deschamps (didier) rabiot (adrien) (F.Faugere/L'Equipe)
Bleus

Équipe de France : l'aile ou la vis

Enfin confrontés à un vrai test contre le Portugal, les Bleus ont fait face à un mur. Contraints par les choix défensifs de Deschamps, ils n'ont eu d'autres choix que de s'y heurter, à défaut de pouvoir le contourner.

Trois. Soit le nombre de tirs cadrés par l'équipe de France contre le Portugal dimanche. Une frappe en angle fermé de Griezmann, un face à face très dangereux de Mbappé avec Patricio, et un tir lointain de Pogba facilement stoppé. Une misère. Après un festival offensif contre une très faible Ukraine, Didier Deschamps a une nouvelle fois fait le choix de la sécurité au moment d'affronter un gros. Un retour des certitudes du Mondial et un axe du jeu blindé pour d'abord faire déjouer l'adversaire plutôt que de proposer du nouveau. Résultat ? Un match nul fermé, dans lequel on a vu une défense brillante et une attaque en panne. Plutôt que de profiter des ailes pour écarter le bloc portugais, le sélectionneur a préféré serrer la vis et, une fois de plus, assurer. Tant pis pour le spectacle.

Embouteillage dans l'axe

Sans grandes certitudes après la rencontre contre l'Ukraine, le 4-4-2 losange connait désormais ses manques. Très solides défensivement, tant dans les duels qu'à la récupération, les Bleus n'ont rien pu proposer offensivement. Au cœur du jeu, Kanté a semblé perdu en phase de possession, ne sachant où se placer derrière le duo Rabiot-Pogba. Le joueur de Manchester United a d'ailleurs sans cesse changé de zone, comme s'il recherchait un peu de liberté dans un milieu embouteillé. Car aucun de ces trois-là n'est un joueur capable de porter la balle sur le côté, à l'image du rôle confié à Matuidi au Mondial. Si bien qu'ils ont plus donné l'impression de se marcher dessus lorsque les Bleus avaient le ballon. Le vide laissé sur les ailes aurait dû être une aubaine pour n'importe quels latéraux un tant soit peu portés vers l'avant. Et si Hernandez s'y est un peu aventuré, ni lui ni Pavard n'ont un apport offensif suffisant pour profiter de cet espace et réellement étirer le bloc adverse.

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Dans cette configuration, la défense du Portugal a pu s'en donner à cœur joie. Concentré dans l'axe, le quatuor Carvalho-Danilo-Dias-Pepe a complètement muselé les offensives françaises. Au cœur de la tenaille, Griezmann a été étouffé, piégé entre ses milieux et le duo Mbappé-Giroud agglutiné autour de lui. Dans un espace aussi réduit, impossible d'exploiter les qualités de déviations ou de pivot d'un Giroud peu adepte du jeu dans les petits espaces. De son côté, Mbappé n'a jamais eu l'opportunité de prendre de la vitesse pour jouer dans le dos de la défense. Sans joueur pour prendre la profondeur sur les côtés, le jeu long de Pogba, grande force des Bleus en 2018, s'est avéré totalement inefficace. Hormis, un long ballon sur Griezmann à la demi-heure du jeu, le milieu de terrain a vu presque toutes ses transversales être tranquillement interceptées par la défense lusitanienne. Bref, les Bleus ont été cadenassés.
A l'image d'Antoine Griezmann, les Bleus ont été enfermés par le Portugal. (F.Faugere/L'Equipe)
A l'image d'Antoine Griezmann, les Bleus ont été enfermés par le Portugal. (F.Faugere/L'Equipe)

Des ailes pour prendre l'air

Les alternatives existent, si tant est que Deschamps se montre enclin à lâcher un peu de lest sur le plan défensif. Dotée d'excellents ailiers, l'équipe de France a le matériel pour aérer son jeu et mieux utiliser les qualités de nombreux de ses joueurs. Dimanche soir, il a fallu attendre la 84e minute pour voir Coman entrer en jeu. Pourtant, le joueur du Bayern propose deux arguments nettement en sa faveur : il sort d'une bonne saison avec le Bayern, conclue du but victorieux en finale de la Ligue des champions, et il est le seul joueur du groupe avec ce profil d'ailier gauche. De l'autre côté, Mbappé a toutes les qualités pour retrouver l'aile droite qu'il occupait avec beaucoup de liberté et d'efficacité pendant la dernière Coupe du monde. Un cran plus bas, Hernandez et Pavard présentent des profils travailleurs et défensifs idoines pour compenser les manquements défensifs d'un tel duo. En phase offensive, la présence de deux vraies flèches sur les côtés pourrait résoudre bien des problèmes constatés contre le Portugal.

L'alternative Camavinga

Le milieu de terrain, retrouverait d'abord une vraie lisibilité et plus de liberté, avec un duo récupérateur-relayeur positionné devant la défense et jouant les rampes de lancement des offensives bleues. Avec un vivier de joueurs comme Kanté, Pogba, Rabiot, Tolisso, Camavinga, Nzonzi, Sissoko ou Matuidi, le sélectionneur dispose de pléthores de profils au volume de jeu suffisant pour évoluer à deux dans l'axe. Devant, le cœur du jeu serait libéré pour un Griezmann qui pourrait de nouveau se positionner entre les lignes. Avec deux tels ailiers à ses côtés, le joueur du Barça aurait bien plus d'espace et de temps pour s'exprimer et retrouver une confiance qu'il cherche toujours. A la pointe de l'attaque, Giroud pourrait mieux exploiter ses qualités premières, à la réception de centres ou en déviation de longs ballons pour jouer sur la vitesse de Coman et Mbappé. Il ne s'agit ni plus ni moins de la formule qui a permis aux Bleus de glaner leur deuxième étoile en Russie. Et avec un Coman, voire un Camavinga, à la place de Matuidi, elle pourrait se révéler tout aussi efficace. Encore faudrait-il choisir l'aile plutôt que la vis.

Quentin Coldefy

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lderbo 14 oct. à 18:01

Ah, l'influence pernicieuse de l'anglais... Rappelons qu'une alternative est une situation où il n'y a que deux choix possibles. Dans le cas de Camavinga, le rédacteur donne au mot français le sens anglais : le choix entre deux solutions. Il eût fallu utiliser, au lieu l'alternative Camavinga : la solution de rechange ou de remplacement.

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