Soccer Football - World Cup - Semi Final - France v Belgium - Saint Petersburg Stadium, Saint Petersburg, Russia - July 10, 2018  France's Paul Pogba celebrates at the end of the match   REUTERS/Sergio Perez (Reuters)
CM 2018 - Bleus

Équipe de France : de la finale de l'Euro à celle de la Coupe du monde, le long chemin de Paul Pogba

Leader chahuté, contesté ou vilipendé durant de longs mois, Paul Pogba a su mettre tout le monde d'accord au fil de la Coupe du monde pour atteindre une nouvelle finale avec les Bleus. Et s'offrir le droit de tirer un trait sur le traumatisme de l'Euro 2016.

Il faut l'avoir vu, ce soir-là, le pas et le cœur lourd, quitter la pelouse et s'éloigner de la gloire éternelle. Son regard triste et embué s'accompagne alors de gestes fatalistes en direction de ses proches, quelques mètres plus loin. Les bras écartés, puis l'index pointant le ciel, comme pour signifier que quelqu'un, là-haut, avait décidé de contrarier son destin. Il faut avoir vu tout ça, ce dimanche 10 juillet 2016 au Stade de France, peu après 23h30, pour comprendre les mots de Paul Pogba deux ans plus tard. Mardi, alors que l'euphorie gagnait à nouveau la France du foot, la Pioche n'avait rien oublié de cette soirée tourmentée de fin d'Euro.

«Il ne faut pas que ça recommence»

«C'est beau... Mais ce n'est pas fini. C'est tout ce que je peux dire, a froidement énoncé le milieu de terrain français au micro de beIN Sports après l'âpre succès face à la Belgique. J'étais content à l'Euro, on a fait quelque chose d'extraordinaire, on est allés en finale en battant les Allemands... Mais on est passé à côté de la finale, donc il ne faut pas que ça recommence.» Si la mine est sérieuse, presque trop, le message percute. Il traduit parfaitement, en tout cas, l'état d'esprit de tous ceux qui ont vécu, de près ou de loin, à Saint-Denis comme ailleurs, ce rendez-vous manqué du 10 juillet 2016. Non, vraiment, il ne faut pas que ça recommence.
Il y a deux ans, Paul Pogba était encore un gamin, une promesse, un diamant (un peu trop) brut. Il avait déjà perdu un quart de finale de Coupe du monde, une finale de Ligue des champions, mais rien d'aussi dur, d'aussi frustrant, d'aussi traumatisant que la conclusion brutale de ce Championnat d'Europe à domicile, à une vingtaine de kilomètres de son fief de Roissy-en-Brie. Ce 10 juillet 2016, il est passé à l'âge adulte. Un mois plus tard, il quittait son cocon turinois pour affronter à Manchester une toute pression, de toutes autres responsabilités. Pogba s'est senti prêt, alors il a pris le costume, peu importe s'il était un peu large et qu'il devait s'occuper lui-même des retouches.

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Pour lui, le chemin entre deux finales n'a pas franchement ressemblé à une escapade sur autoroute, mais plutôt à un rallye tortueux.
C'est long deux ans. C'est instructif, aussi, quand on doit assumer des attentes qu'on a soi-même rendu démesurées, et encaisser des critiques tantôt justifiées, tantôt bêtement alignées sur le prix d'un transfert. «Je suis l'homme qui est jugé différemment», clamait-il dans FF quelques jours avant de disputer sa deuxième Coupe du monde. C'était un peu exagéré, sans doute, mais on a parfois eu du mal à lui donner complètement tort. Paul Pogba est un joueur et un personnage clivant. Avec lui, tout est sujet à débat, de son positionnement à son leadership, en passant par son inconstance et son inaltérable confiance en lui.
«C'est un long chemin pour arriver en finale», a rappelé le joueur de vingt-cinq ans mardi soir. Et pour lui, le chemin entre deux finales n'a pas franchement ressemblé à une escapade sur autoroute, mais plutôt à un rallye tortueux, sinueux, ponctué de quelques dérapages plus ou moins contrôlés. Il faut se rappeler, quand même, qu'il y a quatre mois à peine, son manager en club lui préférait un gamin écossais lors d'un huitième de finale de Ligue des champions. S'il a observé de près les performances de Paul Pogba contre l'Argentine, l'Uruguay puis la Belgique, Scott McTominay a dû apprendre beaucoup.

Un homme en colère, un leader en mission

Avant le début de la Coupe du monde, le numéro 6 des Bleus ressemblait à un homme en colère. En danger, aussi. Depuis quelques semaines, il s'affiche comme un leader en mission. Au four et au moulin. Au duel dans sa propre surface comme à la dernière passe dans les trente mètres adverses. Dominateur des deux côtés du terrain dans la plus grande compétition au monde. Ça va vite, le foot... Mais ça, Paul Pogba le sait mieux que personne. Il y a deux ans, comme ses compagnons Lloris, Umtiti, Matuidi, Griezmann ou Giroud, il est passé de l'extase au cauchemar en un claquement de doigt. Alors au milieu du tumulte, à Saint-Pétersbourg, il n'a cessé de le répéter : «Il reste encore une étape.» Celle qui définit un destin, étoilé ou chahuté, pour l'éternité. Et cette fois, pas question que qui que ce soit, là-haut, ne se mette en travers de son chemin.
Cédric Chapuis
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