réitérer son soutien. En signe de reconnaissance, en mars dernier, alors qu'il revenait à peine de sa grave blessure, Reus voyait son contrat prolongé jusqu'en 2023. Et cette saison, il le rend bien à Dortmund. Il a retrouvé sa pleine mesure et enchaîne les performances de haute volée, comme lors de la victoire du BVB contre le Bayern Munich lorsqu'il signait un doublé (3-2). En Championnat, l'ancien joueur de Gladbach a inscrit 10 buts et délivré 7 passes décisives en 16 journées. Sur toute la saison dernière, il n'avait joué que 11 rencontres de Bundesliga, mais ses statistiques - sept buts sur la seule deuxième moitié de l'année - annonçaient de bien belles choses.

Une Rolls Reus arrivée à maturité

Après le match contre le Bayern, il expliquait se sentir bien mais surtout «à son poste favori et dans un bon système». «Je pense vraiment qu'il ne serait pas à ce niveau si c'était sous les ordres d'un autre coach. La saison de Dortmund a vraiment démarré quand Favre l'a installé en numéro 10», analyse Stefan Buczko, journaliste qui couvre Dortmund pour ESPN. Dans cette position, avec plein de liberté, il utilise son intelligence de jeu pour être le leader technique et tactique de l'équipe, mais aussi un relais primordial entre Favre et ses coéquipiers, notamment les plus jeunes. Reus est devenu un taulier en plus d'être joueur complet, irrésistible. La justesse de son jeu lui permet de faire la différence, de tout de suite comprendre la meilleure manière de jouer ou de se placer. Favre lui a accordé sa confiance en lui octroyant officiellement le brassard de capitaine, et l'a, de fait, mis dans les meilleures dispositions pour récupérer les clés du jeu. «Un choix logique», expliquait son coach. Et sur ce rôle de leader, qui de mieux que son «mentor» et entraîneur pour en parler ? «Marco est un joueur expérimenté et maintenant, en tant que capitaine, il doit avoir un rôle de modèle pour les autres. Le reste de l'équipe et moi-même comptons sur lui pour qu'il ait un impact sur et en dehors du terrain», commentait le Suisse en début de saison devant la presse.
«Peu de gens auraient pu imaginer que Reus développe une telle personnalité. Il est devenu quelqu'un avec des idées solides, qui n'enrobe pas les choses mais les décrit comme il les voit»
Ces fonctions de patron, il les partage notamment avec Axel Witsel. Tous les deux sont les joueurs de champ qui ont le plus joué cette saison. Ils ont pris part à toutes les rencontres de Bundesliga et ont surtout une importance primordiale dans l'encadrement des jeunes pousses au sein d'un effectif extrêmement juvénile. Des éléments majeurs comme Akanji, Hakimi, Diallo, Sancho, Brunn Larsen ou Dahoud ont tous 23 ans ou moins. «C'est à nous les anciens de les guider, dans les bons moments mais aussi quand ça va moins bien. Je parle beaucoup avant les matches, je motive les jeunes, je ne suis pas le seul à le faire, Marco Reus le fait aussi, expliquait le milieu belge avant le Klassiker. C'est lui le capitaine, il est d'ici, ça fait des années qu'il est là. [...] Les jeunes sont respectueux, ils écoutent beaucoup, c'est vraiment un bon groupe». Un point de vue que partage aussi Stefan Buczko : «Peu de gens auraient pu imaginer que Reus développe une telle personnalité. Il est devenu quelqu'un avec des idées solides, qui n'enrobe pas les choses mais les décrit comme il les voit. Il utilise son autorité même pour critiquer l'équipe après une victoire 4-0. Il s'est mis en tête de construire quelque chose avec Dortmund et se perçoit comme l'un des architectes pour créer une équipe victorieuse.»
Dans Kicker, l'ancien entraîneur du club Ottmar Hitzfeld revenait sur la saison du joueur : «Il est en super forme pour le BVB, c'est le meilleur Reus que nous n'ayons jamais vu. Il part vers l'avant, les jeunes le suivent et leur jeu de relance rapide marche très bien». La patte Favre n'a en effet pas mis longtemps à marquer son empreinte. Sorties de balle éclairs, transitions soignées, verticalité et projections à toute vitesse : tout doit coller, tout est une question de détails avec le coach suisse. Sans une telle minutie, toute cette exécution pourrait s'avérer périlleuse. Nuri Sahin, son ancien coéquipier à Dortmund, insistait sur le jeu sans ballon de Reus : «Les problèmes arrivent quand Marco joue entre les lignes. Quand une Ferrari ou une Lamborghini joue entre les lignes, ça devient très compliqué», lâchait-il à ESPN. Il y a quelques jours, Marco Reus tenait à modérer les compliments le concernant. «Le meilleur Reus de tous les temps, c'est trop exagéré pour moi. Cela voudrait dire que je ne vais pas m'améliorer, alors que l'on peut toujours faire mieux», expliquait-il dans Süddeutsche Zeitung. En tout cas, Dortmund aspire à tenir. Alors si Reus estime pouvoir faire mieux, ni le club, ni les supporters prendront le risque de le contredire...

Jérémy Docteur
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