pogba (paul) (P.Lahalle/L'Equipe)
CM 2018 - Bleus

Equipe de France : «Il est devenu un vrai leader», Paul Pogba, taille patron

«Je veux prendre les rênes de l'équipe de France.» C'est avec ces mots que Pogba exprimait son souhait de devenir le leader des Bleus dans un entretien accordé à France Football au mois de mai. Deux mois après, Pogba est-il enfin le patron ?

Le mythe du héros

Juin 2018. Avant le début de la Coupe du monde, l'équipe de France se cherche un leader, à l'instar des Bleus champions du monde en 1998. À l'époque, l'équipe est menée par Aimé Jacquet, guide qui montre le chemin à prendre, et par un pilote qui conduit l'équipe sur le terrain, Didier Deschamps. En 2018, ce dernier a changé de rôle. Devenu guide, il se cherche un pilote capable de mener l'abordage dans la conquête de la Russie. Plusieurs noms sont évoqués mais aucun n'apparaît comme une évidence. Hugo Lloris, capitaine, semble manquer de caractère ; Blaise Matuidi n'est plus forcément un titulaire indiscutable ; Antoine Griezmann ne se sent pas leader. Deux joueurs semblent alors crédibles pour prendre ce leadership, mais peinent à le devenir : Raphaël Varane et Paul Pogba. Les deux symboles de la génération 93 ont un parcours similaire en équipe de France. Ils fêtent leurs premières sélections ensemble, le 22 mars 2013 contre la Géorgie. Quelques mois plus tard, Paul Pogba remporte la Coupe du monde U20 en terminant meilleur joueur. Raphaël Varane blessé, n'est pas de la fête. En 2014, au Brésil, les deux joueurs se font une place en équipe première mais sont encore trop jeunes pour prétendre à un statut important.

«C'est comme si on me disait : "Je veux que tu sois patron", mais qu'on ne me donne pas les clés»

Le temps passe et les deux joueurs grandissent. Varane remporte quatre Ligue des champions, Pogba, quant à lui, devient le joueur le plus cher du monde, à l'époque, en signant à Manchester United pour 105 millions d'euros plus d'éventuels bonus. Dorénavant âgés de 25 ans, ces deux-là sont attendus au tournant pour le Mondial russe. Si Varane n'a jamais revendiqué ouvertement un rôle de leader, Pogba l'a fait. «C'est comme si on me disait : "Je veux que tu sois patron", mais qu'on ne me donne pas les clés, ou "Je te donne cette maison mais tu n'as pas les clés".» Ces paroles prononcées par la Pioche dans France Football le 5 juin dernier ont démontré son envie d'être le pilote attendu et recherché par le sélectionneur. Mais Pogba se sent seul et n'a pas l'impression d'être mis dans les meilleures dispositions avant la compétition. Un pilote assis place passager pourrait-on dire.

Lire : Pogba, «Je ne suis pas jugé comme tout le monde donc je ne suis pas normal»

Du changement de rôle sur le terrain, au changement de statut en dehors

«Pogba peut tout faire mais ne peut pas tout faire, il y a une nuance.» Citer Didier Deschamps peut parfois faire sourire. Si le sélectionneur dit tout et son contraire dans une seule et même phrase, c'est peut-être à l'image du joueur dont il parle, le paradoxe Pogba. Effectivement, le milieu de MU peut être aligné à plusieurs postes. Capable de jouer au poste de numéro 6 et de ratisser des ballons ; d'évoluer en 8 et de dicter le jeu ; d'enfiler le costume de numéro 10 en marquant et en donnant des ballons de but : mais Pogba ne peut pas tout faire à la fois. C'en est à se demander si certains ne voudraient pas qu'il soit à la fois Makelele, Vieira et Zidane.

Pogba donne l'impression d'avoir épuré son jeu

Sur le terrain, l'instabilité tactique de Deschamps avant le Mondial, oscillant entre le 4-4-2 (ou 4-2-3-1), le 4-3-3 et le 4-4-2 losange, n'a pas forcément aidé le Mancunien à véritablement trouver sa place, ayant des difficultés parfois à s'adapter rapidement au système. Auteur de performances insuffisantes, il était dans l'oeil du cyclone. Depuis le début de la Coupe du monde, on (re)découvre un Paul Pogba beaucoup plus à l'aise dans un rôle de vrai 8.
 
Après un premier match contre l'Australie en demie teinte à l'image de l'équipe, Pogba est monté en puissance. Son implication sur le deuxième but contre l'Uruguay est un modèle du genre. Il récupère le ballon au niveau du rond central, se projette tout de suite vers l'avant et sert Griezmann après un rush de vingt mètres balle au pied. Pogba donne l'impression d'avoir épuré son jeu, beaucoup plus simple dans ses transmissions, il gagne en efficacité. Alliée à sa technique, le natif de Lagny-sur-Marne met également à profit sa dimension physique. Contre le Pérou, il a régné en maître au milieu de terrain en remportant ses cinq duels aériens. Même constat contre la Celeste, Pogba gagnant 14 duels, une performance qui n'avait plus été réalisée par un joueur français en Coupe du monde depuis 1998. Sans ballon, il redescend à hauteur de Kanté pour assurer l'équilibre et bloquer les lignes de passes. Plus les matches s'enchaînent, plus Pogba grandit sur et en dehors du terrain.
Pogba, une véritable importance au sein du groupe France. (P.Lahalle/L'Equipe)
Pogba, une véritable importance au sein du groupe France. (P.Lahalle/L'Equipe)

«Il est devenu un vrai leader, un vrai patron»

On connaît le Paul Pogba animateur de vestiaire, toujours le sourire aux lèvres, dansant avec ses coéquipiers, on connaît peut-être un peu moins le leader de groupe. Capitaine avec les U16 jusqu'aux U20 de l'équipe de France, les responsabilités ne font pas peur à l'ancien de la Juventus. Habitué à prendre la parole dans le vestiaire avec les sélections de jeunes, respecté par ses coéquipiers, il remplit son rôle en dehors du terrain. Aujourd'hui, ni cadre, ni nouveau dans le groupe France, Pogba reste néanmoins un joueur important qui a son mot à dire. Dans une vidéo de la FFF, Florian Thauvin en disait plus sur le joueur qu'il côtoie depuis les U20 : «Il n'hésite pas à prendre la parole, à la fin, par exemple, d'une séance d'entraînement la veille d'un match à avertir tout le monde, à nous prévenir qu'il va falloir se mettre dedans, que demain on a un match qui nous attend, qu'il ne veut pas sortir de cette compétition.» En conférence de presse avant le match Uruguay-France, Blaise Matuidi s'est également exprimé sur l'évolution du milieu français. «Il est toujours le même, c'est un très bon vivant, qui respire la joie de vivre. Le talent, il l'a toujours eu et il progresse d'année en année. Ce qui a changé, c'est au niveau du groupe, il est devenu un vrai leader, un vrai patron. Paul est un exemple pour le groupe et ça se dégage par ses performances, par ce qu'il peut dire sur le terrain et en dehors. Il est beaucoup écouté. On veut un Paul comme ça.» Cette fois-ci, Pogba semble être à la bonne place, le volant entre les mains. Et pourquoi pas sur la route de la deuxième étoile.
Najim Medini
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laurentbernard 10 juil. à 19:23

Il manque beaucoup avant la deuxième étoile

Lampros 10 juil. à 10:55

Il n a plus qu'une seule chose à apprendre: c'est que le pouvoir çà ne se donne pas, çà se prend.