lemar (thomas) (S.Mantey/L'Equipe)
Équipe de France : Didier Deschamps à la recherche du quatrième homme de son milieu de terrain
À moins de trois mois du début de l'Euro, une des dernières pièces du puzzle de Didier Deschamps est encore à trouver : l'identité du quatrième milieu, celui censé apporter équilibre et variété, remplissant et développant le rôle de Blaise Matuidi à la dernière Coupe du monde.
Mbappé-Coman-Dembélé, une place pour trois ?
Face à l'Ukraine la semaine passée (1-1), Didier Deschamps avait opté pour un 4-4-2 qui ressemblait au premier regard à un 4-2-4, Kylian Mbappé et Kingsley Coman occupant les ailes. Comme souvent, cette (rare) crise de panache du sélectionneur sur le papier n'a pas suffisamment porté ses fruits sur le terrain, pour plusieurs raisons (manque de mouvements offensifs, de disponibilité des milieux, de prise de risques des défenseurs). A priori, même s'il pourrait retenter l'expérience ce mercredi en Bosnie, n'écartant pas l'hypothèse d'aligner Coman et Dembélé dans les couloirs, on imagine mal Deschamps renoncer à son système asymétrique et à son quatrième milieu "équilibrant", complémentaire de la paire Kanté-Pogba et plus discipliné que l'ailier à l'opposé, pour affronter l'Allemagne, la Hongrie puis le Portugal en juin prochain pour le premier tour de l'Euro. Cela impliquerait donc de replacer Mbappé au sein du duo d'attaque -le sens de l'histoire, sans doute- pour éviter de se passer d'un Coman et d'un Dembélé à la verticalité dévastatrice et tous deux auteurs d'une saison brillante en club. Restera ensuite à identifier ce fameux quatrième homme.
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Rabiot, le favori
Difficile d'oublier la maîtrise collective, l'expérience et l'autorité affichées par les Bleus en novembre dernier au Portugal (1-0), pour leur succès le plus marquant depuis la dernière Coupe du monde. Ce soir-là, à l'estadio da Luz, Adrien Rabiot a allumé la lumière de sa carrière internationale, combatif, endurant, entreprenant. Dans une position hybride semblable à celle occupée par Blaise Matuidi lors du dernier sacre mondial, l'ancien Parisien a marqué beaucoup de points. Suffisamment pour s'assurer une place dans le onze de départ lors du Championnat d'Europe ? S'il s'est montré moins brillant la semaine passée contre l'Ukraine, un match au cours duquel il n'a occupé ce poste de milieu -théoriquement- excentré que durant la dernière demi-heure, Rabiot semble toujours partir avec une longueur d'avance. Parce qu'il maîtrise ce rôle, ponctuellement endossé avec la Juventus, parce que ses courses vers l'avant, avec et sans ballon, ouvrent des espaces appréciables, et parce qu'il sait se montrer discipliné, aussi.
Lemar, le précieux
Dans un tout autre style, plus "playmaker" que récupérateur-perforateur, Thomas Lemar a offert des séquences intéressantes dimanche au Kazakhstan (2-0), apportant ce liant et cette variété dans les déplacements qui avaient tant manqué quatre jours plus tôt au Stade de France. Le joueur de l'Atlético Madrid a pris de l'épaisseur cette saison avec son club, mais a souvent manqué de consistance avec les Bleus depuis trois ans. Sa prestation dominicale mérite donc des encouragements (et un nouvel aperçu ce mercredi ?), d'autant qu'il a été le milieu français le plus sollicité à la construction (62 passes réussies sur 67). Sans oublier que si ses partenaires avaient fait preuve d'un peu plus de sang-froid, Lemar aurait pu signer une passe décisive (pour Martial en fin de première période) et un but (sur un oubli de Mbappé en seconde). À l'ancien Monégasque de confirmer sa bonne forme ces prochaines semaines pour verrouiller sa place dans les 23, et plus si affinités.
Sissoko, l'inoxydable
Et si la jauge d'équilibre se déplaçait de la gauche vers la droite ? Fiable, solide et habitué aux tâches obscures en club comme en sélection, Moussa Sissoko est un peu plus qu'un bon soldat. Il est aussi un joueur qui allie puissance, discipline, expérience et assurance balle au pied. Moins inspiré que ses concurrents dans le dernier tiers, mais toujours à l'affût du moindre espace à combler. L'aligner côté droit présenterait l'avantage d'offrir le couloir gauche à un Coman ou un Mbappé qui s'y sentent plus à l'aise pour finir leurs actions. Sissoko apporterait également une présence bienvenue pour seconder un Benjamin Pavard souvent plus exposé que Lucas Hernandez. Soyons clairs : l'hypothèse Sissoko est bien plus sécuritaire que romantique, mais elle reste légitime. Deschamps fait rarement les choses au hasard, et avait d'ailleurs aligné deux fois le joueur de Tottenham à ce poste de milieu droit en novembre dernier, contre la Finlande (0-2) puis la Suède (4-2). À ne pas négliger, donc.
Aouar, Nkunku, les (très) grosses cotes
Leur absence de cet ultime rassemblement avant l'annonce des heureux élus de l'été complique très sérieusement leur candidature. Pourtant, les profils de Houssem Aouar et Christopher Nkunku pourraient se marier avec cette position hybride dans le système des Bleus. Le Lyonnais, blessé et forfait pour la phase de groupes de l'Euro Espoirs, a l'habitude de naviguer autour du demi-espace gauche, quand le milieu du RB Leipzig est une arme polyvalente particulièrement appréciée par Julian Nagelsmann, qui l'a utilisé dans plusieurs systèmes et à tous les postes de l'entrejeu et de l'attaque depuis une saison et demie. Problème : leur expérience internationale ne pèse pas lourd (une sélection A pour Aouar, aucune pour Nkunku) et rend un peu plus improbable encore leur infiltration dans le onze des Bleus à court terme. Si l'organisation privilégiée de l'équipe de France n'évolue pas, il seront en revanche de sérieuses options pour l'avenir, en surveillant également attentivement les progressions de Sofiane Diop (Monaco) ou Romain Faivre (Brest).